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« Notre modèle de société est à réinventer, et le hip-hop a son rôle à jouer »

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TRIBUNE – Dans cette tribune, Abdallah Slaiman, le fondateur de HIYA! et organisateur du Festival REVOLUTION ainsi que 13 acteurs des cultures urbaines, « invitent à sʼinspirer du hip-hop, né dans la rue et qui nʼexclut personne, pour réconcilier une société française en morceaux » .

La culture hip-hop est née dans la rue. Tout a commencé au début des années 1970, avec les premières block parties organisées par DJ Kool Herc – Clive Campbell de son vrai nom – dans le Bronx. Une idée simple qui a tout changé : deux platines vinyle qui tournent en parallèle, de la musique qui ne sʼarrête jamais et des breaks qui se prolongent à lʼinfini. On nʼavait jamais connu pareil espace dʼexpression pour la danse. On se retrouvait dans la rue pour vibrer ensemble sur le beat, tout simplement parce quʼon nʼavait pas les moyens de se payer lʼentrée dans un club.

La rue, au moins, nʼexclut personne. Que votre compte en banque affiche un solde positif ou négatif, la rue vous appartient à parts égales. Dans les quartiers défavorisés, ce quʼon va bientôt appeler hip-hop esquisse de nouvelles manières de vivre ensemble. Très vite, dʼautres quartiers de New York entrent dans la danse : Harlem, Brooklyn, le Queens. On se jauge par le biais de mouvements spectaculaires.

On sʼaffronte à coups de rimes improvisées et de vers libres. Sur les murs, les rames de métro, les graffitis se multiplient, comme autant de signatures et de façons de dire : « La ville est à nous. » La structure qui maintient la culture hip-hop en vie, cʼest le cypher : un cercle qui ne doit jamais être rompu, au sein duquel chacun peut à tour de rôle sʼexprimer librement par le rap, la danse ou le graff.Cinquante ans plus tard, le hip-hop est un mouvement culturel mondial qui nʼa pas vraiment de précédent, tant par son ampleur que par sa longévité. Vous croiserez des adeptes du break dance aussi bien à Sao Paulo quʼà Tokyo. Vous reconnaîtrez la pulsation singulière du rap aussi bien en anglais quʼen français, en russe ou en arabe. De Detroit au Cap,les tags font désormais partie du paysage urbain. Partout où il y a des villes, les cultures urbaines ont trouvé un terrain de jeu.

 

« De Detroit au Cap,les tags font désormais partie du paysage urbain. Partout où il y a des villes, les cultures urbaines ont trouvé un terrain de jeu »

 

Energie créatrice

Pourtant, la plupart des gens ne connaissent quʼune toute petite partie du vaste continent quʼest la culture hip-hop. Quelques stars dans le rap, certaines dans le graffiti et basta. Mais la culture de rue, vibrante et vivante, qui les a fait naître, reste largement invisible. Les cultures urbaines se sont installées en France dans les années 1980. Pourtant, on continue trop souvent de les regarder de haut.

Alors même quʼun gamin parisien du 16e et un jeune de Villeurbanne se retrouvent au même concert de Nekfeu, le rap reste la musique des banlieues, des quartiers populaires, bref, des « classes dangereuses ». Dʼun côté, on vend un tableau de Jean-Michel Basquiat à plus de 100 millions de dollars, de lʼautre, on fait recouvrir les graffitis dès quʼils sʼinvitent sur les murs des quartiers chics. On sʼarrache quelques reliques, on tolère quelques classiques, mais on ferme les yeux sur lʼénergie créatrice quʼon trouve dans les marges.

Alors oui, la langue que parlent les cultures urbaines nʼest pas exactement académique. Mais au moins, cʼest une langue vivante. Dans une société fragmentée comme la nôtre, où il nʼexiste plus de langage commun, cʼest inestimable. La rue, cʼest parfois bruyant, parfois même violent, mais cʼest là que ça se passe. Et cʼest peut-être lʼun des derniers espaces communs quʼil nous reste.

« Alors oui, la langue que parlent les cultures urbaines nʼest pas exactement académique. Mais au moins, cʼest une langue vivante »

 

Aujourdʼhui, notre modèle de société est à réinventer, et le hip-hop et les cultures urbaines ont leur rôle à jouer. Parce que leurs valeurs cardinales – lʼécoute, la liberté, la mixité et le brassage des influences les plus diverses – sont un trait dʼunion. Ce sont elles qui unissent Orelsan leCaennais, Akhenaton le Marseillais, Oxmo le Parisien, un graffeur de Dunkerque et un free-runner de Toulouse, un danseur sur la dalle dʼArgenteuil ou sur la Promenade des Anglais.

Nous pouvons réinventer la France comme un vaste cypher : un lieu de partage au sein duquel chacun peut trouver sa place, quelles que soient ses origines ou influences. Si nous, acteurs des cultures urbaines, par nos pratiques et par nos engagements, pouvons y contribuer de quelque façon que ce soit, nous serons fidèles à lʼesprit des pionniers du hip-hop. Réapprenons à nous parler, à bouger au même rythme, à partager. Multiplions les cypher sur tout le territoire. Les révolutions commencent toujours dans la rue.

 

Les signataires:

Abdallah Slaiman, cofondateur du média de cultures urbaines « HIYA! » et organisateur du festival Révolution ;
Mathias Cassel aka RockinʼSquat, artiste hip-hop, leader du groupe Assassin, producteur du festival Révolution ;
Domenico Surace, cofondateur du média de cultures urbaines « HIYA! » ;
Jean- Christophe Filippini, cofondateur du média de cultures urbaines « HIYA! » ;
Thibault Abraham, producteur de cinéma ;
Halassane Balde, DJ, organisateur des soirées Good Dirty Sound ;
Bebar, street-artiste ;
Théo Clerc-Roques, planneur stratégique spécialisé dans les cultures urbaines ;
Elyon Brami aka Bramʼs,artiste hip-hop membre du groupe La Prec, étudiant à Sciences Po Paris ;
Crey132,street-artiste, créateur de la fresque du Bleuet de France sur le rond-point des Invalides (Paris 7e) ;
Sadia Diawara, producteur de cinéma, directeur du centre culturel Curial (Paris 19e) ; ;
Itvan K, street-artiste, membre du collectif Blacklines ;
Lask, street-artiste, membre du collectif Blacklines ;
Grégoire Lepigeon, avocat au service des artistes et collectionneur de street-art.

 

Le Festival Revolution le 22 Septembre 2019
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