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Philippe Pascot: « Pour ceux qui nous gouvernent, l’abstention est un bonheur! »

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Certains le qualifient de « lanceur d’alerte » alors que lui préfère dire un « éveilleur de conscience ». Mais ce qui est certain c’est que Philippe Pascot ne laisse pas indifférent. Celui qui a acquis une notoriété ces dernières années grâce à des livres explosifs sur les arrangements du monde politique et les privilèges qui en découlent, a aussi pris à bras le corps de le mouvement des Gilets Jaunes. Pour lui, à un mois de la présidentielle, l’abstention est un piège à cons et il nous explique pourquoi.

propos recueillis par

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Est-ce que les sondages d’opinion à répétition juste avant la présidentielle ne sont-ils pas en train d’essayer d’influencer les Français et par la même dissoudre la souveraineté du peuple ? 
Aujourd’hui les sondages à répétition sont pernicieux et vicieux tout à la fois. Ils ne sont pas fait pour dire la vérité du moment, ils sont là pour s’insinuer doucement mais avec constance dans l’inconscient collectif. On sait tous que ces sondages ne représentent rien (ou peu) , mais, sans nous en rendre compte, leurs accumulations réitérées nous pénètrent le cerveau.
Malgré cela, la plupart du temps, l’évidence d’une réalité que l’on sait tronquée, la méthode méphitique employée, entrouvre, puis ouvre largement la porte à un doute puis au final à l’acceptation des faits énoncés. Les sondages deviennent ainsi une vérité contre laquelle on ne peut pas lutter. Pourtant quand vous regardez de plus près avec un oeil interrogatif ( et non celui du bovin qui accepte tout sans rechigner…) les « dits sondages », on s’aperçoit que l’on n’a quasiment jamais toutes les informations (nombre d’interrogés, méthode, questions précises etc..). Seul le résultat en gros titre est matraqué avec une redondance malsaine. Même si nous voulons échapper à cette manipulation des esprits, ces sondages génèrent ce que j’appelle le « syndrome du défaitisme » qui fait que la combativité ou le refus des uns et des autres s’étiolent à force de nous annoncer que le combat est perdu d’avance.
La souveraineté et le libre-arbitre du peuple n’existent plus. On entend souvent « les dès sont pipés d’avance », mais tout est fait, à travers ces sondages à répétition, pour faire croire que les jeux sont faits. On pourrait prendre le risque de faire mentir les sondages.

 

« On entend souvent « les dès sont pipés d’avance », mais tout est fait, à travers ces sondages à répétition, pour faire croire que les jeux sont faits »

 

Le référendum de 2005 n’a t-il pas été un point de bascule vers la mascarade démocratique ressentie par des millions de Français ?
Bien entendu car cette forfaiture s’est faite en totale contradiction avec la volonté du peuple français. Le pseudo « arrangement » de Lisbonne concocté par le président Sarkozy est très mal passé au sein des électeurs qui ont eu la sensation réelle et vérifiée que l’expression de leur volonté ne valait pas tripette face à l’oligarchie dominante et les pressions des bureaucrates (et des lobbys) européens.
Une cassure, une brèche, un gouffre de méfiance et de défiance se sont alors dessinés envers les politiques. Petit à petit, l’image d’une démocratie fantoche et illusoire s’est installée dans l’esprit des français comme une gangrène se développe le long d’un membre, gagnant un peu plus de terrain au cours des années suivantes. On assiste inéluctablement, dans le cadre d’une banalisation grandissante, à la déliquescence d’une démocratie qui se meurt dans sa chair devenue noire et bientôt irrémédiablement pourrie.

« Petit à petit, l’image d’une démocratie fantoche et illusoire s’est installée dans l’esprit des français comme une gangrène se développe le long d’un membre »

 

Politiquement, est-on entré dans une ère de servitude volontaire ?
Nous atteignons des sommets dans l’abnégation de l’individuel au profit du collectif mais en s’appuyant sur des données, des valeurs et des bases complètement biaisées. Si répondre à l’exigence du vivre-ensemble et ou du collectif était jusqu’à présent socialement acceptable quand la quasi totalité des individus cooptait les règles; nous assistons aujourd’hui à l’exigence du vivre-ensemble décidée uniquement par quelques-uns et comble de l’ironie, contrôlée par ceux qui le subissent.
En effet, les servitudes « volontaires » sont maintenant engendrées, mises en place par les populations elles- mêmes. La pandémie réelle ou non selon les avis a permis de mettre en place un système de flicage auto-géré par la population elle-même.
Là aussi, comme dans d’autres secteurs, une espèce de soumission globale semble prendre une majorité d’individus. Elle les empêche inconsciemment de se rebeller et les font entrer dans une attitude agressive de fait contre tous ceux qui ne sont pas dans le moule de la norme établi par le pouvoir. Un bonheur pour ceux qui veulent imposer une normalisation globale des individus tout en gardant une façade de démocratie.

