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Mandarines : réflexion douce et saisissante sur la guerre

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Par Jonathan Rodriguez – « Peut-être qu’il y a une âme universelle dont chaque homme a une part. Tous les visages d’un même homme. Un être universel. Chacun est à la recherche de son salut. Comme une braise retirée du feu« . Cette phrase tout droit sortie de La Ligne rouge de Terrence Malick, a une résonance toute particulière dans cette oeuvre Estonienne. Pourtant, nous ne sommes pas chez Malick. Ce n’est pas la même guerre, pas la même époque et pas les mêmes enjeux. Il n’y a pas d’envolées lyriques malickienne non plus. Mais le premier film de Zaza Urushadze est habité par cette même envie de dénoncer l’absurdité de la guerre, à son échelle la plus élémentaire, celle de l’homme et en n’oubliant pas l’essentiel, de livrer une oeuvre personnelle.

Deux maisons isolées dans les montagnes caucasiennes. Un vieil homme, Ivo, et un mandarinier, Markus, d’origines estoniennes, refusent de quitter leur plantation alors que le conflit se rapproche. Ce conflit est celui d’Abkhazie, début des années 90, opposant russes et séparatistes Abkhazes aux Géorgiens. Les deux compagnons vont chacun venir en aide à un Caucasien et un Géorgien, blessés dans l’assaut. Ces deux ennemis vont alors se retrouver sous le même toit…

Théâtre de l’absurde

C’est avec cette mise en place très simple et dans un décor minimaliste et épuré que va se jouer l’intégralité du film. Cette disposition, presque théâtrale, est l’un des atouts majeurs de l’intrigue, puisqu’elle permet d’en apprécier la simple dimension humaine et d’en saisir toute la réflexion. Et c’est avec une douceur toute particulière, que le cinéaste place sa méditation sur l’aberration de la guerre. De l’affrontement, à l’incertitude, à la prise de conscience, les phases scénaristiques, bien qu’un peu prévisibles, se succèdent avec sérénité et intelligence.

La mise en scène notamment, volontairement anti-spectaculaire, contribue à garder cette force tranquille. L’environnement froid et sauvage de la montagne donne un certain caché à l’image. Les dialogues, courts et efficaces, laisse le temps à l’émotion de venir s’immiscer dans les têtes et dans les coeurs. Mais le film peut surtout compter sur de solides interprétations, à l’image de Lembit Ulfsak – véritable star en Estonie – qui enchante par sa performance de vieux sage au visage empreint de mélancolie. Il est accompagné par de surprenant acteurs, dont la justesse de ton étonne. Ils arrivent à retranscrire des enjeux dramatiques et humains en un regard, une attitude. Preuve aussi que Zaza Urushadze est un solide directeur d’acteurs qu’il faudra suivre.

Sans être donneur de leçons mais d’un motif incroyablement positif, le film interroge sur la place de l’homme dans un conflit : les motivations le poussant à tuer, les causes du conflit et ses conséquences humaines, psychologiques et idéologiques. Des questionnements qui raisonnent avec clarté, ardeur et pertinence, apportant une touche d’espoir et d’optimiste, à l’heure où le monde réel se meurt dans de multiples conflits. Une leçon de tolérance et d’humanité qui font sens lors du dénouement final. Une fable positive, attachante et mélancolique où le cynisme n’est jamais loin et où l’humour, toujours subtil, lui apporte une belle touche de dérision. Délicieusement juteux.

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Mandarines de Zaza Urushadze
Avec : Lembit Ulfsak, Elmo Nüganen, Misha Meskhi, Giorgi Nakashidze
Estonien, Géorgien – 1h27

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