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Covideuil : une étude pour déterminer les conséquences de la crise sanitaire sur le deuil

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“La crise du Covid-19 a généré des souffrances dont nous ne mesurons pas encore toutes les conséquences.” Une situation que Marie de Hennezel, psychologue spécialiste de la fin de vie, a été l’une des premières à dénoncer. “En voulant protéger la vie biologique des uns, on a nui à la personne humaine (…) En agissant ainsi, nos experts scientifiques et nos gouvernants ont commis une faute. Ils ont sous-estimé l’importance des rites immémoriaux qui lient les vivants et les morts. Ils ont désespéré les mourants en leur volant leur mort. Ils ont fragilisé les vivants en leur volant un moment essentiel de leur vie”, s’indigne-t-elle dans son livre L’adieu interdit. Un constat qui lui fait craindre, comme à d’autres spécialistes, d’entraver le processus du deuil, modèle de Kübler-Ross selon lequel un endeuillé passe à travers cinq étapes lors de son deuil. 

La crainte de deuils traumatiques ou pathologiques

Dirigée par Marie-Frédérique Bacqué, professeure de psychopathologie à l’université de Strasbourg, l’étude Covideuil est financée par l’Agence nationale de la recherche depuis le 1er février 2021 et pour une année. Elle consiste à étudier les conséquences des restrictions dans le domaine funéraire durant l’épidémie de Covid-19 afin de déterminer si elles sont responsables de l’apparition de deuils traumatiques ou pathologiques. Car comme l’explique Marie de Hennezel dans son livre L’adieu interdit, “les proches qui n’ont pas pu accompagner, dire un au revoir à un parent mourant, éprouvent une culpabilité douloureuse, un chagrin profond.” 

Des centaines d’entretiens avec des familles endeuillées 

Covideuil repose sur trois axes d’observations : 

  • psychologique : les émotions ressenties par l’endeuillé face aux restrictions auxquelles il a dû faire face.
  • sociologique : le ressenti global des endeuillés pendant la crise sanitaire de Covid-19.
  • anthropologique : les représentations collectives de la mort et des morts au sein de la population française en deuil.

L’étude est réalisée sur la base de la participation de près de 500 personnes vivant un deuil. Lors d’un premier entretien, l’endeuillé doit répondre à un questionnaire d’une centaine de questions, puis 6 mois plus tard lors d’un deuxième entretien et 1 an plus tard pour l’entretien final. Le questionnaire est présenté par un psychologue chercheur du Sulisom (subjectivité, lien social et modernité). 

Améliorer la prise en charge des endeuillés 

Si le principal objectif de Covideuil est de documenter les effets des restrictions sur les endeuillés, les résultats permettront également, à terme, de proposer des pistes d’accompagnement. “Les personnes qui ont perdu un proche en avril-mai n’ont pas bénéficié de ces rites de manière irrécupérable, c’est un phénomène grave sur le plan du deuil.”, témoigne Marie-Frédérique Bacqué, directrice du Centre international des études sur la mort. Selon elle, il est nécessaire d’apprendre à s’adapter pour proposer des rituels qui accompagneront les endeuillés dans leur processus de deuil même en période de pandémie. Lors du premier confinement, “des soignantes permettaient par exemple à des familles de dire adieu à leurs proches mourants à l’hôpital par téléphone”, explique Marie de Hennezel. Un rite précieux en temps de pandémie. L’étude Covideuil est également déclinée dans d’autres pays : au Québec, en Belgique et en Suisse francophones, et en Italie.

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