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Jean d’Ormesson et Sophie Pujas : l’improbable rencontre

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Par Marc Emile Baronheid – On n’imaginait pas qu’ils se croisent. Sauf que rien n’est improbable avec Jean d’Ormesson. Et même si elle ne pratique pas l’art d’amadouer, Sophie Pujas est superbement capable de séduire.

Dans son livre précédent (Z.M. Gallimard, 2013), Sophie P. pénétrait l’univers mental du peintre Zoran Music. Celle fois, elle se faufile dans Paris, au hasard des rues et des rencontres. Une déambulation en roue libre, fixant nolens volens un cadastre subjectif qui illustre les acceptions de la maraude. La rencontre permanente d’une infinité de hasards ou de l’infirmité du hasard. Elle avance comme quelqu’un qui aurait projeté une poétique de l’effleurement et se surprend à caresser du rasoir la jugulaire de la douceur. Elle voue un intérêt particulier à ces personnages au rebut que le regard des bonnes gens arrose de javel, quand ce n’est pas de vitriol. « L’insignifiance, c’est une faute » ; ça la révolte. L’imbécilité en est une autre, volontaire, condamnable ; ça la met en rage. Sophie soufflette les crétins en pâmoison devant les cadenas amoncelés aux rambardes du pont des Arts. A tout prendre, elle préfère encore l’odeur acidulée des merguez et de l’oignon qui musarde avenue des Gobelins. Au moins ce n’est pas une mascarade de l’amour.
L’amour, ce bel inexorable, ce pourrait être – trouvaille magnifique de Sophie Pujas – « L’aiguille du désir dans la meule de foin des femmes indifférentes ».

Le genre d’aimant qui attire la compagnie de Jean d’Ormesson, grand inventeur devant l’Eternel des filons des meules les plus fabuleuses. « Puisque j’ai aimé le monde et la vie, j’ai aussi aimé les femmes/ …/ Ce qu’il faut dire, flambeau du monde, c’est qu’il n’y a rien d’autre que l’amour /…/ J’ai surtout aimé l’amour. Du plus bas au plus haut. Le plaisir, la tendresse, la passion, la folie. Quand l’amour, le vrai amour, se combine à l’amour, il n’y a rien de plus fort, de plus grand, de plus beau ». On pense à un titre de Robert Sabatier : Les années secrètes de la vie d’un homme.

Mais ce nouveau d’Ormesson brasse bien d’autres éléments d’une vie dont on découvre la richesse de la palette. L’éditeur a eu la témérité d’agrémenter le récit d’un index des noms de personnes et d’un index des noms de lieux. Rien que les parcourir donne le tournis. L’auteur n’en a cure, qui confie « A chaque fois que j’aborde un nouveau pli de ce tissu qui fait notre existence, il me semble toucher à l’essentiel ». Peut-être, en se rasant, fredonne-t-il Das ist ein Traum, das ist zu schön um wahr zu sein, avant de repartir à la conquête d’un jour nouveau, cruel ou doux.

« Maraudes »

Sophie Pujas – L’Arpenteur,

16 euros

« Je dirai malgré tout que cette vie fut belle »

Jean d’Ormesson, Gallimard

22,50 euros

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