Cyrielle Hariel : «Des initiatives solidaires, il y en a beaucoup et partout. C’est bien pour ça qu’il faut les mettre en lumière»

Si vous rencontrez Cyrielle Hariel, elle vous proposera de joindre votre main à la sienne pour former le symbole de ses engagements et de son histoire personnelle. Ce « cœur » physique et solidaire, la journaliste l’évoque dans « Faire battre le cœur du monde », un livre dans lequel elle revient sur sa malformation cardiaque et ses conséquences.

propos recueillis par

Elle regarde le monde autrement et se consacre à la mise en lumière d’acteurs du changement sur Europe 1 et Ushuaïa TV. Une interview forcément positive.

Malgré l’optimisme qui se dégage du livre et de votre travail en général, vous évoquez votre souffle au cœur, votre opération et les phases sombres que vous avez traversées. L’écriture a-t-elle été un remède aussi fort que vos engagements ?
Mon éditrice m’a dit quelque chose de très marquant : « Ton trou dans le cœur c’est aussi ton trou familial ; et ton apatridie familiale t’amène à rencontrer de vrais apatrides sur le terrain. » Elle voyait vraiment des liens entre mon travail et ma vie personnelle, et il est vrai qu’écrire ce livre m’a fait du bien. J’ai évidemment dû me remémorer des moments difficiles comme ce 8 juillet 2014, date de mon opération : c’était un peu comme un acteur qui doit sortir des émotions pour jouer sa scène.
Mais au final, ce qui me fait beaucoup de bien aujourd’hui, c’est surtout d’entendre mes lecteurs et lectrices me dire que ça leur a redonné la patate. Et là je me dis que j’ai gagné ! Parce que ça peut redonner espoir, la gnaque, le sourire, de l’inspiration, avec à la fin du livre toute cette galerie de portraits inspirants et positifs. Donc oui, le livre m’a aidé à panser certains maux mais je suis quelqu’un qui ne s’aime pas : c’est pour ça, je pense, que j’aime beaucoup les autres, leurs actions et tout ce que je mets en lumière.

Vous évoquez le journalisme « d’impact » que vous pratiquez aujourd’hui. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ? Outre votre engagement personnel, quel est justement l’impact sur le public que vous ressentez en faisant votre travail tous les jours ?
Dans le journalisme d’impact, il s’agit de parler de personnes, d’initiatives, de startups, d’ONG ou de projets qui trouvent des solutions en incluant les 17 objectifs de développement durable (ODD). Dès qu’on allume le poste de radio ou qu’on se connecte sur les réseaux sociaux, il y a de la misère partout : il y a des catastrophes, des explosions, de la corruption, des crises… Parlons du Venezuela, du Brésil, de l’Iran, parlons des guerres d’égo entre Trump et la Corée du Nord… Il n’y a que ça !
Le journalisme d’impact parle d’un fait qui peut changer des vies, qui trouve des solutions qui ont un impact sur les communautés. C’est inclusif, ce sont des solutions durables, plutôt propres et écologiques qui, en plus, peuvent créer de l’emploi. C’est tout simplement mettre en lumière une personne, une initiative, un projet qui fait du bien et qui permet de panser tous nos maux et nos fléaux. C’est du journalisme de solution ou du journalisme positif. J’aime un peu moins le qualificatif « positif » mais c’est tout simplement mettre en lumière ce qui marche : il n’y a pas que le prisme négatif dans la vie ! Si on voyait toujours le verre à moitié vide nous ne ferions plus rien : ni mariages, ni enfants…

« Trois ans après la COP 21, enfin, les médias commencent à pousser des sujets sur l’économie sociale et solidaire. »

Quel regard portez-vous sur la défiance des médias aujourd’hui ? Ce journalisme d’impact est-il moins touché selon vous ?
Mais les médias bougent ! Nous avons Circuits Courts sur Europe 1 qui est né de la volonté de notre ancien PDG Frédéric Schlesinger : c’est lui qui a voulu mettre 45 minutes d’antenne quotidiennes sur l’économie sociale et solidaire. Je pense que, de plus en plus, les gens ont une appétence pour ces sujets-là. Ils se disent : Il y a plein de choses qui ne marchent pas mais ça fait du bien d’entendre qu’il y a une ferme bio en bas de chez moi, qu’il y a une crèche écolo pour mes enfants dans mon quartier, qu’il y a une cantine qui crée du lien social avec des retraités : il y a tellement de choses, c’est ça qui est génial ! Je peux bien manger, je peux rencontrer des gens, je peux m’habiller de manière plus propre et plus éthique, je peux consommer de façon à ce que ce soit mieux pour la planète, mes enfants ou ma santé…
Trois ans après la COP 21, enfin, les médias commencent à pousser des sujets comme ça et personnellement j’en suis très fière. C’est ce que je fais aussi depuis deux ans sur Ushuaïa TV. Il y a une émulation, des solutions partout et ça arrive dans les médias. Moi, quand j’ai commencé en mars 2015, on me regardait avec un drôle d’air. Aujourd’hui le vent a tourné et c’est tant mieux !

