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Démolition: un film qui s’enlise dans la métaphore

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Par Florence Yeremian – Davis travaille dans la finance. Suite à un accident de voiture, il perd sa femme et se retrouve seul, face à lui même. Incapable de faire son deuil, il entame une série de courriers destinés à un service de réclamation. Ces lettres sont censées demander un remboursement mais elles permettent surtout à Davis de déverser anonymement ses pensées au fil du papier. Le hasard faisant bien les choses, ces confessions happent l’attention de Karen Moreno, une jeune femme en mal de vivre, totalement accro à la drogue. Poussée par la curiosité et la compassion, elle décide spontanément d’aller voir Davis. La rencontre de ces deux âmes en peine va étrangement les mener vers une nouvelle façon d’appréhender la vie.

Produit en partie par John Malkovich, Démolition est un film cathartique. Davis, le personnage principal, est affecté plus qu’il ne le croit par la mort de sa femme et il utilise toutes sortes de subterfuges pour se couper des réalités et entretenir son déni. Derrière son calme apparent et son œil morne, il couve en effet une véritable dépression qui va peu à peu détraquer son quotidien. Narguant son beau père (Phil Eastwood) et sa carrière professionnelle, ce jeune veuf ne parvient étrangement à calmer ses nerfs qu’en démontant tout ce qui l’entoure: qu’il s’agisse de son frigo, des toilettes de son bureau ou carrément de sa propre maison, il brise sa peine à coups de marteau tout en cherchant sa vérité intérieure.

La symbolique de ce scénario est intéressante mais malgré la prestation de Jake Gyllenhaal qui incarne Davis avec intensité, elle ne tient pas vraiment debout: démolir pour se défouler et évacuer son chagrin ? Pourquoi pas. Démolir pour se reconstruire? Tout à fait.. Mais désosser à tout va pour se rendre enfin compte de la vacuité de son existence et tomber soudainement dans les bras d’une sympathique junkie affublée d’un ado surdoué, c’est un peu tiré par les cheveux…
Outre ces incohérences, le film de Jean-Marc Vallée demeure trop en surface: à aucun moment de l’histoire l’on ne perçoit le ressenti de son protagoniste. Tout semble monotone, languissant et sans consistance: Davis n’éprouve ni joie, ni tristesse et il ne se décide pas vraiment à entamer son deuil… La première fois qu’il dissèque un objet cela amuse de toute évidence le spectateur mais au bout de trois démolitions l’on commence à trouver ce processus répétitif et sans grand intérêt.

En voulant jouer la carte de la métaphore, le réalisateur canadien s’est malheureusement enlisé dans sa figure de style. Flottant lourdement entre l’ironie, le sentimentalisme et un pseudo désespoir, son long-métrage ne parvient jamais à trouver le bon ton et il finit par nous ennuyer. Même la belle Naomi Watts qui incarne subtilement Karen ne réussit pas à capter notre attention. La seule lueur de cette catharsis cinématographique demeure la présence du Judah Lewis qui dynamise de façon fulgurante le scénario. Véritable révélation, ce tout jeune comédien prête ses traits androgynes à Chris Moreno, le fils de Karen. Aussi intello que rock’n’roll, il nous livre un adolescent si excessif qu’il dévore littéralement l’écran à chacune de ses apparitions.
Espérons au moins que ce film ait servi à lancer sa carrière !

Démolition
Un film de : Jean-Marc Vallée
Avec : Jake Gyllenhaal, Naomi Watts, Chris Cooper, Judah Lewis, Heather Lind
Sortie le 6 avril 2016

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