Les familles monoparentales ont plus que leur place dans le Grand Débat National !

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Tribune de Christine Kelly

Voilà bientôt 10 ans que j’œuvre au service de la cause des familles monoparentales françaises. Journaliste et écrivain, j’ai toujours été sensible à la détresse de ces familles et j’ai recueilli durant cette période les témoignages de plus de 20 000 d’entre elles. En 2010, afin de structurer l’aide que je désirais leur apporter, j’ai créé la Fondation K d’Urgences, sous l’égide de la Fondation de France, une façon de répondre à leurs problématiques spécifiques, surtout en termes de précarité financière.

Au sein de cette fondation, les bénévoles et moi-même organisons des speed dating gratuits entre des huissiers de justice et ces familles, afin que ces dernières puissent récupérer les pensions alimentaires non payées. Car ces familles dépendent de trois sources de revenus : l’emploi souvent rendu difficile par leur garde d’enfant, les allocations familiales et ces fameuses pensions alimentaires, dont 40% ne sont pas payées ou payées de façon irrégulière.
Les parents célibataires sont les premières victimes de la crise et de la pauvreté en France. Dans mon livre « Le Scandale du silence », paru en 2012, je dénonçais déjà la non-prise en compte de cette population particulièrement vulnérable par le personnel politique.
Malgré cette publication, puis un rapport remis en 2013 à François Hollande, dans lequel j’énonçais 10 propositions pour aider ces familles, et la création de la Charte de la monoparentalité en 2014 sur la base de ces propositions, force est de constater qu’aujourd’hui, en 2019, aucun réel progrès n’a été effectué dans leur direction. Il aura fallu la montée en puissance du mouvement des gilets jaunes et l’apparition sur le devant de la scène et dans les médias de nombre de ces « mères courages » – car 8 familles monoparentales sur 10 reposent sur des mères – pour qu’enfin leurs revendications deviennent à peine audibles.

 

« Aujourd’hui, en 2019, aucun réel progrès n’a été effectué dans leur direction. Il aura fallu la montée en puissance du mouvement des gilets jaunes et l’apparition sur le devant de la scène et dans les médias de nombre de ces « mères courages » (…) pour qu’enfin leurs revendications deviennent à peine audibles »

 

Les solutions ne sont pourtant pas hors de portée, pour peu qu’elles soient accompagnées d’une volonté politique. Il s’agit essentiellement de renforcer des dispositifs existants et de les adapter à la situation de ces familles : plus de flexibilité dans les horaires des modes de garde, mise en place d’un quota pour l’accueil des enfants en crèche ou en école maternelle, réaménagement et prolongation du CMG (Complément Mode de Garde) jusqu’à l’entrée en 6ème afin de permettre aux parents de travailler à temps plein, allocations familiales accordées dès le premier enfant des plus défavorisés, révision des aides au logement et du RSA, organisation du recouvrement systématique des pensions alimentaires – avec contrôle au frontières des débiteurs, si besoin – etc.

Du fait de l’évolution de notre société et de l’explosion des séparations et des divorces, élever seul ses enfants devient de plus en plus commun à l’heure actuelle – de 950 000 en 1990, les parents isolés sont passés à 1,8 millions en 2013, soit quasiment le double et environ une famille sur cinq ! Par endroit dans Paris, c’est une famille sur deux qui élève seule son ou ses enfant(s). Nul parent aujourd’hui en couple n’est à l’abri de se retrouver un jour seul à devoir assumer le quotidien et l’éducation de ses enfants, c’est pourquoi il est urgent de redéfinir les mesures pensées pour les familles monoparentales, afin de ne pas rajouter à la détresse d’avoir perdu ou d’avoir été abandonné par un conjoint, celle de peiner à concilier vie professionnelle et obligations familiales et de se retrouver en grande difficulté financière et sociale.

 

« Il est urgent de redéfinir les mesures pensées pour les familles monoparentales, afin de ne pas rajouter à la détresse d’avoir perdu ou d’avoir été abandonné par un conjoint, celle de peiner à concilier vie professionnelle et obligations familiales et de se retrouver en grande difficulté financière et sociale »

En effet, les familles monoparentales sont surexposées au risque de surendettement : 68% des personnes surendettées sont célibataires ou séparées de leur conjoint, et 21,6% sont à la tête de familles monoparentales.
Tout récemment, grâce à la colère des gilets jaunes et au lancement du Grand Débat National, Emmanuel Macron a admis que le gouvernement pouvait « sans doute aller plus loin » pour soutenir ces dernières. Aussi, afin de ne pas laisser le temps à cette porte de se refermer, j’organise avec K d’Urgences transformée en association, un grand débat pour les familles monoparentales, en présence de Marlène Schiappa, mercredi 13 février dans une salle de l’Assemblée Nationale, en compagnie de 240 parents isolés.
Notre but est de faire remonter des propositions concrètes, par ordre de priorités. Pour cela, tous ces parents ont envoyé au préalable à la Fondation leurs revendications. Parmi elles, les 10 plus fréquentes constitueront l’objet de notre débat. À l’issue de celui-ci, 5 propositions seront soumises au classement des participants et à celui du grand public. Ensuite, ces cinq propositions, les deux classements et la première liste de 10 revendications seront transmises au gouvernement et à l’Élysée le 8 mars.

Je suis persuadée que nous tenons aujourd’hui l’occasion de réellement faire progresser cette cause qui me tient tant à cœur, et que l’État tient celle de remplir pleinement son rôle de protecteur envers les plus fragiles. Se séparer ou se retrouver seul avec des enfants ne devrait jamais se transformer en double ou triple peine, ni pour le parent, ni pour ses enfants. Il existe une justice de la famille en France, à nous de la renforcer et de la faire respecter. Nous avons également une certaine idée de la justice sociale, à nous de l’imposer afin que ces familles puissent plus facilement rebondir et revenir à une vie meilleure.
Il en va de notre société de demain.


Christine Kelly  – 
Journaliste et écrivaine, 
Présidente de l’association K 

( crédit Photo CH.Lartige / CL2P)

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