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Good Luck Algeria : Une comédie familiale sur la double nationalité

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Par Florence Yérémian – Sam Zitouni est ingénieur grenoblois d’origine algérienne. En compagnie de son associé Stéphane Duval, il fabrique des skis haut de gamme destinés à la compétition. Afin de faire face à la crise et sauver leur entreprise, Stéphane a une idée folle : il demande à son ami de promouvoir leur marque de skis en représentant l’Algérie durant les prochains Jeux Olympiques d’hiver ! D’un point de vue administratif cela semble simple car Sam possède la double nationalité mais lorsqu’il faut affronter la réalité, les choses se compliquent : le Savoyard ne parle pas un mot d’arabe et il n’a pas pratiqué la compétition depuis 15 ans ! Entre un retour au bled, des séances d’entrainement intensif et une famille à nourrir, le pauvre Sam n’a pas fini de slalomer…

Cette aventure ubuesque s’inspire de la réalité : aux J.O de 2006, Noureddine Bentoumi – le frère du réalisateur – s’est lancé le défi de défendre les couleurs de l’Algérie dans la catégorie ski de fond. C’est aujourd’hui à Sami Bouajila que revient cette mission où les cultures franco-algériennes s’entremêlent dans un esprit très positiviste. A la fois allègre et généreux, l’acteur s’applique avec coeur à jouer son rôle tout en défendant la question sous-jacente de la bi-nationalité.

Il est vrai que l’image d’un Algérien sur des skis est assez comique car l’on associe d’avantage sa figure aux plaines désertiques et aux oliviers. Pourtant, lorsque cet algérien est né en France, il se sent lui-même étranger à la patrie de ses origines. C’est justement le cas de Sam qui pour se qualifier au J.O doit retourner dans un pays qu’il n’a pas foulé depuis l’enfance et dont il ignore quasiment tous les codes.

Epaulé par sa femme Bianca (Chiara Mastroianni, aussi fine que complice) et son ami Stéphane (amusant Franck Gastambide, le réalisateur de Pattaya), Sam va peu à peu se rapprocher de ses racines, rencontrer sa famille lointaine et prendre conscience de la richesse de sa double culture. Par delà l’archaïsme des coutumes et traditions algériennes, il va découvrir une certaine sagesse mais surtout l’amour d’un père qui adule son fils avec une grande pudeur. Aussi humble que discret, ce modeste patriarche est interprété par Bouchakor Chakor Djaltia un comédien amateur qui déborde de naturel. Sacrifiant sa vie et sa terre ancestrale pour son fils, il suit silencieusement le parcours de sa descendance sans la déranger mais en mettant tout en oeuvre pour qu’elle ait le choix. Sam découvre ainsi que son père a fait de lui une fierté nationale et qu’il est prêt à renoncer à sa parcelle de terre d’Algérie pour sa réussite !

Cette belle histoire de filiation est filmée avec amour et nostalgie. Même si elle manque d’entrain et possède un humour trop réservé, l’on apprécie les bons sentiments qui en émanent et la noblesse de ses échanges intergénérationnels. Par déla ces clichés sentimentalistes qui rassérènent, l’on aime aussi le regard du réalisateur qui soulève avec finesse les thématiques très actuelles de la mixité, de l’héritage culturel et de l’intégration. Comme beaucoup d’enfants d’immigrés, le personnage de Sam est confiné entre deux mentalités et il ne sait plus vraiment s’il doit donner la priorité à son patrimoine maghrébin ou à la France qui l’a vu naître. Le parti pris du réalisateur Farid Bentoumi est intelligent car il ne met pas ces deux pays en opposition : en montrant les avantages et les défauts de chacune de ces cultures, il rend la France et l’Algérie complémentaires. Une façon judicieuse et cinématographique de clore les débats sur l’identité nationale…

Good Luck Algeria
Un film de Farid Bentoumi
Avec Sami Bouajila, Bouchakor Chakor Djaltia, Franck Gastambide, Chiara Mastroianni, Hélène Vincent, Coralie Avril, Fadila Belkebla, Satya Dusaugey
France – 1h30

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