Patrick Besson : « Les écrivains sont des lâches, sinon ils seraient soldats »

Patrick Besson, nous le savons, est le meilleur écrivain de sa génération ou plutôt, il est un écrivain, voilà tout. Patrick Besson, ainsi que ses pères russes, est un enchanteur. Il sait, mieux que quiconque, transcender notre Histoire et nos histoires d’amour. Cet écrivain hors normes n’a de cesse de nous séduire. Autant dire qu’il […]

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Patrick Besson, nous le savons, est le meilleur écrivain de sa génération ou plutôt, il est un écrivain, voilà tout. Patrick Besson, ainsi que ses pères russes, est un enchanteur. Il sait, mieux que quiconque, transcender notre Histoire et nos histoires d’amour. Cet écrivain hors normes n’a de cesse de nous séduire. Autant dire qu’il ne nous déçoit jamais. Son dernier roman, Tout le pouvoir aux soviets, est à la mesure de sa démesure. C’est Tintin au pays des Soviets ! Patrick Besson, tel qu’on l’aime, romanesque à souhait, prince des dialogues. Si vous ne le connaissez pas, précipitez-vous sur cet admirable roman français à la mode russe.

Fils d’un russe à moitié juif, gaulliste et d’une mère croate monarchiste, chroniqueur au Point, il a publié près de 50 livres. En 1974, son premier roman, Les Petits Maux d’amour, publié à l’âge de 17 ans, est déjà un succès. Il obtient le grand prix du roman de l’Académie française en 1985 pour Dara et le prix Renaudot pour Les Braban.

Marc Martouret, jeune banquier, fils d’une russe anti-soviétique et d’un père communiste français, passe la dernière nuit de son séjour à Moscou dans un club et rencontre une belle Sibérienne, Tania. Comme par hasard, son père a eu une aventure avec une interprète dénommée Tania. Retour sur ce père, à l’époque où il était un jeune réalisateur coco, sur sa rencontre avec un ami de Lénine, Dodikov, président de l’Union des écrivains. Les histoires d’amour croisent celle de l’URSS, de 1908 à nos jours. Une réflexion sur les rapports entre communisme et littérature où l’auteur ne cache pas son amour pour les écrivains russes. Brillant, drôle, passionnant. Un des meilleurs romans de Patrick Besson.

 

Comment vous est venue l’idée de Tout le pouvoir aux soviets ?
A Moscou, en février 2016, je suis tombé la tête la première sur un bonhomme de neige et j’ai pensé : il faut que j’écrive Tout le pouvoir aux soviets.

Quel est l’état d’esprit de Marc Martouret quand il arrive à Moscou ?
Il vient pour faire des affaires et, manque de chance, il rencontre une Russe.

Vous racontez l’histoire de son père, René Martouret. Deux époques, deux formes de communisme… Qu’est-ce qui unit les deux hommes ?
L’espoir d’un monde meilleur et la crainte qu’il empire, pour le russe.

Et ce document secret que Dodikov confie au jeune René, que contient-il ?
Un texte qui va disparaître à jamais, sauf pour le lecteur du roman. Ce que Dodikov a dissimulé dans toutes ses œuvres précédentes : la vérité.

 

D’où tenez vous tant de détails sur Lénine qu’a connu Dodikov ? Vous êtes-vous beaucoup documenté pour écrire ce livre ?
Oui : pendant deux ans. En France et en Russie. Jamais sur internet.

Quel homme était Lénine, un solitaire, un enfant gâté, un héros….
Un bon mari adultère, un dilettante hégélien, un grand fouteur de merde.

Et Dodikov ? Quel fut son rôle ?
Il a sacrifié son talent à ses idées pour faire triompher une cause qu’il croyait juste.

Qu’est-ce qui différencie le communisme en URSS et en France dans ces années 10, 20, 60 ?
Allez-vous inscrire à Sciences-Po.

Comment expliquer ces différences ? Par la faim à l’origine de la révolution en URSS, l’état du pays, le caractère russe ?
Un détail : les communistes russes ont été au pouvoir, les communistes français non.

Finalement, les communistes aiment les jolies femmes, les bons plats, le vin et les livres ? Les femmes communistes, la danse.
Tous les gens intelligents aiment toutes les bonnes choses.

Trois histoires d’amour, deux Tania, deux générations : pensez-vous qu’on aime quelqu’un qui vous relie à votre passé ?
Non, on aime quelqu’un avec qui on peut imaginer un futur.

 

Votre père était il communiste ?
Non, gaulliste et ma mère monarchiste.

 

Etes-vous toujours communiste ? Pourquoi ?
Je ne vois pas quoi d’autre être, pour un être humain censé.

Etes vous plutôt Poutine ou Kim Jong-Un?
Spartacus.

Vous êtes allé à Moscou, parlez nous de cette ville, de vos adresses préférées …
Je déteste Moscou mais j’aime beaucoup le restaurant de poissons La marée. Et les petits déjeuners de l’hôtel Métropole.

Communisme et littérature ne sont donc pas vraiment compatibles ? Voir page 195 ce vous écrivez sur l’écrivain socialiste officiel…
Il ne peut pas y avoir de littérature communiste comme il ne peut pas y avoir de littérature anticommuniste. Ce qui condamne à la fois Ilya Ehrenbourg et Jean d’Ormesson.

 

Les écrivains russes que vous aimez ?
Je les aime tous.

Avez-vous des relations avec l’écrivain, Edouard Limonov ?
Je l’ai vu à Moscou il y a deux ans. Quand je me suis assis sur un fauteuil, il a crié : « Pas là ! Tous les gens qui se sont assis sur ce fauteuil sont allés en prison. » J’ai aussitôt changé de place, ce qui explique que je sois toujours en liberté d’expression.

Parmi les écrivains français communistes, aimez-vous Aragon dont vous dites : « il nous soûle celui-là avec son Elsa » ?
Ce n’est pas moi qui dis cette phrase mais un de mes personnages. Aragon ne soûle pas, il enivre.

Vos auteurs français préférés ?
Anne-Sophie Stefanini

Pourquoi avez-vous décliné l’invitation de Laurent Ruquier à On n’est pas couché samedi 20 janvier ? Est-ce à cause de l’annulation du passage de votre ami Régis Jauffret à la même émission quelques jours plus tôt ou aussi pour d’autres raisons ?
C’est difficile de ne pas regarder une émission à laquelle on participe.

Vous avez déclaré : « Il m’est impossible de me rendre sur un plateau d’où on a exclu, sans aucune explication, un auteur aussi important que Jauffret. Il est temps que, face aux médias incultes et malpolis, les auteurs se serrent les coudes, du moins ceux qui en ont encore. »
Pourriez-vous nous en dire plus sur la manière dont les médias se comportent vis-à-vis des écrivains ?
Non, le sujet m’ennuie trop.

Pensez-vous que vous serez suivi, que les auteurs décideront de « se serrer les coudes » ?
Les écrivains sont des lâches, sinon ils seraient soldats.

Dans Tout le pouvoir aux soviets, p 48, vous dites que Marc ne regarde jamais la télé. Pensez-vous comme lui que les talk-show « délirants » sont « une tentative pour abêtir les masses » ?
Oui.

 

Patrick Besson
Tout le pouvoir aux soviets
Collection La Bleue
Editions Stock
256 pages – 19 euros

(Photo : Julie Falsimagne)

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