De Patti Smith à Phoenix, le meilleur de La Route du Rock 2018

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Cette 28ème édition du festival malouin a tenu toutes ses promesses avec de belles découvertes et des live de grande qualité, notamment cette année grâce à une scène des remparts augmentée de quelques mètres. Patti Smith, Phoenix, Charlotte Gainsbourg, Nils Frahm : Putsch y était et on vous raconte le meilleur.

Patti Smith – Crédit photo – Nicolas Joubard

 

« I know that everything is fucked up in the world but I’m just happy », lance Patti Smith en milieu de concert avant de reprendre son incandescent Gloria. Cette adaptation du titre du groupe de garage rock Them est issu de son mythique (et premier) album Horses sorti en 1975 et les paroles introductives restent gravées dans les mémoires : « Jesus died for somebody’s sins but not mine »… La plus punk des poétesses n’a rien perdu de sa verve et de sa prestance, elle est totalement en phase avec l’esprit du festival malouin. Artiste engagée, Patti Smith l’a toujours été et sur la Route du Rock, elle s’y tiendra. Elle évoque l’importance de la neutralité de Jérusalem avant d’entamer Ghost Dance. Elle a aussi une pensée pour le cinéaste soviétique Andreï Tarkovsky en interprétant la chanson éponyme (difficile de ne pas faire le lien avec le cinéaste ukrainien Oleg Sentsov emprisonné en Russie), elle rend hommage à Aretha Franklin (morte le 16 août) et à Kofi Annan (décédé le jour même) en reprenant magnifiquement Can’t Help Falling in Love popularisé par Elvis Presley…

« La plus punk des poétesses n’a rien perdu de sa verve et de sa prestance, elle est totalement en phase avec l’esprit du festival malouin. Artiste engagée, Patti Smith l’a toujours été et sur la Route du Rock, elle s’y tiendra »

 

L’ambiance sera souvent jazzy et posée mais du haut de ses 71 ans, Patti Smith sait encore mettre le feu ! Sa reprise de Beds Are Burning des Midnight Oils illustre, elle, son combat contre une planète qui chauffe alors que la foule entre en ébullition. La rockeuse se trompe de tonalité sur Dancing Barefoot ? On lui pardonne aisément tant elle se rattrape avec une fougue qui fait trembler les remparts ! Sur scène, elle est accompagnée d’un trio de musiciens parmi lesquels son fils Jackson né de son union avec Fred « Sonic » Smith (ancien guitariste du groupe MC5), décédé en 1994. Elle dédie d’ailleurs à ce dernier son célèbre Because the Night (coécrit avec Bruce Springsteen). On se rallie bien volontiers à sa fierté exprimée sur scène tant le fiston gratte sa guitare avec talent, énergie et inventivité.
Dans l’euphorie collective, Patti Smith termine son concert en invitant jeunes et moins jeunes à s’unir pour changer les choses : son People Have the Power fait écho à un monde en déconfiture et réveille les révolutionnaires en nous. Les corps dansent, les mains s’élèvent. Mystique, puissante et enlevée, Patti Smith fait bien partie des moments inoubliables du festival. Mais il y en a eu d’autres !

 

« Mystique, puissante et enlevée, Patti Smith fait bien partie des moments inoubliables du festival »

 

Phoenix, Charlotte Gainsbourg, Nils Frahm : les temps forts de La Route du Rock 2018

Restons d’abord sur la même soirée avec la pop hypnagogique d’Ariel Pink qui entonne son burlesque Dedicated to Bobby Jamesson sur la scène d’en face, à peine Patti Smith repartie. La scénographie et la musique sont assaisonnées d’une douce folie : un beau live de pop psychédélique lo-fi californienne qui assure une énergique transition. Puis l’Allemand Nils Frahm nous a littéralement envoûtés avec sa musique immersive mêlant classique et électro. L’allégresse a laissé place à un calme presque irréel pour un festival de rock : une foule bercée, comme hypnotisée par un musicien habité, talentueux, au style unique. On ne saurait trop vous conseiller son titre « Says » qui, en live, nous a d’autant plus transportés. A noter que juste avant, le sympathique Josh T. Pearsons a proposé un univers country rock très plaisant. En revanche, on a été moins convaincus par Jonathan Bree et sa bizarrerie qui attise la curiosité mais dont les titres un peu trop répétitifs.
A rebours encore, le vendredi, la tête d’affiche Etienne Daho ne faisait pas l’unanimité parmi les puristes du festival mais sa présence était 100 % assumée par les organisateurs ( lire interview de François Floret : https://putsch.media/20180711/interviews/interviews-culture/francois-floret-la-route-du-rock-cest-28-ans-de-travail/ ).

