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Facebook : une nouvelle forme d’agora populaire en live pour les Gilets jaunes ?

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Par Nicolas Vidal ( @nicolasputsch)

Il ne se passe pas une heure du jour et (presque) de la nuit sans que les utilisateurs de Facebook n’échappent à une nouvelle forme de média en direct  : les Facebook Live.

Expliquons-nous : pour les utilisateurs de la galaxie Zuckerberg, sympathisant, militant, ou membre d’un groupe dédié aux Gilets Jaunes, très nombreux sur le célèbre réseau social, les fils d’actualités sont truffés de vidéos, flanquées de l’onglet rouge vif «Direct ». Elles sont diffusées sur Facebook en live ( comprendre en direct), depuis un téléphone permettant à tout un chacun de filmer selon son bon plaisir.
Le mouvement des Gilets Jaunes a produit des centaines voire des milliers de vidéos de ce type depuis le début du mouvement : un rassemblement spontané, une marche, une occupation de rond-points, une opération coup de poing, des réunions avec des responsables politiques ainsi que tous les actes à travers la France depuis le 17 novembre 2018 ou encore des prises de parole personnelles de Gilets Jaunes anonymes depuis leur canapé ou dans leur voiture.

De cette profusion de Facebook Live, des individualités ont émergé au fil des semaines, agrégeant des dizaines de milliers de spectateurs simultanément. Ces individus ont acquis en un temps record le statut de personnalités publiques, influentes et très suivies, comptant des milliers d’abonné(e)s très fidèles sur leur page Facebook.

 

« De cette profusion de Facebook Live, des individualités ont émergé au fil des semaines, agrégeant des dizaines de milliers de spectateurs simultanément. Ces individus ont acquis en un temps record le statut de personnalités publiques, influentes et très suivies »

 

Les audiences de ces nouvelles stars du Facebook Live ont atteint de façon virale de très grosses audiences à faire pâlir de jalousie les chaines d’informations en continu. Elles ne sont pas les seules sources de stupéfaction. Il est effarant de voir l’engagement et l’émulation qu’elles suscitent. Pour chaque Live, les spectateurs commentent, interpellent, acclament, s’insultent, s’interrogent, dissertent et partagent ces sessions vidéos.

Pour les adeptes du Facebook Live, leur rôle est crucial, car il sont en prise directe avec les différentes idées exprimées et en immersion, notamment, au coeur des événements lors des samedis de mobilisation. Alors que la défiance envers les médias est très forte, (et c’est inquiétant), les Facebook Live sont, pour beaucoup, une façon objective de vivre l’événement par écran interposé et sans aucun filtre. On pense notamment au Youtuber Ramous qui compte plus de 320 000 abonné(e)s sur sa page Facebook et qui retransmet de très nombreux live depuis le début du mouvement et notamment pendant les mobilisation du samedi. Force est de constater que ce nouveau moyen de diffusion vidéo est devenu central chez de nombreux Gilets Jaunes au fil de semaines pour s’exprimer, revendiquer, filmer les événements et tenter de rester au plus près du réel. Le Facebook Live incarne une nouvelle forme d’information sans filtre, sans montage et en prise directe avec la réalité de l’événement.

 

« Alors que la défiance envers les médias est très forte, (et c’est inquiétant), les Facebook Live sont, pour beaucoup, une façon objective de vivre l’événement par écran interposé et sans aucun filtre »

 

Ce nouveau mode individuel de médiatisation semble rebattre les cartes de l’écosystème des canaux d’informations. La crise des Gilets Jaunes a habitué le pays depuis 3 mois maintenant à des situations totalement inédites, portées par des ressorts populaires puissants et sous-estimés. L’émergence par internet d’une participation autonome et forte du peuple au débat public a déstabilisé très sérieusement la classe médiatique et politique.

Ainsi, le Facebook Live serait-il devenu une nouvelle forme d’agora contemporaine où la démocratie exige de reprendre ses droits ? Cette agora constituée depuis les réseaux sociaux et notamment Facebook serait-elle en train de pousser le peuple français « à savoir s’exercer à penser pour se mouvoir dans la brèche » de cette même démocratie selon la formule d’Hannah Arrendt ?

Il y a fort à parier que cela en a tout à l’air avec sa virulence, ses excès, ses passions, ses contradictions, et sa puissance populaire au sens noble du terme.

 

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