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Elsa Marpeau ne fait pas les choses à moitié

par

L’inconnu dans la maison déserte

Elsa Marpeau ne fait pas les choses à moitié. Elle a signé, à la Série Noire, six romans dans lesquels l’enquête policière n’est pas une fin en soi. Mais ils sont à ce point âpres et réussis que le lecteur en oublie parfois la portée politique et sociale. On devine l’auteure rétive au licol, aussi son passage à La Noire la dispense-t-il du respect parfois encombrant de certains codes.

Dans ce hameau de province, la vie relève d’une morosité banale. Philippe est sans emploi et pire, sans révolte. Son fils Lucas lui témoigne une indifférence molle. Chaque retour du travail de Maud boucle une journée semblable aux précédentes. Il arrive à Philippe d’avoir des images d’abricot qu’on ouvre en deux. Les fois où il empoigne les seins de Maud, elle se débat, puis accepte, à l’occasion, de guerre lasse, pour occuper le temps avant l’heure du dîner. La vie normale d’un provincial normal, qui pourrait traquer l’anaphore à coups de « Moi, résident ». Même les dîners du dimanche et les parties de chasse avec les potes du coin sont d’un ordinaire achevé.
Un jour qu’il attend le canard, Philippe voit s’avancer vers le lac un homme nu. Jeune et nu. A travers les jumelles il a des yeux vert très clair, de grands yeux de fille. Un moment de grâce. Il obsédera Philippe, qui voudra à toute force l’intégrer à sa petite communauté. Ecce le Parisianus ex machina. La chasse est ouverte. Et c’est là qu’Elsa Marpeau va devenir redoutable …

« L’âme du fusil », Elsa Marpeau, Gallimard, 181 pages. 16 €

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