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Cinemed : 30/40 Livingstone, l’anthropologie selon Sergi López

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Par Romain Rougé – Invité d’honneur du 38ème Cinemed, Sergi López est revenu le temps du festival montpelliérain à ses premiers amours: le théâtre. Sur la scène de l’Opéra Berlioz, il a joué 30/40 Livingstone, une pièce coécrite, mise en scène et interprétée avec son complice Jorge Picó.

30/40 Livingstone est une pièce énigmatique. Tout comme son titre. « Une idée anthropologique qui a l’air très sérieuse : regarder l’être humain comme si on ne savait pas ce que c’était », décrit de son côté Sergi López.
Dans cette fable burlesque teintée d’imaginaire, l’acteur catalan campe un explorateur rêvant de mettre la main sur une créature chimérique mi-homme, mi-cerf, interprétée par Jorge Picó.
Une pièce très remarquée lors et depuis sa première représentation en 2014 au festival off d’Avignon.

30/40 Livingstone : un théâtre qui déroute bien

Dans la peau d’un personnage lassé de sa vie morne et sans réel intérêt – selon lui, Sergi López joue la carte de la duplicité, un personnage à la fois drôle et inquiétant, qui n’est pas sans rappeler celui de Harry, un ami qui vous veut du bien de Dominik Moll pour lequel l’acteur avait été Césarisé en 2001.
Il va d’abord tout quitter, à commencer par son travail, pour se lancer dans une quête anthropologique des plus mystérieuses. Ce qui constitue la scène d’ouverture est d’ailleurs hilarante : l’acteur mène une discussion haute en couleur avec un père invisible dont l’incompréhension n’a d’égal que la folie du fils.

La rencontre avec la créature est tout aussi survoltée mais nimbée d’une noirceur qui enveloppe peu à peu le personnage principal. Ceci aidé par des sous-entendus en lien avec des sujets de société comme la xénophobie ou l’écologie. Plus le monologue avance – Jorge Picó ne prononce aucun mot, plus l’instabilité mentale gagne le personnage jusqu’à un dénouement déroutant, qui interroge sur nos relations à l’autre. Car 30/40 Livingstone est avant tout une pièce qui parle d’humanité, de la peur de l’autre, de l’incapacité à communiquer aussi, de la solitude qui ronge tout un chacun dans un monde à la fois connecté et cloisonné, proche et éloigné.

De fait, Sergi López donne beaucoup de sa personne, la pièce ne souffre d’aucun temps mort. Assister à 30/40 Livingstone n’est pas de tout repos, que cela soit par les rires qu’elle suscite ou par l’angoisse de voir un personnage sombrer crescendo dans l’extrémisme.

Un reflet bien amer d’une humanité sur le fil du rasoir et un miroir, pas si déformant, de notre société contemporaine. Sous sa carcasse drolatique, 30/40 Livingstone est intrinsèquement tragique.

30/40 Livingstone
Auteurs/Mise en scène/Interprètes : Sergi López et Jorge Picó
Lumière : Lionel Spycher
Création musicale : Oscar Roig
Technicien son et lumière : Ruben Taltavull
Costumes : Pascual Peris
Casquette : Amadeu Ferrer, Clap Produccions
Régisseur : Pepe Miro

Production exécutive, Xochitl de Leon, Coproduction, SetzeFetges Associats, ring de Teatro, Festival Temporada Alta 2011
Avec le soutien de : Teatre Principal de Vilanova i la Geltru, Institut Ramon Llull.

( Photo David Ruano )

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