 

 

Doit-on imposer le vote obligatoire selon vous ?
Dans un de mes derniers livres, j’ai consacré un chapitre sur le sujet. Devant la pauvreté de l’offre politique et le dégoût organisé pour le vote qui en découle, ce serait une bonne chose que l’obligation du vote pour que la démocratie puisse continuer à exister tant bien que mal. Mais, (et ce, mais est de taille ), malgré les grandes déclarations des uns et des autres, malgré les pseudo campagnes régulières d’appel au civisme sur tous les médias par la droite et ou la gauche, aucun politicien aujourd’hui n’a réellement envie d’appliquer le vote obligatoire en France.

« Aucun politicien aujourd’hui n’a réellement envie d’appliquer le vote obligatoire en France »

Il deviendrait beaucoup plus difficile pour lui ( elle) de se faire élire. Aujourd’hui, et c’est factuel, un élu arrive au pouvoir avec souvent moins d’un électeur inscrit sur dix. Francis Chouat, (remplaçant député de Manuel Valls) a été élu avec 0,9 électeurs sur dix inscrits ( 1ère circonscription de l’Essonne). Pour tous ces élus de droite et ou de gauche, c’est quand même plus commode pour briguer un mandat de remporter une élection grâce aux seules voix de sa concierge et de quelques copains. Autre exemple: le remplaçant de Serge Dassault a gagné sa place à l’assemblée départementale avec 0,6 électeurs sur dix inscrits. Vous avez bien lu, élu avec un peu plus d’un demi électeur. En France, il est donc de bon ton pour le politique de vitupérer contre l’abstention mais sûrement pas de trouver de vraies solutions dont le vote obligatoire qui, pourtant, existe déjà dans plus de 22 pays.
En Belgique, où le vote est obligatoire depuis plus de 130 ans, le taux de participation dépasse les 90%. Les pays comme le Luxembourg, la Grèce, la Turquie, le Brésil, l’Argentine, l’Australie (vote obligatoire depuis 1924), la Bolivie ou le Mexique pratiquent le vote obligatoire. Dire que c’est le meilleur système ne serait pas juste; mais le vote obligatoire a aussi un immense avantage, celui de ratifier in facto et par voie de conséquence la reconnaissance du vote blanc comme un vote exprimé et politique. On voit que le vote obligatoire oblige l’électeur à s’intéresser, par obligation, à la politique et ceux qui nous dirigent. Cela réduit, de façon drastique, l’abstention. Certes encore une fois pour « ayatollah de l’abstention à tout prix », pour ceux du « pouvoir au peuple », des « tous pourris, ça sert à rien » et ou de « élection piège à cons », il faut bien qu’ils comprennent que nous ne pourrons améliorer le vote et adopter un autre système ( comme le vote dit de type majoritaire et ou le RIC par exemple) qu’en votant massivement pour des élus qui accepteront de les mettre en place. Ce n’est pas en restant devant la porte de l’urne (les abstentionnistes) ou en dehors de la cage aux lions (les  » ça ne sert à rien »..) qu’on arrivera à les vaincre. C’est au contraire en forçant la porte et en combattant dans la cage que nous les obligerons à changer les règles pour plus de démocratie et de justice pour tous. Winston Churchill disait : “La démocratie est un mauvais système, mais elle est le moins mauvais de tous les systèmes”.
J’ajouterai que la démocratie et le vote (à l’inverse d’une célèbre marque de piles,) ne s’usent que si on ne s’en sert pas! Nous sommes le nombre et, en France du moins, nous pouvons encore changer les choses par une simple voix. Exprimer par le bulletin de vote notre mécontentement est aussi une forme de combat. C’est tout aussi valable que descendre dans la rue tous les samedis pendant deux ans. Comprenons bien que pour ceux qui nous gouvernent, l’abstention est un bonheur.

