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Jean Szlamowicz : « Le sabir philosophico-bureaucratique est la marque d’une pensée consensuelle qui ouvre la voie à des carrières »

Normalien, agrégé d’anglais, linguiste et Professeur des Universités, Jean Szlamowicz ne manque pas de bagages et de probité intellectuelle pour nous parler de langue et de l’inclusion qui en découle, qu’il considère comme « une métaphore administrative, bien-pensante, qui prétend faire le bien en se servant de la langue ». Le propos est dense, incisif, argumenté contre « les inclusivistes (qui) font beaucoup de mal à l’égalitarisme qui est au fondement des revendications féministes parce qu’ils le déconsidèrent par leur irrationalité et leur fanatisme ». Une interview profondément discordante et fortement opposée au discours ambiant.

« Les mots deviennent l’instrument du vide et de la propagande ». Votre introduction donne le ton. Une question large pour commencer : Peut-on encore débattre en France des grands sujets de société ?
Bien sûr, mais au risque de l’ostracisme. Des questions en apparence aussi insignifiantes que l’accord des adjectifs deviennent ainsi le lieu d’un clivage, d’une radicalité et, bien sûr, d’une lutte contre ceux qui ne pensent pas « bien ». Sur de nombreux sujets — du climat à la sexualité, de l’économie au football en passant par la politique internationale — les médias décident de ce qui est acceptable. Le sociologue Shmuel Trigano rappelle que l’exercice du pouvoir — exécutif, législatif, judiciaire — passe désormais par « un quatrième pouvoir », celui qui « maîtrise la parole, décide qui parle, de quoi est faite la discussion, qui formule les problèmes et les événements » (mars 2019). Il y a donc des opinions dominantes et d’autres qui sont rejetées aux marges.
Cela s’opère non pas sur la base de la rationalité ou de l’éthique mais selon des critères idéologiques à la fois cohérents et nébuleux : quand on est pour l’écriture inclusive, on est en général « antisioniste » et antiaméricain, par exemple… L’exclusion de l’autre passe alors par une hyperbole caricaturale qui permet de décrire l’adversaire selon des catégories rédhibitoires socialement même si elles relèvent de l’anathème et de l’insulte et non de l’analyse (« réactionnaire », « fasciste », etc.). C’est très faible intellectuellement, mais très efficace pour définir une bien-pensance exclusive. Il en a toujours été ainsi : la correction idéologique existe sous tous les régimes, sous Staline comme sous Macron, sous le contrôle culturel de l’église comme des révolutionnaires. Dans tous les cas, le dogmatisme est l’ennemi du débat. Ce sont des questions de croyance et de …

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