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Convoi de la liberté : à quoi va ressembler le mouvement en France ?

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Par Simon Martin et Alexandre Ori depuis Nice – Ce mercredi 9 février au matin, le Convoi de la liberté s’apprête à démarrer dans certains départements de France. Directement inspiré par le « Freedom Convoy » canadien, le convoi français va-t-il suivre ses traces ?

À l’aube des premiers départs du “convoi de la liberté”, une question se pose : à quoi va ressembler le mouvement en France, et quelle ampleur va-t-il prendre ? Beaucoup d’informations et de chiffres circulent à ce propos, souvent difficiles à interpréter. On compte 254.000 abonnés sur le groupe Facebook du convoi, quelques dizaines de milliers répartis sur Telegram, mais qu’en sera-t-il sur les routes ?

Départs locaux : entre mobilisation et solidarité
À l’échelle locale, la mobilisation est indéniable aux yeux des manifestants, à l’image d’Emmanuelle, cannoise retraitée du monde médical qui se prépare à suivre le convoi mercredi. “Beaucoup de personnes qui ne peuvent pas partir nous font des dons, récemment on m’a offert un réchaud ou même un bidon d’essence”, décrit-elle. “À Nice, plusieurs personnes sont venues spontanément nous offrir du ravitaillement”.
Un phénomène de solidarité que la retraitée a aussi constaté avec l’organisation des logements prévus sur les différentes étapes du convoi : “J’ai trouvé des logements gratuits chez des gens qui soutiennent la cause à Avignon, Lyon et même Paris. D’ailleurs à Avignon, j’ai vu qu’il y a même plus de logements proposés que de demande, ce n’est pas rien”. Malgré tout, la manifestante admet avoir du mal à jauger le nombre de personnes qui prendront la route ce matin, ayant seulement entendu parler d’une centaine de véhicules au départ de Nice.

Un convoi différent du Canada
Une incertitude qui persiste, d’autant que le convoi français semble bien différent de son inspiration canadienne sur un point central : l’importance des transporteurs. Là où les camionneurs canadiens s’étaient organisés pour protester contre une mesure précise impactant leur activité, les revendications affichées en France sont plus larges.
Un changement qui présage d’une implication moins forte des transporteurs dans le mouvement français. Pour l’heure, aucun syndicat ne soutient officiellement le convoi. Jean-Marc Riviera, délégué général de l’Organisation des Transporteurs Routiers Européens (OTRE), commente ainsi : “Ce que j’ai vu jusqu’ici c’est une agitation sur les réseaux sociaux mais pas dans les entreprises [de transporteurs], pour moi il n’y a rien de concret”. Niant tout lien entre le syndicat et le convoi, l’ancien gendarme admet en revanche qu’il “a été contacté par des gens liés au convoi via les réseaux sociaux, mais c’était difficile d’identifier qui ils étaient et ce qu’ils voulaient précisément.”
Pour le délégué général, cette mobilisation après coup des transporteurs rappelle certains passages des gilets jaunes, qui avaient appelé un soutien extérieur des routiers à plusieurs reprises. Une situation qu’il juge très différente du Canada, ajoutant : « Nous ne sommes pas les faire-valoir de qui que ce soit ! »

Les nouveaux gilets jaunes ?
Contrairement à son prédécesseur canadien, moins de camions semblent donc se profiler à l’horizon du convoi tricolore d’autant que les routiers français -contrairement à leurs collègues outre atlantique- ne sont pas propriétaires de leurs véhicules. Mais avec les premiers départs, une autre image plane sur le mouvement : celui des gilets jaunes, dont sont issus certains manifestants engagés dans le convoi. Un rapprochement évident aux yeux d’Albert Ogieu, directeur de recherche émérite au Centre d’étude des mouvements sociaux (CEMS) : “La hantise de voir un retour des gilets jaunes est toujours là au niveau politique, c’est que leur marque est bien-entendu toujours présente”, explique-t-il, mais en relativisant : “Chaque mouvement qui nait a ses propres caractéristiques, on ne refait jamais deux fois la même aventure.”
Pour le chercheur, la question de l’ampleur du convoi reste la grande inconnue, malgré les différents chiffres qui courent sur le web. “Personne n’est devin ni ne peut prédire le poids de cette mobilisation. Ce genre de mouvement de protestation est assez incertain, car personne ne sait ce qu’un appel sur les réseaux sociaux va produire”, conclue-t-il, admettant en revanche percevoir une ambiance générale de colère face aux mesures sanitaires.
Autant de questions qui trouveront bientôt réponse sur le bitume, avec une première journée de convoi qui profilera l’allure du mouvement dans le sud de la France. Les différents convois départementaux sont attendus respectivement à Toulouse et Avignon, où les manifestants doivent se retrouver et passer une première nuit.

 

 

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