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Fabrice Gaignault : Du bon usage de la mélancolie

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Un fascinant roman miroir, suprêmement attachant, déployé entre insouciance et dévastation.

« La vie la plus douce est de ne penser à rien», disait son grand-père à Adrien. Un viatique précieux, que le garçon puis l’homme n’oublieront jamais en route, et pour cause.
Avec le drame qui pulvérise la famille et condamne la mère à la perpétuité de la douleur, des années d’exil dans un pensionnat catholique géré par des tortionnaires sadiques, un père absent qui fait bouillir la marmite et multiplie les conquêtes galantes, il y a de quoi désarçonner Adrien. La maison familiale voit défiler la nuée germanopratine à cols roulés et Gauloises bleues des « refaiseurs » de monde, parasites, gauchos d’opérette « flottant sur un océan démonté de chablis infusé d’héroïne ». Par bonheur il y a les étés à Saint-Tropez, dans la villa Au Bout du monde, loin du cocktail de dinguerie, au contact d’un autre univers, interlope et inquiétant. On y croise un producteur de cinéma porno, des marchands d’armes, un frère démoniaque, de retour de captivité en Thaïlande, un oncle pilleur de banque. Certes, la présence de Candice, recours amoureux, aide Adrien à surnager, mais il doit avant tout son salut à sa manière de se voir en exilé perpétuel, en marge des autres et de lui-même, de s’autoriser de salutaires échappées belles. Vivre, tout simplement, exige parfois des ressources cruelles et invisibles. « Mère, pourquoi m’as-tu abandonné ? Je te hais et le t’aime. Je t’aime et je te hais. »
Le nomadisme intime, considéré comme un des beaux-arts.

« La vie la plus douce », Fabrice Gaignault, Grasset, 317 pages. 20,90 €

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