Roxanne Labanane : « Il n’y a rien qui me fait le plus grincer des dents que la phrase «Je suis pour la liberté d’expression, mais il y a des limites…»

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La québécoise Roxanne Labanane aime par dessus tout la liberté d’expression. Pour la défendre, elle s’est lancée dans une série de courtes vidéos humoristiques qu’elle publie sur ses réseaux sociaux. Elle refuse le terme humoriste mais imite avec beaucoup de sarcasmes les célébrités et ceux qui font de la liberté d’expression une valeur cardinale mais qui la refusent à ceux qui sont à contre-courant.

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Roxanne, comment êtes-vous devenue humoriste ?
Je ne me considère pas comme une humoriste, car j’ai un tout autre métier que j’aime et que je n’ai jamais «voulu» devenir humoriste. J’ai commencé à faire des vidéos humoristiques sur les réseaux sociaux en 2020 en réponse à la vague d’insultes envers tous ceux qui contredisaient ou même questionnaient les mesures sanitaires.

Vos vidéos sont tournées avec beaucoup d’ironie et de sarcasme. Quels sont les sujets qui vous tiennent particulièrement à coeur ?
Mon sujet le plus important, qui inspire la plupart de mes vidéos, et le seul sur lequel je ne me remettrai jamais en question, est la liberté d’expression. Je crois en une totale et absolue liberté d’expression.
Il n’y a rien qui me fait le plus grincer des dents que la phrase «Je suis pour la liberté d’expression, mais il y a des limites…».
Pour moi, le développement et l’évolution d’une société passent obligatoirement par des échanges d’idées, même si tu n’aimes pas certaines d’entre elles ! Sans débat, sans critiques, on stagne.

Sinon j’aime aussi l’humilité et l’honnêteté chez les gens, donc j’aime aussi beaucoup parodier les gens qui sont très centrés sur eux-mêmes, qui sont faux, qui se prennent au sérieux, font des choses pour se donner une image.

Quel est l’état de la liberté d’expression au Québec ?
Nous avons une expression ici pour rire du peuple québécois qui dit que ce sont des «dômiens» : Un petit peuple né pour un petit pain qui vivent dans un petit dôme où tout le monde pense de la même façon. On n’aime pas les gens qui critiquent, qui font des vagues ou qui dénoncent. Ici, es gens sont facilement offensés et vont dramatiser le discours qu’ils n’aiment pas pour pouvoir le faire censurer ou le tourner au ridicule, en le qualifiant de discours haineux, violent, complotiste, sectaire….

Lorsque qu’il y a des décisions imposées par notre gouvernement qui menacent nos libertés, ça devient presqu’impossible de critiquer et de se faire entendre. Et cela c’est véritablement inquiétant.

Et ça va encore plus loin : certaines personnes ont même eu des problèmes avec les services de protection de l’enfance simplement pour leurs opinions dites «complotistes». Moi ça me fait peur un peuple qui accepte qu’on enlève ses enfants à un parent simplement pour ses opinions, je trouve que c’est un grave dérapage.

La crise sanitaire a-t-elle accéléré selon vous la censure ?
Oui, ça a beaucoup divisé et radicalisé les gens, et j’ai l’impression que ceux qui ont le pouvoir de censurer ont justement vu ce pouvoir se renforcer énormément grâce à la crise sanitaire et ils peuvent maintenant l’utiliser de plus en plus.

Cet été, au cinéma, vous serez plutôt « Sound of Freedom » ou Barbie ?
Ni un ni l’autre! Pour moi ce sont simplement des films, des divertissements. Si les gens se sentent interpellés par leurs messages, tant mieux pour eux, je n’ai rien contre. Ce qui me dérange, encore une fois, c’est le traitement médiatique qui a été fait autour de ces films.

Votre vidéo sur les vedettes a fait un carton. Les vedettes québécoises ont-elles ce comportement que vous dénoncez avec beaucoup d’humour ?
Selon moi : oui, tout-à-fait ! Sérieusement, c’est une généralisation bien sûr, et je visais certaines personnalités en particulier, qui profitent de leur tribune pour cracher leur mépris sur une partie de la population en oubliant que leur carrière est en grande partie financée par ce petit peuple qu’ils regardent de haut. Évidemment je sais que les gens du milieu artistique ne sont pas tous comme ça.

Par contre ça m’a toujours fasciné cet espèce de statut de «vedette» que les gens ont juste parce qu’ils passent à la télévision, jouent dans des films ou font de la musique. Comme s’ils étaient plus importants, et surtout plus intéressants, plus spéciaux, que les gens faisant n’importe quel autre métier. Moi je les vois tellement juste comme des gens normaux, je ne comprends pas cette fascination envers eux!

Les médias y sont pour beaucoup en poussant cette image, en leur donnant la parole partout, à les laisser raconter des tranches de vie insignifiantes et à les laisser dire leurs opinions prémâchées et en les encensant comme si c’était du pur génie.
Ensuite tu as ce qu’on appelle ici des «mononcles et des matantes de banlieue», qui encouragent cette culture du vedettariat en les admirant et en les idôlatrant. Et donc certains artistes croient à cette image d’eux-mêmes et agissent comme tels.

Subissez-vous vous-même une forme de censure et d’invisibilisation ?
J’ai l’impression que le fait d’utiliser le sarcasme et de jouer des personnages qui sont du «bon» côté m’a beaucoup aidé à éviter la censure et l’invisibilisation, même si pas complètement. Par contre, j’ai bien évidemment reçu beaucoup d’insultes. Beaucoup de groupes sur les réseaux sociaux utilisent l’intimidation et les accusations de discours haineux, de racisme, de transphobie pour tenter de censurer et de faire taire les gens comme moi.

Mais personnellement ça ne me dérange pas, je trouve ça divertissant et c’est même ma plus grande source d’inspiration pour faire d’autres vidéos!

 

 

 

 

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