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Maria Mourani: « A Montréal, toutes les informations du terrain indiquent une guerre de gangs sans compter le manque de considération pour la police »

Maria Mourani est criminologue et sociologue. Dans un climat endémique de fusillades et de guerre des gangs, elle analyse pour Putsch la situation devenue inquiétante à Montréal et les raisons de ces violences. Maria Mourani aborde également la question de la sécurité publique par les autorités et un manque de considération des membres des gangs pour la police.

propos recueillis par

Vous semblez inquiète par la situation endémique des règlements de compte et de la violence entre bandes à Montréal. Quel est l’état de la situation aujourd’hui ?
Toutes les informations du terrain portent à une guerre de gangs. Plusieurs cliques s’affrontent, chose qu’on n’avait pas vu depuis longtemps à Montréal.

Montréal semblait il y a encore quelques mois de cela une ville plutôt paisible et sûre. Comment expliquez-vous cette situation ?
Montréal est toujours une ville sûre comparativement à d’autres grandes villes nord-américaines. Ce genre de situation est plutôt dû à des conflits personnels et de drogues dans le milieu criminel. On avait l’habitude que ces conflits ne dégénèrent pas parce que des groupes comme les Syndicats et les Hells Angel maintenaient un certain équilibre et calmaient le jeu sur le terrain. Après tout la guerre n’est pas bonne pour les affaires. Mais, actuellement, cela ne semble plus le cas, d’où la multiplication des fusillades.

L’utilisation des armes à feu est-elle également corrélée à cette montée de la violence ?
Effectivement, l’accessibilité aux armes, particulièrement de poing a une certaine influence.

Est-ce que ces règlements de compte se concentrent dans certains quartiers de la ville ou se propagent-ils à l’ensemble de la ville ?
Essentiellement, les cliques sont dans les territoires de l’Est de Montréal et St-Michel. Mais, il y a des règlements de compte un peu partout et même sur la rive sud.

Vous semblez dire qu’il y a également un sentiment d’impunité. A quoi cela est-il du ?
C’est complexe. Déjà les membres de gang sont des personnes qui n’ont pas de considération pour les forces de l’ordre. Par ailleurs, les auteurs de fusillades sont difficilement identifiables sans compter le climat anti-police qui a contribué à réduire les interventions policières préventives dans certains quartiers.

Comment réagissent les autorités que sont le gouvernement de François Legault ainsi que la municipalité menée par Valérie Plante ?
Les décideurs sont toujours en réaction. Il y a au Québec un manque de vision à long terme en ce qui concerne la sécurité publique. Ce qui fait qu’on arrive à ce genre de situation.
Par exemple, les autorités abolissent ou arrêtent des financements des escouades qui fonctionnent bien lorsque le milieu criminel est plus calme et laisse la place à un retour des groupes criminels. La sécurité publique doit être envisagée sur du long terme.

Comment font face les Montréalais à cette situation ? Pourrait-elle impacter la vie à Montréal et provoquer un exode?
Les Montréalais sont tout de même dans une certaine crainte, mais je doute qu’il y ait un exode. Ce mot est un peu fort. Peut-être que certaines personnes vont partir en région, mais je doute d’un exode. Le sentiment de sécurité est une dimension de la sécurité publique et cela passe par des actions concrètes et visibles pour le citoyen.

Maria Mourani, Ph. D.
Criminologue et sociologue
Présidente
Mourani-Criminologie
mouranicriminologue.com

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