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Démocratie : la BD antique intemporelle de Papadatos et Kawa

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Par Romain Rougé – Raconter la naissance de la démocratie athénienne : voilà le propos de Démocratie, la nouvelle bande dessinée de Alecos Papadatos, Annie Di Donna et Abraham Kawa, auteurs du best-seller Logicomix. Mêlant éléments historiques, mythologiques et fictifs, Démocratie ne raconte pas l’exactitude des faits – qui le pourrait ? – mais emporte le lecteur dans un tourbillon antique des plus passionnants en le laissant libre de se faire sa propre opinion sur la notion d’état de droit et sur l’Histoire.

Grèce, VIème siècle avant J.-C. Léandre, citoyen d’Athènes, est narrateur et porteur d’espoir face aux événements qui tourmentent sa cité, à savoir la menace du retour de la tyrannie face à une démocratie brinquebalante. Le personnage constitue l’élément fictif du récit, vu par Abraham Kawa comme « un homme ordinaire, un jeune homme qui incarne des sentiments humains intemporels face à l’idéal démocratique ». Léandre fouille dans ses souvenirs et tente d’interpréter ses rêves pour conter à ses camarades du front la naissance de la démocratie athénienne, tout en essayant de comprendre pourquoi il est important de la préserver.

C’est la rencontre entre Léandre et Clisthène, personnage historique lui, considéré comme « le père de la démocratie », qui va donner corps au récit sur fond de complots politiques, de corruption et de religion. Des éléments qui ne sont pas si anachroniques que ça tant les questionnements du héros font écho à l’actualité contemporaine : résonnent ici la crise politique en Grèce ou la situation géopolitique mondiale en 2016.

Démocratie est aussi une histoire qui se construit autour d’autres histoires : celles racontées par Léandre, son père, Clisthène, la Pythie ou encore Athéna, déesse de la sagesse et des arts et protectrice d’Athènes. Léandre, comme le lecteur, part à la conquête de la vérité, au gré de rencontres et d’événements. Des rencontres tangibles ou mythologiques qui le conduiront à trouver sa propre voie, entre désir égoïste de vengeance et idéal auquel il veut croire, entre continuer le combat ou se résigner. « Les gens portent parfois des masques hors du théâtre », lui clame son père : « Le masque d’un acteur nous aide à savoir qui il est censé être. Celui que l’on porte dans la vie aide à se cacher derrière. » Comme tout citoyen lambda, Léandre doit apprendre à se connaître lui-même et à percer ceux qui l’entourent, ceux qui prétendent agir au nom du bien commun.

A l’orée d’un combat décisif pour le maintien de l’état de droit, la quête de Léandre sera avant tout de garder espoir, « je ne croupirais pas dans une prison que je me fabriquerais », s’écrit-il. Une tirade qui nous interpelle dans le monde d’aujourd’hui où les démocraties sont mises à rude épreuve : à chaque citoyen, à chaque lecteur de se faire sa propre idée des événements qui se déroulent sous leurs yeux. D’abord pour garder une certaine capacité d’analyse ; ensuite pour préserver l’aspiration d’un monde meilleur.

Démocratie est une BD distrayante et ambitieuse. Elle est aussi une œuvre qui interpelle sur des valeurs fondamentales, encore aujourd’hui, au XXIème siècle après J.-C.

Démocratie
Alecos Papadatos, Abraham Kawa, Annie Di Donna
Traduit par : Pierre-Emmanuel Dauzat
Editions La Librairie Vuibert
240 pages, 21 euros

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