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Sunset Song : une élégie bien monotone

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Par Florence Yérémian – Chris Guthrie vit en Ecosse dans le Comté d’Aberdeen. Studieuse et romantique, elle doit abandonner ses rêves de jeune fille et de professorat lorsque ses parents décèdent. Héritière de la ferme familiale, elle décide de s’en occuper seule et gagne peu à peu son indépendance. Epousant Ewan, elle veut croire coute que coute au bonheur sur terre. Mais c’est sans compter sur la folie des hommes: la guerre gronde et les Allemands approchent… Trop attachée à sa terre natale et à son idéalisme, Chris verra lentement s’échapper toutes ses illusions…

Ce film signé Terence Davies est l’adaptation d’un grand classique de la littérature écossaise écrit par Lewis Grassic Gibbon en 1932. Se déroulant au début du siècle dernier, il dépeint sans fard la vie rude et besogneuse de la paysannerie. Afin de traduire cette ambiance rurale, le réalisateur a pris parti pour une atmosphère sombre et demandé aux acteurs d’adopter un accent écossais très (trop?) prononcé. Parmi ses principaux protagonistes se distingue le père de famille violent et archaïque, interprété par un Peter Mullan des plus hargneux. A ses cotés, sa pauvre femme (Daniela Nardini) enchaîne les grossesses à contre coeur, quant à son fils (l’excellent Jack Greenlees !) il ne cesse de se faire fouetter pour tout ce qu’il entreprend.
Au cœur de ce triste portrait familial déambule candidement la charmante Chris. C’est à Agyness Deyn que revient le rôle de cette fermière en herbe. Délaissant temporairement la Une des magazines, la jeune Top Model s’est transformée en paysanne romantique. Belle comme un cœur avec ses grands yeux innocents et son air de Brooke Shield, elle ne parvient cependant pas à nous convaincre. Trop attachée aux directives du réalisateur, Agyness Deyn manque de naturel et ne compose qu’avec une maigre palette de jeu: passant sans transition du sourire aux larmes, elle n’offre à son personnage aucune profondeur et cela quelles que soient les situations: où s’est enfuit l’éveil amoureux de l’adolescente du roman de Gibbons? Qu’en est-il de la sensualité de l’épouse, de la joie débordante de la mère ou de la douleur intrinsèque de la veuve?… Nulle trace de toutes ces fluctuations propre à l’âme de Chris: du début à la fin de cette adaptation cinématographique, l’on n’aperçoit qu’une jouvencelle sans espoir se complaisant dans un mélancolie larmoyante.

Le personnage de Chris Guthrie étant la figure principale de l’histoire, son indolence contemplative déteint sur le film et le rend ennuyeux. Deux heures durant l’on subit donc sa langueur abyssale sans que rien ne se passe. Malgré la beauté majestueuse des paysages et la présence de très bons comédiens dans les rôles secondaires (notamment Ian Pirie!), ce long-métrage manque aussi bien de souffle que d’émotion. Certes il possède la patine des films britanniques qui nous livrent des moments hors du temps et saisissent élégamment l’intimité des petites gens mais il est définitivement trop monotone. Nostalgique de la série anglaise adaptée par la BBC dans les années 80, le réalisateur n’a pas su réactualiser l’exaltation et l’intensité lyrique d’un texte puissant comme Sunset Song. Au lieu de cela, Terence Davies s’est enlisé dans un scénario à l’esthétique précieuse qui se déploie aussi lentement qu’un cycle de vie à la campagne. Qu’il s’agisse du printemps de Chris ou de son hiver, toutes les saisons que traverse cette belle protagoniste nous semblent désespérément soporifiques.

Sunset Song: Une fresque rurale beaucoup trop contemplative…

Sunset Song – Un film de Terence Davies
D’après le roman de Lewis Grassic Gibbon
Avec Agyness Deyn, Peter Mullan, Kevin Guthrie, Jack Greenlees, Ian Pirie, Niall Greig Fulton, Hugh Ross, Jamie Michie, Douglas Rankine, Daniela Nardini
2015 – 2h12
Sortie le 30 mars 2016

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