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Le cyclisme belge pour les nuls et les autres

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Que fait l’amateur de vélo quand les lampions de la saison sur route sont éteints ? Il entretient sa forme à travers des lectures de qualité. En voici une, en neuf étapes vécues comme un pèlerinage. De la Malplaquée à la Redoute, à chacun son chemin de Compostelle

« Mais qu’est le cyclisme sinon l’apprentissage de la frustration ? » ose lancer François Brabant, au terme de pages à l’enthousiasme communicatif. En tandem avec Quentin Jardon, autre régional de l’épate, il évoque quelques moments considérables de l’histoire du cyclisme belge. Rappeler la décade fastueuse durant laquelle les Wallons illuminaient le Tour de France est une entreprise de salubrité communautaire, de nature à ravir le parrain flamingant ausculté subtilement quelques pages plus loin. En route pour la lune, Tintin a identifié Remouchamps, Deux-Acren, Audenarde, Ruisbroek. La Grande ourse lui a rappelé la roulotte des parents De Vlaeminck. Les personnages et situations croisés en cours de route sont dissemblables, du baron Merckx au renégat Bruyneel, des jeux du Crique aux tirelires opaques du groupe Amaury. Tombés dans le pot d’embrocation quand ils étaient petits, amoureux fous mais lucides de la petite reine, les auteurs sont aussi des journalistes d’investigation, habités par la probité intellectuelle et l’éclectisme qu’ils déploient dans leur magazine Wilfried (°). On ne s’étonnera donc pas que le Merckx après Eddy soit moins flamboyant, ni que les scènes de liesse populaire n’occultent nullement la réalité d’un sport qui se pratique parfois à tombeau ouvert…
On découvre la personnalité attachante de Guillaume Martin, incarnation de «la tête et les jambes », à l’époque leader français d’une formation flahute. En 1968, nul ne peut imaginer que l’arrivée discrète de Giovanni Jimenez sur notre sol est le prélude à l’histoire belge du cyclisme colombien. Même s’il ne payait pas de mine, le loup entrait dans la bergerie.
Ce livre ne se lâche pas. On s’y accroche jusqu’au dernier sprint, avec plus de bonheur que Zoetemelk grimaçant dans l’ombre bouton d’or du roi Eddy. L’avant-propos de Pierre Carey est la première gourmandise d’un festin mémorable.

« Le siècle des coureurs – Histoires intimes du cyclisme belge », François Brabant- Quentin Jardon, éditions Weyrich, 262 pages.

(°) Les compères publient « Wilfried », magazine trimestriel qui raconte la Belgique sous toutes ses coutures, avec recul, verve, discernement, sans complaisance ni acharnement. Il a cette flamboyance discrète qui le rend comparable aux Lettres persanes. On ne fait pas mieux à propos de ce pays rapiécé, aux entournures cousues de fil blanc.
Wilfried a proposé « Eddy », magazine omnisport aujourd’hui en sommeil. Entrevues éclairantes, questions et réponses sans filtre, portraits urticants. On y a notamment pris l’ascenseur émotionnel des frères Bayat. L’un pratique le scepticisme à géométrie variable ; on prête à l’autre un péché mignon : une passion originale pour les boîtes à montre.

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