 

« Nous sommes le nombre et, en France du moins, nous pouvons encore changer les choses par une simple voix. Exprimer par le bulletin de vote notre mécontentement est aussi une forme de combat »

 

Selon vous, la prise en compte du vote blanc, pourrait-elle être un solide antidote à l’abstention ?
Il est évident que l’augmentation du vote blanc dans les urnes obligerait les politiques à se remettre en question pour cause d’érosion flagrante et visible de leur représentativité, ce qui n’est absolument pas le cas avec l’abstention. La reconnaissance du vote blanc outre un antidote à l’abstention permettrait aussi de revigorer l’offre politique.

Le débat politique ne repose-t-il pas essentiellement sur l’exposition médiatique. N’y-a-t-il pas une faille de ce côté-là ?
Nous avons aujourd’hui un paysage politique quasiment et uniquement médiatique. Une élection présidentielle se gagne maintenant à coup de passages télévisuels et ou d’articles, voire de couvertures de magazines. Entre janvier 2015 et janvier 2017, un petit ministre peu connu du grand public et de l’électorat ( devenu depuis président…), a totalisé à lui tout seul plus de 8000 articles le citant nommément dans quatre journaux: le Monde; Libé, l’Obs et l’Express.
Dans la même fourchette de temps et dans les mêmes quotidiens, Jean-Luc Mélenchon, Arnaud Montebourg et Benoît Hamon n’ont, à eux trois, réuni, eu droit qu’à 7.400 articles. Vous rajoutez entre janvier et mai 2017 plus d’une soixantaine de couvertures de magazines pour l’ex-inconnu devenu candidat, une flopée de sondages « nationaux » de plus en plus dithyrambiques qui, à mesure encensent le quasi gagnant par quelques journalistes influents ( aux ordres?) et l’ensemble du peuple n’ayant d’autre choix que celui qu’on lui a fabriqué, suit la pente et la route électorale que quelques uns ont tracé pour eux.
Le deuxième élément qui suit « l’organisation médiatique du choix populaire » avec habillage démocratique de circonstance, c’est l’apparence de la force d’un candidat via sa débauche financière. Il est impossible à l’heure actuelle à celui qui n’a pas les médias avec lui et l’argent sous sa veste (ou son tailleur) d’accéder aux portes d’une élection. Plus tu montres que tu dépenses et plus tu as de chances d’être élu. La loi, les lois censées réguler les flux financiers politiques sont constamment détournées voire dévoyées, pour ne favoriser malheureusement que ceux et celles qui ont les moyens. Le financement même d’une campagne électorale est biaisé dès le départ.

Le coût d’une campagne présidentielle s’élève réellement aux environs de 50 millions d’euros. Un des anciens candidats a eu la malchance de se faire attraper mais si on regarde la campagne des concurrents du même niveau… à quelques millions près, on pourrait retrouver en cherchant bien, les mêmes sommes dépensées par les deux ou trois locomotives présidentiables ( les petits candidats sont là pour faire de la figuration, égrener les voix et donner un semblant d’allure démocratique à l’élection…). Une élection législative, si du moins le candidat veut avoir une chance d’être élu, ne peut pas se livrer à moins d’environ 40 000 euros de dépenses.. auxquelles il faut, là aussi, rajouter un bon carnet d’adresses médiatique.
Seule une petite élection municipale dans une toute petite ville de campagne est encore abordable financièrement pour un candidat lambda ( et encore…). En grossissant le trait, on peut dire que la mémoire collective et le vote qui s’en suit, ce, pour une majorité conséquente d’individus, ne retient malheureusement que celui ou celle que l’on voit le plus au journal de 20H et qui brille le plus fort dans les meetings dispendieux.
Il y aurait bien une ébauche de solution que je propose depuis déjà quelques années. Il suffirait simplement d’imposer une égalité rigoureuse de moyens entre tous les candidats lors de chaque élection. Un nombre de meetings identique, un nombre de passages télé identiques, un nombre de tracts identiques, etc…. Chaque candidat pourrait en faire moins mais interdiction d’en faire plus que les autres récipiendaires. Le même matériel médiatique et de propagande pour tous obligerait les candidats à se rabattre sur le contenu et non sur les apparences. Les dérives financières et médiatiques seraient jugulées. La véritable faille que la question pose c’est plutôt que nos élus soient d’accord pour plus de justice et d’équité lors d’une élection.