Justement, dans Circuits Courts sur Europe 1, vous faites chaque jour le portrait d’une personne qui propose, à son échelle, des initiatives solidaires. On se rend compte qu’il y énormément de gens qui essaient de proposer une autre marche du monde…
Quand nous avons commencé l’émission à la rentrée 2017, nous n’avions pas beaucoup de sujets et nous nous sommes demandés avec l’équipe comment nous pourrions tenir toute l’année ! C’était une question stressante pour moi aussi. Car au début, je me demandais si j’allais avoir assez de matière avec mes portraits. En fait, absolument tous les jours, on déniche quelque chose. De mon côté, je parle d’initiatives qui sont en lien avec la thématique du débat du jour. On en trouve dans tous les domaines. Récemment, on a parlé de manger ensemble pour créer du lien social : j’ai présenté une association qui propose des ateliers de cuisine avec des personnes en situation de handicap. A côté de ça, on va avoir la protection des océans, des startups qui recyclent le plastique, des dons de cheveux… J’ai présenté un salon de coiffure situé dans le 18ème arrondissement à côté de Barbès qui, pour moins de cinq euros, reçoit des anciennes prostituées, des SDF, des femmes précaires qui peuvent bénéficier de soins… Des initiatives solidaires, il y en a beaucoup et partout et c’est bien pour ça qu’il faut les mettre en lumière, les faire remonter au grand jour.

Pourtant, il y a des passages très politiques dans le livre, notamment lorsque vous évoquez le sort des Rohingyas en Birmanie et la question des apatrides. Ces sujets-là sont loin d’être « optimistes » et sont bien plus complexes…
C’est le début du livre : je parle de cette économie sociale et solidaire qui est en train d’émerger et ce sont des histoires. Mais l’auteur elle-même a sa propre histoire : c’est mon histoire qui raconte pourquoi j’en suis arrivé à raconter ces histoires, toujours inspirées par Michael Jackson, ses chansons ont comblé ma solitude, m’ont fait avancer.
Il y a quelques années, je suis allée au Bangladesh et je me retrouve auprès des Rohingyas, ce voyage humanitaire me décèle un souffle au cœur, ce souffle au cœur se trouve être une malformation cardiaque de naissance et on m’opère d’urgence dans les semaines qui suivent… En un mois et demi, je me suis pris un choc émotionnel dingue. J’en ai encore des séquelles aujourd’hui, j’ai toujours des médicaments sur moi en cas de crise d’angoisse. C’est effectivement le seul truc un peu négatif et encore, ça ne m’arrive pas tous les jours.
Les personnes dont je parle dans le livre ainsi que mon Michael sonore, sont mon petit cocon. Et pour moi, ce voyage a été une chance au final, celle de rencontrer ce peuple. C’était dur et ça l’est encore, mais il faut en parler et se dire qu’en vacances je ne vais peut-être pas aller méditer dans des temples en Birmanie parce qu’il y a une misère humaine à côté que je trouve exécrable. Au niveau éthique, je ne peux simplement plus y aller. Je me dis que, peut-être, ça fera bouger les choses. Là, on est d’accord, ce n’est pas une question de mise en lumière positive, les Rohingyas ne sont pas une initiative mais bien une immersion, c’est aussi ça le journalisme d’impact. Et paradoxalement c’est un voyage qui m’a sauvé la vie. J’espère grandir dans ce milieu du journalisme d’impact et pouvoir avoir un impact beaucoup plus fort encore.

