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Anthony Palou : un émouvant plaidoyer pour les petits commerces et ces gens oubliés

Anthony Palou, journaliste culture au Figaro, a publié des romans plusieurs fois primés, dont « Fruits et légumes » (Albin Michel) et « La Faucille d’or » (Le Rocher). Son dernier livre est un plaidoyer pour nos petits commerces, ces épiceries, ces merceries, torréfacteurs ou papeteries, tout un monde, en quelques années dévasté par la grande distribution.

propos recueillis par

Né dans une famille de commerçants, son grand-père espagnol a traversé les Pyrénées en 36 pour s’installer dans le Finistère où il a monté un commerce de fruits et légumes. Anthony Palou se souvient des maraîchers et des boutiques de son enfance à Quimper. Il part à la recherche de ce temps perdu où il choisissait des boutons dans des bocaux, il travaillait chez un merveilleux disquaire, il accompagnait son père aux Halles de Quimper. Un monde plein d’humanité dans lequel perce sa tendresse pour ceux qui se lèvent tôt le matin, ceux qui jettent leurs filets, ceux qui mettent la main à la pâte. Le voilà qui rencontre un pharmacien, un traiteur, un libraire, un restaurateur, avant de s’intéresser aux commerces d’autrefois, de nous livrer des recettes. Et de nous dire que, finalement, tout n’est pas perdu ! Une promenade gourmande et poétique dans nos régions et jusqu’en Italie. A travers sa plume pleine d’humour et de nostalgie, il raconte la France que nous aimons. Une merveille ! À lire et à offrir.

 

D’où vous est venu ce désir de défendre les petits commerces ?
À la suite d’une réflexion commencée, il y a une vingtaine d’années. Elle a évolué lorsque j’ai écrit, il y a dix ans, « Fruits et légumes ». Ce roman portait sur mon enfance, sur mon père et sur mon grand-père espagnol qui a traversé les Pyrénées pour fuir le Franquisme et créé à Quimper un petit commerce de fruits et légumes. J’ai vécu dans les cageots ! Dès l’âge de quatorze ans, j’ai travaillé aux Halles de Quimper et j’ai connu cette ambiance des grossistes, des clients. J’en ai fait mon observatoire. Tous les soirs, je prenais des notes. Je trouvais ces gens absolument admirables. Il y avait là, des vieilles femmes, des vieux bonshommes, tous terriblement romanesques. J’ai voulu parler de ces gens un peu oubliés.

Dans votre livre, vous parlez aussi de vos souvenirs des commerces de votre enfance.
Tout livre est un souvenir. Ce qui a déclenché ma réflexion est qu’avec le confinement, j’ai eu l’impression de revivre ce que j’avais connu dans les années soixante-dix. Je m’explique. Dans ces années-là, des villes moyennes, comme Quimper, Orléans ou Reims, ont vu leur centre-ville déserté par les supermarchés construits à l’extérieur, dans ces « zones artisanales. » Pour moi, cela a été terrifiant : j’aimais tellement rencontrer les petits commerçants qui m’accueillaient.

 

 

Ce livre porte aussi sur l’art de vivre, les artisans, les marins-pêcheurs.
Oui, parce qu’étant breton et espagnol, j’ai toujours aimé discuter avec eux et connaitre leur travail. J’ai d’ailleurs écrit un roman « La Faucille d’or » sur les marins-pêcheurs. J’ai toujours aimé traîner dans les bistrots, les ports de pêche. Sans avoir son talent, mon côté Simenon. Je trouve remarquables ces gens qui se lèvent à deux heures du matin et travaillent la nuit. J’aime ce côté aventurier des pêcheurs et des maraîchers. Ceux qui mettent la main à la pâte et dans des filets de pêche. Je pense que ce sont les plus intéressants aujourd’hui. Lorsque vous interrogez n’importe quel marin-pêcheur, n’importe quel maraîcher, c’est un roman en soi. Ce qui m’intéresse : leur façon de parler, de vivre, d’être. Ils sont poétiques. Je ne pourrais pas m’en passer. Les auteurs américains, comme Faulkner, en ont très bien parlé. Dans un village comme Penmarch, il y a toute la vérité du monde.

Vos auteurs préférés ?
Villon, Dante, Diderot, Verlaine, Baudelaire, Chateaubriand, Flaubert, Proust, Céline, Faulkner, Nabokov, Bukowski, Jim Thomson, Graham Green, Anthony Burgess, Simenon et, bien sûr, James Joyce, qui est pour moi l’infini.
Parmi les auteurs d’aujourd’hui : Frédéric Berthet, Patrick Besson, Éric Neuhoff, Yannick Haenel, Philippe Sollers, Bernard Frank.

Vos réalisateurs ?
Chaplin, Hitchcock, Fellini, Sergio Leone, Godard, Woody Allen

Vos auteurs de théâtre ?
Eschyle, Shakespeare, Tchekhov, Marcel Aymé et Ionesco.

Vos compositeurs musiciens ?
Josquin Després, Monteverdi, Bach, Mozart, Rossini, Schubert. Faisons un grand pas dans le temps : Thelonious Monk, Philippe Glass et David Bowie.

Vos peintres ?
Le Titien, le Tintoret, Velasquez, Van Gogh, Manet, Picasso, Bacon.

Des dégoûts littéraires ?
L’autofiction.

Anthony Palou
Dans ma rue y avait trois boutiques, Anthony Palou (Les Presses de la Cité)

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