Boualem Sansal : « L’islamisme a introduit un coin dans le corps social de la France, si solide jusque-là… »

Romancier et essayiste algérien d’expression française, Boualem Sansal est un digne fils d’Albert Londres, lui qui  » porte le fer dans la plaie « . Ses écrits connaissent un succès international qui ne se dément pas depuis la publication de son premier roman Le Serment des Barbares en 1999… Mais il reste censuré en Algérie où il vit toujours mais où ses écrits dérangent aussi bien le pouvoir qu’une partie de la population qui se réfugie trop souvent dans le mektoub et le religieux selon lui.

Propos recueillis par Youssef Mutamarid – Boualem Sansal observe, dénonce, sans jamais se résigner, considérant que son pays a besoin des artistes pour ouvrir la voie à la paix et à la démocratie. Il nous l’explique dans cette interview exclusive.

 

Boualem  Sansal, vous avez une formation d’ingénieur… Ce qui ne prédestine pas forcément à la carrière d’écrivain. Comment s’est opéré le changement de voie. Si tant est qu’on puisse parler de changement de voie(x)…

A vrai dire, je ne me suis jamais senti écrivain… ni d’ailleurs ingénieur. Il n’y avait pas chez moi de vocation, tout est venu par le fait du hasard… ou de la nécessité. Je n’ai pas fait des études d’ingénieur parce que je rêvais de ce métier et je n’ai pas écrit des romans parce que j’en rêvais. A l’époque, entre 1965 et 1978, le président Boumediene dirigeait l’Algérie comme on dirige une caserne engagée dans la course aux armements ; il avait déclaré du haut de son impériale mégalomanie qu’il avait besoin d’ingénieurs et de techniciens pour faire de l’Algérie une grande puissance industrielle et militaire. Il en rêvait. Il achetait à la douzaine des usines livrées clés en main. C’est ainsi que, emporté par le mouvement, je suis allé m’inscrire au concours d’entrée à l’école polytechnique. Il en a été de même pour l’écriture… J’y suis venu en 1997, au cœur de la guerre civile qui ravageait l’Algérie depuis 1991, tout simplement parce que j’étais proche de certains intellectuels qui avaient fait de la littérature une arme de combat contre les islamistes et contre la junte militaire au pouvoir. Quand on fréquente assidûment des combattants, on finit par prendre les armes comme eux, et quand on fréquente des écrivains, comme mon ami Rachid Mimouni, un véritable et immense écrivain, on finit par écrire.

 

« Quand on fréquente assidûment des …

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