Benoit Couzi, éditeur: « L’inflation étouffe la culture et les livres : l’Etat doit mettre en place un bouclier tarifaire »

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L’inflation impacte l’accès à la culture, en particulier l’achat de livres. En 2022, les ventes de livres ont chuté de près de 10%, soit 50 millions de livres en moins par rapport à 2021, tandis que 97 maisons d’édition ont fait faillite entre mars et août. Cette situation menace la diversité de l’offre culturelle et littéraire en France. Benoit Couzi, co-fondateur du Lys Bleu éditions explique son appel à signer la pétition.

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Le Lys Bleu Editions a lancé une pétition pour demander un amendement à la loi Lang, visant à instaurer un bouclier tarifaire pour abaisser temporairement les prix des livres en cas d’inflation, préservant ainsi l’accès à la culture pour tous tout en soutenant les éditeurs en difficulté.

Pouvez-vous nous expliquer en quoi l’inflation a un impact sur l’accès à la culture, en particulier en ce qui concerne l’achat de livres ? Quels sont les chiffres ou les tendances qui montrent cette influence ?
Le porte-monnaie des Français se rétrécit et la culture en est impactée directement car, comme chacun le sait, les dépenses de bouche sont la priorité et la culture arrive en dernière position des arbitrages de chaque foyer. Dans la culture, la littérature et la lecture sont touchées de plein fouet. Nous avons constaté une baisse de près de 10% du nombre de livres vendus en 2022 (50 millions de livres en moins comparativement à 2021) et une épidémie de dépôts de bilans de maisons d’édition (97 entre mars et août dernier).

Le fait que de nombreuses maisons d’édition aient dû cesser leur activité en raison de l’inflation est préoccupant. Comment cela affecte-t-il la diversité de l’offre culturelle et littéraire en France ?
Une maison de moins équivaut à la disparition d’une offre, que ce soit dans le genre littéraire ou la manière de promouvoir les titres. Chaque maison a sa place et permet d’élargir le champ du possible. On me rétorquera que si le livre est trop cher, il suffit de se tourner vers les médiathèques ou les livres d’occasion. A cela, je réponds que c’est une vision à court terme car si on laisse mourir les maisons qui constituent le maillage de la distribution littéraire, dans 20 ans, l’offre des médiathèques et des livres d’occasion se sera rétrécie à son tour en ayant pu obtenir des titres diffusés qui ne sont plus diffusés aujourd’hui.

« Si on laisse mourir les maisons qui constituent le maillage de la distribution littéraire, dans 20 ans, l’offre des médiathèques et des livres d’occasion se sera rétrécie à son tour en ayant pu obtenir des titres diffusés qui ne sont plus diffusés aujourd’hui »

 

Le Lys Bleu Editions a lancé une pétition pour alerter les pouvoirs publics et mobiliser la communauté des lecteurs. Pourriez-vous nous expliquer en quoi consiste cette pétition et quels sont les objectifs à court et à long terme ?
L’objectif est de faire voter un amendement à la loi Lang qui, depuis 40 ans, gère le prix unique du livre. Cette loi a donné des résultats exceptionnels permettant la survie de nombre de libraires indépendants et le développement de maisons d’édition mais elle n’a pas prévu qu’en cas d’inflation les lecteurs n’auraient plus les moyens d’acquérir des livres. Nous demandons qu’il soit mis en place une sorte de bouclier tarifaire qui donnerait l’autorisation aux libraires et aux éditeurs d’abaisser pour un temps donné en liaison avec le taux d’inflation le prix des livres pour en permettre l’achat. Par exemple, nous pourrions imaginer que tant que l’inflation est à un niveau au-dessus de 5%, le prix des livres puisse être abaissé de 5%.
Cette mesure permettrait de sauver de nombreux éditeurs qui souffrent actuellement et ne peuvent vendre les stocks importants qu’ils détiennent.

 

« Nous demandons qu’il soit mis en place une sorte de bouclier tarifaire qui donnerait l’autorisation aux libraires et aux éditeurs d’abaisser pour un temps donné en liaison avec le taux d’inflation le prix des livres pour en permettre l’achat »

 

Face à la menace qui pèse sur les librairies, y compris des établissements bien établis comme France Loisirs, quelles solutions ou mesures pourraient être envisagées pour préserver ces lieux de culture essentiels ?
Les libraires comme les éditeurs peinent à vendre les livres. Vaut-il mieux vendre 1000 livres à 20 euros ou 2000 à 19 euros ? Toute la problématique se résume dans ces chiffres. Ne pas vendre est une condamnation à mort, vendre avec une marge réduite permet de baisser la tête lorsque la tempête fait rage.

 

 

Comment pouvons-nous agir dès maintenant pour faire baisser le prix du livre et garantir l’accès à la culture pour tous, malgré les défis économiques liés à l’inflation ? Avez-vous des recommandations ou des idées spécifiques à partager à ce sujet ?
Comme déjà exprimé plus haut, mieux vaut vendre beaucoup et moins cher que peu et cher. Par ailleurs, le fait d’abaisser le prix du livre ne toucherait pas l’Etat qui n’aurait pas à mettre la main à la poche. Le bouclier que nous appelons de nos vœux serait financé en totalité par les professionnels du marché qui profiterait de la remontée des niveaux de vente.
L’accès à la lecture est primordial pour toute société et peut-être de manière encore plus flagrante en ces temps où l’image fugitive ne laisse pas place au développement de l’imaginaire.

 

Vous pouvez signer ici la pétition en ligne

Lys Bleu Editions 40, rue du Louvre 75001 Paris

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