 

« Il suffirait simplement d’imposer une égalité rigoureuse de moyens entre tous les candidats lors de chaque élection. Un nombre de meetings identique, un nombre de passages télé identiques, un nombre de tracts identiques »

 

Pensez-vous qu’un jour les Français auront droit au vote électronique ? L’appréhendez-vous ?
Le vote électronique est la pire des solutions pour une démocratie réelle et directe. Il est aujourd’hui prouvé que le vote électronique peut facilement être truandé. Pour rappel, en 2017 (ce n’est pas loin), lors des élections législatives, les Français de l’étranger n’ont pas pu voter de façon électronique car interdit par le gouvernement de l’époque. Celui-ci s’appuyait sur les recommandations de l’ANSSI, (l’Agence Nationale de la Sécurité des Systèmes Informatiques), qui déclarait « un niveau de menace extrêmement élevé de cyber attaques pourrait affecter le déroulement du vote électronique ».
Déjà en 2012 lors de la mise en place du vote électronique pour les Français de l’étranger, on avait pu constater de façon factuelle et sans contestation, quelques « bizarreries » concernant les résultats de plusieurs député de l’étranger.
Je passerai rapidement sur l’évidence de la sécurité des votes qui un jour ou l’autre feront inéluctablement les choux gras de quelques hackers qui auront plaisir à pratiquer du piratages de transformation de vote.
Mais le plus important à retenir concernant le vote électronique c’est l’impossibilité d’identifier réellement que la personne qui vote est bien celui (ou celle) qui est inscrit sur les listes électorales. Pour être sûr du vote électronique et de la personne qui a voté,,la seule solution fiable serait de renoncer à l’anonymat du vote. Ça ne devrait pas être pour tout de suite.

Enfin, « l’abstention, piège à cons » est une chose. Mais ne craignez-vous que des millions de Français se soient totalement dépolitisés et se concentrent uniquement sur leur sphère individuelle ?
Comment leur reprocher ? Comment reprocher à un père ou une mère de famille qui voient leur pouvoir de vivre, leurs libertés, leur salaire, leur retraite, l’avenir de leurs enfants se réduire comme peau de chagrin ? Comment leur en vouloir de se recroqueviller sur la protection première de ce qui les entoure ?
Comment reprocher à un père ou une mère de famille à qui on demande de plus en plus chaque jour, de travailler plus longtemps, de payer toujours plus, d’obéir sans comprendre, de se serrer la ceinture toujours un peu plus, d’être culpabilisés et montrés du doigt s’ils émettent la moindre critique ? Comment les blâmer d’essayer de ne pas se noyer dans tous les efforts et les pressions qu’ils subissent un peu plus grandes et vicieuses, chaque jour qui passe ?
Comment reprocher à un père ou une mère de famille de se rabattre sur l’essentiel quand ils voient et découvrent dans le même temps que l’opulence est ouvertement dispendieuse pour ceux-là mêmes qui la refusent pour le peuple ?
Comment ne pas comprendre qu’après la colère dont on nous fait croire qu’elle est inutile, ce père et cette mère de famille plutôt que de se taper la tête contre le mur de l’indifférence et du mépris de « ceux qui savent mieux que nous », se désolidarisent de tout et en premier de ces politicards de tous bords auxquels ils ne croient plus, tant ils voient qu’ils ne sont jamais autant efficaces dans les promesses et les propos que lorsque ‘ils n’ont pas de pouvoir ( ou sollicitent leur suffrage…) Ce père et cette mère de famille ont tort.
Malgré les faits et les manipulations, nous pouvons reprendre le pouvoir car nous sommes LE NOMBRE. Notre désaffectation du vote et de la vie politique les arrange tous. La politique de la chaise vide dans la gestion de la société est une ineptie. On reste assis par terre a regarder ceux qui sont assis sur la chaise et qui daignent de temps à autres nous jeter une miette de vie.

« Abstention, piège à cons » Editions Max Milo – Par André Bercoff, Philippe Pascot et Stéphane Guyot

Le site officiel de Philippe Pascot : www.philippe-pascot.com

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