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Tempête de Sable : Elite Zexer revendique l’émancipation des femmes orientales

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De Florence Yérémian – L’histoire se situe dans un petit village bédouin du Sud d’Israël. Jalila, première femme de Suleiman doit accepter l’intrusion d’une nouvelle épouse au sein de son ménage. Tandis qu’elle digère l’humiliation publique de ces secondes noces, Jalila découvre que sa fille ainée Layla est tombée amoureuse d’un jeune étudiant. Oubliant son propre chagrin, elle tente de convaincre son enfant de renoncer à cet amour au risque de se faire elle-même répudier…

Inspiré de plusieurs rencontres faites dans le désert de Néguev, ce premier long métrage d’Elite Zexer porte un regard sensible et singulier sur les tribus bédouines du XXIe siècle. Bouleversée par le sort des femmes nomades de ces contrées, la réalisatrice a souhaité mettre en avant leur ressenti et leurs difficultés quotidiennes. Qu’il s’agisse de la mère, la grand-mère ou la fille, toutes ont à affronter un monde complexe à la lisière des traditions et de la modernité. Quelle que soit leur génération, elles demeurent victimes de l’archaïsme de leur clan et doivent sans cesse ruser pour se faire une place.

C’est avec beaucoup de véracité et de charisme que la comédienne Ruba Blal-Asfour interprète le rôle de Jalila en dialecte bédouin: l’oeil sombre et le visage fermé, elle laisse échapper goutte à goutte ses inquiétudes de mère et ses sacrifices d’épouse. A la fois soumise et autoritaire, elle force au respect par son sens du devoir qui la rend aussi honorable qu’attachante. Aux côtés de cette femme grave et forte, la jeune Lamis Ammar incarne sa fille Layla avec une belle assurance. Portée par son audace juvénile, elle pense pouvoir s’opposer à son père et aux hommes de sa tribu, mais c’est sans compter sur les lois ancestrales de sa communauté.
Face à ces deux femmes qui tentent humblement de se révolter se détache la figure paternelle de Suleiman (Haitham Omari). Partagé entre son envie de progrès et la peur d’entacher sa réputation, ce père pseudo-libéral accepte d’envoyer sa fille à l’université mais n’admet pas qu’elle puisse fréquenter un homme hors de son clan. Accusé de lâcheté par sa propre femme, il préfère se soumettre à l’autorité aveugle de ses congénères quitte à causer le malheur de sa famille.

Le propos de ce film est intéressant car il dépasse le microcosme de la culture bédouine pour devenir universel. A l’exemple du long métrage indien de Leena Yadav (La Saison des femmes), il interroge le spectateur sur la cohabitation possible de traditions ancestrales et de modernité. A travers le personnage de la jeune Laila, on se demande pourquoi un père laisse sa fille faire des études si son but final est de la marier, la cloitrer et d’en faire une mère dévouée.

C’est avec une grande subtilité qu’Elite Zexer dénonce les différentes formes d’oppressions que sont le mariage forcé et la polygamie. Via la figure du père, elle accuse les hommes de leur couardise et laisse sous entendre qu’une femme – et plus précisément une mère – demeure plus ouverte à toute forme de progrès surtout lorsque cela concerne sa descendance. Malgré le phallocratisme qui règne encore dans ces tribus, certaines femmes essaient d’aller à l’encontre de ces schémas d’asservissement qui les transforme en objets. C’est ce courage et cette tentative d’indépendance que soutient pleinement la cinéaste à travers un film finalement assez proche du documentaire.

Le message de Tempête de sable n’est pas de nous faire voyager dans la culture et le folklore pittoresque de la communauté bédouine. En mettant en avant l’archaïsme qui ronge les habitants de ces petits villages, Elite Zexer revendique l’émancipation des femmes orientales et pose une question qui demeure encore essentielle à notre époque : quel que soit notre sexe, à t’on vraiment le choix d’être libre lorsque l’on appartient à une société?

Tempête de sable? Un film réaliste et plein de compassion.

Tempête de Sable (Sand Storm)
Un film de Elite Zexer
Avec Lamis Ammar, Ruba Blal-Asfour, Haitham Omari, Khadija Alakel, Jakak Masarwa
Israél 2016 – 88 minutes
Au cinéma le 25 janvier 2017

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