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Déesses indiennes en colère : enfin un film indien concerné par les femmes

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De Florence Yeremian – A l’occasion d’un mariage inattendu, sept amies se retrouvent. Il y a Mad la chanteuse, Frieda le Top modèle, Nargis la révoltée, Suranjana la femme d’affaires, Laxmi la servante, Pamela l’épouse parfaite et Joanna la semi-british venue d’Angleterre.

Issues de différents milieux culturels, ces déesses indiennes du XXIe siècle vont profiter de leurs retrouvailles pour partager leur joie mais surtout leur rancoeur à l’égard d’une société qui refuse catégoriquement de reconnaitre l’égalité des sexes…

Indiennes en colère, une sombre réalité enfouie derrière les contes à l’eau-de-rose de l’industrie Bollywoodienne

Le film de Pan Nalin se situe à Goa dans une vaste maison en bord de mer. Tandis que les invitées s’installent et vident leurs bagages, l’histoire prend place en parallèle. Heureuses et apparemment insouciantes, les protagonistes vont et viennent, se chahutent, s’embrassent allègrement et déballent tour à tour leurs secrets. A l’abri de toute critique morale, elles peuvent enfin parler librement d’amour et s’épancher sur leur sexualité. Certaines sont mariées, d’autres souhaitent le divorce, d’autres encore soupirent naïvement après le prince charmant … Au fil de leurs conversations et de leurs confidences se dessine cependant une sombre réalité bien enfouie derrière les contes à l’eau-de-rose de l’industrie Bollywoodienne: qu’elles viennent de Delhi, Bombay ou d’ailleurs, aucune de ces femmes ne possède vraiment sa liberté. A l’exemple des indiennes d’aujourd’hui, elles semblent actives et indépendantes mais évoluent dans une société totalement patriarcale où la plupart des hommes les considèrent encore comme des ventres sur pattes, voire de simples utérus…

Pan Nalin, un réalisateur qui interroge les droits de la femme indienne contemporraine

Derrière sa légèreté apparente, le long-métrage de Pan Nalin se penche donc sur les droits de la femme indienne contemporaine. C’est avec beaucoup d’audace, que ce réalisateur natif de Gujarat a osé mettre en scène cette thématique émancipatrice si peu abordée au sein de son pays. Lors de sa sortie en décembre 2015, « Déesses Indiennes en colère » a d‘ailleurs fait l’effet d’une onde de choc nationale et suscité beaucoup de controverses: non seulement le gouvernement a fait appel à la censure mais l’extrême-droite est allée jusqu’à proférer des menaces de mort à l’égard du cinéaste. Il faut dire que son oeuvre va complètement à l’encontre de la pensée locale et des films traditionnels où la femme ne sert que de stupide faire-valoir aux acteurs masculins.
En distribuant tous les rôles principaux à des femmes, Pan Nalin a enfin mis des actrices indiennes en valeur et levé parallèlement le voile sur le quotidien difficile des mères, filles et épouses de sa nation. Ecrasées entre la tradition et la modernité, ces figures de la réalité ont du mal à trouver leur place au travail ou au sein même de leur propre famille. Voilà pourquoi face à la violence et à l’oppression qui les entourent, de plus en plus de jeunes filles indiennes tentent aujourd’hui d’exprimer leur colère à l’exemple des sept Déesses de Nalin.

L’on regrette donc amèrement que durant plus de la moitié du film, cet ambitieux réalisateur transforme ses talentueuses comédiennes en écervelées notoires. Jacassant sans cesse ou pleurnichant en coeur, elles nous font franchement songer à une bande d’adolescentes immatures. Mais pourquoi ramener ces demoiselles à une telle superficialité alors qu’elles bénéficient toutes d’un superbe potentiel d’interprétation ? La chose est incompréhensible d’autant plus que le réalisateur possède une très belle maitrise de la construction narrative, du shooting, du mouvement, de la prise de vue ou même de la mise en musique de son film (La bande son signée Cyril Morin est savoureuse ). A cause de sa mauvaise direction d’actrices et de la puérilité du scénario, le public a l’impression d’assister à une pale copie de comédie romantique américaine truffée de clichés et de bons sentiments: entre une diva suicidaire, une épouse qui veut se révolter, et une business woman culpabilisant de ne pas pouvoir élever son enfant, l’on tombe invariablement dans un registre de profils stéréotypés où pratiquement toutes les répliques de l’histoire deviennent prévisibles. Cette approche est fort dommage car ces sept actrices sont vraiment lumineuses et dégagent une impressionnante énergie qui ne réussit à s’exprimer qu’à la fin du récit. Sexy, Happy mais surtout en colère, ces dignes filles de Kali auraient pu porter leur message d’égalité avec beaucoup plus de ressenti et d’authenticité si elles n’avaient été confinées dans des rôles de cruches durant la première partie du film. Mais peut-être que cette impression est due à notre regard occidental déjà habitué à voir la femme indépendante et maitresse de son existence. Pour capter le sens réel de « Déesses Indiennes en colère », le public européen doit donc absolument faire abstraction de la naïveté apparente des personnages et ne pas s’arrêter à l’inconsistance de leurs dialogues : seul compte le désœuvrement et la révolte de ces victimes féminines face à l’écoeurante misogynie indienne. Si vous dépassez la première heure de visionnage, vous pourrez enfin voir exploser la rage rédemptrice de ces femmes et le potentiel corrosif de ces actrices. Tenez bon, ça vaut la peine !

Déesses Indiennes en colère? Un manifeste cinématographique en faveur de la femme indienne et de sa liberté.

Déesses indiennes en colère
(Angry Indian Goddesses)
Un film de Pan Nalin
Avec Amrit Maghera, Rajshri Deshpande, Pavleen Gujral, Anushka Manchanda, Sandhya Mridul, Sarah-Jane Dias, Tannishtha Chatterjee
1h44 – Sortie nationale: le 15 juin 2016

Le site officiel du film ( en anglais )

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