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Dans les forets de Sibérie: un voyage lustral pour retourner à l’essentiel

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De Florence Yérémian – Teddy a besoin d’espace et de solitude. A l’étroit dans sa ville comme dans son col de chemise, il décide de partir en Sibérie pour se déconnecter du monde.

Réfugié dans une cabane perdue sur les rives gelées du Lac Baïkal, il se retrouve enfin face à lui-même: entouré d’air froid et d’espaces infinis, cet exilé volontaire entame alors un voyage introspectif sans trop savoir où cela va le mener. Le hasard le fera croiser la route d’Aleksei, un fugitif russe dissimulé depuis des années au cœur de la Taïga. Dans ces immenses forêts de neige et de bouleaux naîtra alors une amitié franco-russe aussi belle que singulière…

Adaptée du récit de Sylvain Tesson, cette histoire du bout du monde retrace en partie l’expérience d’ermite du novéliste. Tournée sûr l’île d’Olkhon face à la république de Bouriatie, elle nous offre une odyssée lustrale d’une splendeur époustouflante! Entre les prises de vue aériennes du lac glacé, ses falaises abruptes et ses craquements de banquise, le réalisateur Safy Nebbou décline à l’écran une somptueuse palette de paysages quasi-lunaires. Filmant ces terres immaculées avec autant d’exaltation que de délicatesse, il nous révèle la beauté lumineuse des hivers russes sans oublier d’en souligner la rudesse. Lorsqu’il place le personnage de Teddy au coeur de ce désert blanc, il lui fait confronter une nature purificatrice mais très hostile. Happé par le blizzard, les tempêtes de neige ou les crevasses gelées du Baïkal, Teddy réalise à quel point les conditions climatiques sont difficiles et décide peu à peu d’apprivoiser les éléments qui l’entourent.

Raphaël Personnaz, ce Robinson des Glaces

C’est à Raphaël Personnaz que revient le rôle de ce Robinson des Glaces. Coupé du confort et du consumérisme occidental, il tente d’être en harmonie avec la nature afin de se recueillir et de retrouver des valeurs essentielles. Délicieusement libéré de toute contrainte sociétale, il oublie progressivement la notion du temps et se met à savourer de petits plaisirs: courir sur la glace comme un enfant, se baigner nu dans une eau à trois degrés ou simplement crier son bonheur d’exister face à l’immensité silencieuse qui l’entoure. C’est avec beaucoup de sincérité que le comédien se livre à ces nouvelles expériences. Grisé par la liberté de son protagoniste, Raphaël Personnaz semble être totalement dans le lâcher-prise, ce qui rend son interprétation des plus agréables. A mi-chemin entre un ermite maladroit et un rêveur aux grands yeux clairs, il possède un mélange d’émerveillement et de candeur française qui le rendent aussi fragile qu’attendrissant.
A ses côtés, l’excellent acteur petersbourgeois, Evgueni Sidikhine a opté pour un registre digne du Raskolnikov de Dostoïevski. La mine sombre et grave, il incarne Aleksei le fugitif avec autant de remords que de prestance. Massif et brut comme un bloc de glace, il parvient malgré ses longs silences à conférer à son personnage une bienveillance profonde et enveloppante. Tour à tour repentant, rusé ou prédateur, Evgueni Sidikhine détient à la fois la force tranquille d’un forestier, la désillusion d’un misanthrope et l’instinct de survie d’un criminel.

Le voyage aussi dépaysant que spirituel par Safy Nebbou

Grace à ce très beau duo d’acteurs, le réalisateur Safy Nebbou parvient à transformer le récit contemplatif de Sylvain Tesson en un échange épique pétri d’humanité. A travers la connivence qui s’instaure au long du film entre Teddy et Aleksei, toute trace de race, de langue ou de niveau social s’efface pour laisser place à une vérité pure et blanche comme les neiges sibériennes. Confrontés à leur solitude d’hommes, ces deux êtres radicalement opposés vont durant deux heures mêler leurs expériences et leurs aspirations et nous emporter dans un voyage aussi dépaysant que spirituel. Certes le film est lent et introspectif mais il s’adresse à un public qui souhaite se poser loin du vacarme des villes pour enfin prendre le temps de réfléchir.
Dans les forêts de Sibérie? Une bouffée d’air pur à savourer sur très grand écran afin d’être happé par la splendeur des paysages et la musique lyrique d’Ibrahim Maalouf.

Dans les forets de Sibérie
Un film de Safy Nebbou
Avec Raphaël Personnaz, Evgueni Sidikhine
Musique d’Ibrahim Maalouf
1h45 – 2016
Sortie le 15 juin 2016

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