L’artiste rennais a néanmoins proposé un live entraînant avec les titres les plus populaires de son répertoire. Son univers coloré et sa voix facilement identifiable ont apporté une touche pop française qui n’a pas dénotée. Juste avant, le rock tempétueux et puissant de The Limiñanas balaie tout sur son passage (quelle énergie !) quand celui de Grizzly Bear, parfois trop lancinant, nous laisse sur place…

The-Liminanas (crédit photo Nicolas Joubard)

 

Pour la dernière soirée, celle du dimanche, quelques gouttes de pluie n’ont heureusement pas gâché la fête. Et quelle fête ! On a d’abord eu droit à une étonnante Charlotte Gainsbourg : en tenue décontractée (jean et t-shirt blanc) celle que l’on définie souvent comme frêle et discrète en impose ! A commencer par la voix, superbe. La scénographie composée de rectangles lumineux et mouvants est très réussie et accompagne magnifiquement un live qui est déjà en soi captivant. Ou comment allier simplicité et rock attitude avec classe. Quant aux titres, rien à redire non plus. Son Deadly Valentine au son rock et électro accentué par le live est une merveille, tout comme les émouvants Kate et Charlotte Forever qu’elle enchaîne en rendant hommage à Kate Barry, sa sœur aînée décédée en 2013. Visiblement très émue de faire partie de l’aventure, on décerne à l’artiste le live le plus surprenant de cette Route du Rock. Chapeau.

« Visiblement très émue de faire partie de l’aventure, on décerne à Charlotte Gainsbourg le live le plus surprenant de cette Route du Rock »

 

Le live furieux de Phoenix
Car le meilleur et, osons le dire, au-delà de Patti Smith, c’est bien le concert de Phoenix. Le groupe d’indie pop mené par Thomas Mars a littéralement mis le feu au fort de Saint-Père ! Une ambiance électrique, explosive, au son des guitares déchaînées, des batteries furibondes : même la pluie a fui ! Voilà 14 ans que Phoenix n’était pas revenu sur la Route du Rock. En remontant encore un peu le temps, on apprend que pas très loin de la scène du fort, Thomas Mars a « emballé une meuf » et que son frère s’est « rétamé pendant le concert des Cramps ». On sent qu’il est heureux d’être là, que le festival compte beaucoup pour lui et ses acolytes. Il se jette dans la foule, enchaîne les tubes électrisants : If I Ever Feel Better, Trying To Be Cool, 1901, Too Young, Rome… Ils y sont tous !
Les titres du dernier album aux couleurs italiennes Ti Amo sont bien présents aussi et sont illustrés sur l’écran géant qui trône en fond. Ca bouge, ça s’image, ça s’envole, ça blague, il y a des moments d’apaisement (Playground Love en acoustique) et plus furieux (le décoiffant Ti Amo). Oui, Phoenix est sans aucun doute le live le plus fort et notre meilleur souvenir de festivalier malouin !

On a trouvé cette Route du Rock 2018 digne de sa réputation : un festival très festif, convivial et musicalement à la hauteur. On reviendra faire le « plus petits des grands festivals » en ne boudant pas notre plaisir. Et pour ne rien gâcher, Saint-Malo et le fort de Saint-Père, c’est « f*cking beautiful » !

 

La Route du Rock / Saint-Malo / www.laroutedurock.com
Prochain festival : La collection hiver en février 2019 à Saint-Malo et à Rennes.

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