« Être écologique, c’est être logique pour l’Homme»

Dans votre livre, vous proposez au lecteur de s’engager sur une thématique qui va l’interpeller plus qu’une autre, sur un sujet qui l’intéresse (environnemental, humanitaire, médical … ). De votre côté, y-a-t-il un domaine qui vous tient particulièrement à cœur, dans lequel vous êtes engagée ?
En fait, je suis beaucoup sur l’écologie. Je fais pas mal de conférence avec R20, l’ONG d’Arnold Schwarzenegger. Je suis également très proche de Green Cross France et Territoires, j’ai rencontré plusieurs fois Jean-Michel Cousteau : les problématiques sur les océans me passionnent. Parallèlement, en ce moment, la Fondation Maisons du Monde souhaite m’envoyer une semaine en Colombie / Amazonie pour aller voir comment on plante des arbres dans les communautés… C’est assez évident pour moi car sans environnement il n’y a pas d’Homme. Cela ne sert à rien de dire que je suis une journaliste « green et positive » sans être un minimum impliquée : pour moi, « green » signifie militer pour la protection de la nature et se rendre compte que sans elle il n’y a pas d’Homme. C’est donc une question de logique : être écologique, c’est être logique pour l’Homme. Je suis également très sensible aux questions humanitaires et je considère que tout est lié : sans environnement, il n’y a pas d’humanité.

CYRIELLE-HARIEL
CYRIELLE-HARIEL  (Photo Eric Fougère )

Vous avez d’ailleurs fait beaucoup de voyages humanitaires… C’est aussi pourquoi vous avez choisi de mettre en lumière dans le livre des initiatives de grande envergure…
Oui, en Ethiopie, par exemple, mon voyage était accès sur l’environnement mais fortement lié à l’humanitaire : comment planter un arbre peut faire vivre des populations rurales et très vulnérables, les aider à vivre en autosuffisance et avoir une meilleure alimentation. Donc forcément on parle là d’impact sanitaire.
Ce sont des rencontres qui vous changent. Le père Pédro que j’évoque dans le livre, je l’appelle « Grand frère », il m’appelle « Petite sœur » : c’est un homme incroyable qui est parti de rie. J’adore les gens comme lui car c’est souvent eux qui font des choses extraordinaires. Il était fils de maçon avant de se retrouver prêtre missionnaire à Madagascar d’où il n’est jamais parti depuis.
Il a commencé à construire des bâtiments pour les personnes des bidonvilles dans une décharge à Antananarivo. Aujourd’hui, ça fait plus de trente ans qu’il a créé des cantines, des crèches, des emplois (250 000 bénéficiaires) : c’est exceptionnel. Des parcours comme ça, je trouve ça génial. On parle ici d’un homme pauvre, qui demande de l’aide en critiquant la non action du gouvernement pour soutenir ce pays qui est l’un des plus pauvres au monde et il met aussi sa vie en danger : c’est simplement admirable.

Est-ce qu’il y a un domaine, selon vous, dans lequel il manque cruellement de « change makers » ?
Ils sont partout, les change makers ! Les startups sociales et environnementales, elles sont autant dans la finance que dans les plateformes « Tech for good ». Il y a des pépites qui émergent aux quatre coins du monde, que ce soit pour l’accès à l’électricité, à la nutrition, pour l’inclusion, l’éducation, les femmes : il n’y a pas un domaine particulier, c’est très large et ça répond toujours aux 17 objectifs du développement durable.

Dans le livre, vous citez l’écrivain James Freeman Clarke : « Un homme politique pense aux prochaines élections, un homme d’Etat aux prochaines générations ». Sans faire de politique politicienne, à quels hommes ou femmes politiques peut-on accorder le « statut » de change maker ?
Nelson Mandela.

Si vous deviez vous-même lancer votre propre initiative, laquelle serait-elle ?
J’ai commencé à réfléchir à un fond de dotation qui se transformerait en ma propre fondation qui, pareil, répondrait aux 17 objectifs du développement durable, qui toucherait autant l’Homme que la biodiversité. Et quand je dis l’Homme, je parle d’environnement de facto. C’est véritablement ce à quoi j’aspire dans les cinq prochaines années. D’ici là, c’est soutenir des projets qui ont un impact, qui permettent aux filles d’aller à l’école, qui permettent aux femmes d’être autonomes et indépendantes, de lutter contre l’illettrisme, de protéger des espèces vulnérables comme l’éléphant, le pangolin ou le requin… Tout ce qui est vulnérable me touche. Homme ou animaux. Je respecte tous les êtres vivants et je les respecte tellement que je ne mange plus du tout d’animaux. Cela fait aussi partie d’une éthique.

 

« Faire battre le cœur du monde« 
 de Cyrielle Hariel

Editions Les liens qui libèrent
 130 pages, 18 €
Circuits Courts sur Europe 1 : du lundi au vendredi de 13h15 à 14h.
Ushuaïa, le mag sur Ushuaïa TV : le samedi à 20h05.
www.cyriellehariel.com

 

( Crédit Photo – Eric Fougère / Crédit photo Livre : Emmanuel Vivier )

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