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Alexandre Grondeau : la génération H rebelle et insoumise

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Par Laurence Biava – Le roman Génération H était une véritable invitation à l’évasion, qui ne pouvait laisser indifférents, sur le plan du style ou de la narration en elle-même, les amateurs de la prose de Kerouac ou de Jim Harrison. On y sentait la patte, l’imprégnation, l’influence esthète et métallique des deux auteurs du début à la fin. Une grande part du livre était également consacrée à la musique : lors du prologue, la voix de Morrison résonnait dès le premier quart, enchainait Kurt Cobain, à sa toute fin, après les dédales paroxystiques des héros rencontrés.

Ce livre était aventureux, courageux, qui tentait de cerner au plus près l’usage démocratisé du cannabis et son paradoxe, l’illégalité de sa consommation. Certes, on ne pouvait plus nier l’ampleur d’un phénomène de masse, une généralisation sociétale de la consommation de toutes ces drogues. La réflexion qui était menée méritait d’être hautement considérée sur la génération des ados des années 90 et son ardeur à répandre l’expansion de la consommation de cannabis. Cette fameuse génération H (contrairement aux générations Y et Z au passage) qui n’a pas passé son temps devant des écrans d’ordinateurs et télévision, était empreinte d’une grande soif de vivre, d’où ses voyages en Asie, au Népal, notamment.
Ainsi définie, cette Génération H est familière à ceux pour qui le haschich fut bien davantage qu’une substance illicite : elle est moment de vie, mode de communication, elle est une étreinte, un langage, un dialecte, elle fait corps, elle aide à penser, à transmuter… Les fumeurs de hasch de ma génération fument toujours, quinze ou vingt ans plus tard après avoir roulé leurs premiers joints ».

Dans cette suite, il est autant question de consommation de cannabis que d’amour de la liberté et naturellement, du refus des conventions : il faut une bonne dose d’impertinence pour dédramatiser ainsi la prise de cannabis et nous dire quelques 23 années plus tard qu’en fumer semble naturel, que cet usage est entré de manière irréversible, et à coups de grosses défonces, dans la culture française. En 1990, on rejetait déjà la société de consommation, aujourd’hui, pour braver le capitalisme, on parle de «décroissance» : à ce niveau-là, seuls les termes ont changé… Ici, Sacha et sa bande symbolisent cette génération de fumeurs d’élites, amatrice de plaisirs interdits et de fêtes inoubliables. De sound système en soirées villas, de festivals en carnavals indépendants, de Barcelone à Amsterdam, ils brûlent leur vie comme un gros spliff de weed. Toujours aussi insoumis qu’en 2013, et rompus au système D, ces débrouillards d’un genre nouveau entament le troisième millénaire à cent à l’heure sur une bande-son démoniaque mêlant cultures urbaines, musiques électroniques, reggae et rock alternatif. Têtes chercheuses d’existence, ils tentent de rester fidèles à l’underground et leurs idéaux qui se fracassent contre les pièges de la prohibition. Toujours autant tribu hédoniste et enfiévrée, voguant de voyages hallucinés en amours sans lendemain, de nutis blanches en aubes radieuses, la Génération H est le reflet de la jeunesse de France qui veut vivre sans entraves et profiter de la vie, ici et maintenant.
Et c’est ce que ces livres – le premier et le second – révèlent de façon assez complète et cinglante, et auxquels il est précisément difficile d’opposer un jugement moral : la quête épicurienne et hédoniste de l’existence. D’une certaine existence. De ses choix licencieux.

Grondeau raconte avec force et panache une jeunesse française emblématique, rebelle, insoumise, explosive, dont la littérature a oublié l’existence depuis 30 ans. Il explique frontalement que la recherche du plaisir devient essentielle, y compris pour ceux qui, en n’ayant jamais fumé de cannabis, sont, malgré eux, empreints de cette culture. D’où ce coup de cœur.

Génération H – Tome II

Alexandre Grondeau

La Lune sur le toit – 355 pages

Alexandre Grondeau est maître de conférences, géographe, critique musical, et écrivain. Génération H, têtes chercheuses d’existence est son quatrième roman, et la suite de Génération H, publié en janvier 2013.

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