Guerre en Iran : le naufrage énergétique de l’UE
Pendant que le détroit d’Ormuz brûlait et que les torchères de Ras Laffan éclairaient le ciel du Golfe, la Commission européenne a sorti son grand plan : alléger quelques taxes sur les factures d’électricité, accélérer le déploiement des éoliennes et coordonner le remplissage des réserves de gaz. Voilà ce que vingt ans de politique énergétique européenne ont produit — face à la plus grave perturbation de l’approvisionnement pétrolier de toute l’histoire du marché mondial, selon l’Agence internationale de l’énergie elle-même, Bruxelles sort la boîte à pharmacie.
Depuis les frappes américano-israéliennes sur l’Iran déclenchées fin février 2026, les marchés de l’énergie sont en convulsion. Le prix du Brent a franchi les 85 dollars dès les premiers jours des hostilités, en hausse de plus de 16 %. Le gaz européen, lui, a bondi de 40 % dans la semaine qui a suivi. Ce n’est pas une surprise venue d’ailleurs — c’est la facture de décennies d’irresponsabilité structurelle, présentée en une seule note. Environ 20 % du pétrole mondial et près de 20 % du commerce international de gaz naturel liquéfié transitent par le détroit d’Ormuz, désormais directement sous la menace du conflit. L’Iran a bloqué ce passage maritime dès les premiers jours, contraignant les pétroliers à des détours astronomiques, quand ils osaient encore s’aventurer dans la zone.
Et ça ne s’arrête pas au détroit. Entre le 18 et le 19 mars, l’Iran a mené deux frappes consécutives contre le complexe gazier qatari de Ras Laffan — le premier site de production de gaz naturel liquéfié au monde, responsable d’environ 20 % de l’offre mondiale de GNL. QatarEnergy a confirmé des dommages considérables sur plusieurs trains de liquéfaction. Selon le cabinet d’analyse Rystad Energy, ces attaques pourraient avoir perturbé jusqu’à un quart de la production gazière liquéfiée prévue du Qatar pour l’ensemble de l’année 2026. Les experts interrogés à chaud ont estimé qu’un retour à la normale du site prendrait au minimum neuf mois — en prenant pour référence le terminal GNL de Freeport au Texas, qui avait nécessité huit mois de remise en service après un incendie bien plus modeste en juin 2022. Ras Laffan, c’est une infrastructure autrement plus massive, et les dégâts sont autrement plus profonds.
Les marchés ont enregistré la sanction en temps réel. Le prix de gros de l’électricité en Europe est passé de 17,7 euros le mégawattheure dans les jours précédant le conflit à 72,5 euros en moyenne depuis son déclenchement. En France — pays à forte production nucléaire, rappelons-le — le mégawattheure spot atteignait 291 euros le 4 mars à 8 heures du matin, contre 97 euros une semaine auparavant à la même heure. La Commission de régulation de l’énergie a confirmé le 8 avril une hausse du prix repère du gaz de 15,4 % pour les consommateurs indexés au marché dès le 1er mai 2026. Les ménages commencent à sentir le vent du boulet. Le reste est en chemin.
Face à ce tableau, Bruxelles a présenté le 10 mars son paquet « Énergie pour les citoyens » : changements de fournisseur facilités, allègements fiscaux sur les factures d’électricité, accélération des renouvelables et de l’efficacité énergétique. Le prochain rendez-vous politique est fixé aux 23 et 24 avril à Lefkosia, lors de la réunion informelle des chefs d’État et de gouvernement — pour tenter de dégager une ligne commune sur les stocks de gaz, les taxes électriques et les interconnexions. Une réunion informelle. En Méditerranée. Pendant que la guerre fait rage à deux mille kilomètres.
La révélation la plus édifiante de cette séquence n’est pas dans les mesures annoncées — elle est dans un aveu. Le 10 mars 2026, lors du sommet international sur la relance du nucléaire civil organisé par la France, Ursula von der Leyen a déclaré que l’éloignement de l’Union européenne vis-à-vis du nucléaire, qu’elle a qualifié de « source fiable et abordable d’énergie à faibles émissions », constituait une « erreur stratégique de l’Europe ». Vingt ans de diktat antinucléaire institutionnel — porté doctement par Berlin, relayé sans résistance par Bruxelles — évacués dans une formule diplomatique un mardi matin, en pleine crise. L’Allemagne avait fermé ses trois dernières centrales nucléaires le 15 avril 2023. Emsland, Isar-2 et Neckarwestheim-2 débranchées dans un contexte de crise gazière aiguë, sous la pression des Verts au gouvernement. Le charbon a pris le relais : sa part dans le mix électrique allemand avait bondi de 8 % entre 2021 et 2022 pour compenser l’absence de gaz russe, et la fermeture du nucléaire n’a fait qu’aggraver la dépendance aux fossiles. C’est le tableau de chasse de la transition énergétique version Energiewende.
Le marché européen de l’électricité porte lui aussi une part de responsabilité mécanique dans ce désastre. Sur ce marché, le prix de gros est déterminé par la dernière centrale appelée pour équilibrer l’offre et la demande — le plus souvent une centrale à gaz lors des pics de consommation. Le coût de l’énergie représente plus de 56 % de la facture moyenne dans l’Union européenne, le système de quotas carbone ETS y contribue à hauteur de 11 %. Un système que les industries concurrentes — américaine, chinoise, indienne — regardent avec une bienveillance parfaitement calculée.
Les primes d’assurance maritimes pour traverser le détroit d’Ormuz ont entre-temps bondi de 200 à 300 %. Ce qui coûtait 40 000 dollars pour un pétrolier avant la crise avoisine désormais entre 600 000 et 1,2 million de dollars pour un simple aller. Plus de quarante actifs énergétiques dans la région ont été gravement endommagés depuis le début du conflit. Même en cas d’accord de paix, les réparations pourraient prendre des mois, voire des années, maintenant l’offre sous pression structurelle.
L’Europe a passé vingt ans à construire sa dépendance méthodiquement : destruction de ses capacités nucléaires pour des raisons idéologiques, refus de diversifier sérieusement les sources, sous-investissement chronique dans les infrastructures, slogans sur la transition verte en guise de stratégie. Les besoins d’investissement dans le seul système énergétique européen sont estimés à 660 milliards d’euros pour la période 2026-2030 — et les niveaux actuels restent en deçà de ces besoins. Pendant ce temps, dans un système énergétique désormais globalement interconnecté, des prix durablement élevés agissent comme un impôt mondial pesant sur la croissance, le pouvoir d’achat et la compétitivité industrielle.
C’est ce que paieront les consommateurs européens mais pas les commissaires, ni les ministres de la Transition écologique. Eux ont déjà décidé que l’urgence climatique justifiait tout — y compris de laisser l’Europe sans bouclier énergétique face au premier choc sérieux depuis 2022. La facture arrive. Elle n’est pas verte. Elle est financièrement radioactive pour les peuples européens.
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