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La Dame en Noir : noces de Platine avec Gallimard et un lectorat à la fidélité relative

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Par Marc Emile Baronheid – bscnews.fr / La Dame en Noir ne s’embarrasse pas de Chanel n°5. Ses fragrances de prédilection seraient plutôt le 6.35, voire le 7.65. Toujours séduisante, elle célèbre ses noces de platine avec Gallimard et un lectorat à la fidélité relative, en dépit de l’usure du temps, de choix pas toujours inspirés, et des assauts opiniâtres de la concurrence.

Comme souvent rue Gaston-Gallimard, les révolutions de palais sont lentes, sans être indiscutables. Ainsi, les continuelles modifications de format et de présentation ne raviront pas les inconditionnels des emblématiques jaquettes et couvertures cartonnées de la première heure. Les publications du trimestre, qui ponctuent la célébration des 70 ans de la Série Noire, allient paisiblement classiques et quasi modernes. Deux épais volumes l’attestent. A ma droite, DOA à ma gauche JBP.
Il faut au premier 675 pages pour déployer un roman choral, âpre, histoire d’aujourd’hui qui met en scène des citoyens clandestins, un peu partout dans le monde, racontant « des guerres ouvertes et sanglantes, des conflits plus secrets, contre la terreur, le trafic de drogue, et des combats intimes, avec soi-même, pour rester debout et survivre ».
Du second, cinq romans sont rassemblés en 702 pages. Une manière, pour cet adepte de l’effort court, de rejoindre la mode des thrillers épais comme des briques. Mais Pouy est bien davantage qu’un auteur. Il a multiplié les apparitions, créant des collections, recueillant des dividendes sitôt réinvestis dans des entreprises parfois douloureusement aléatoires. Incarnation de la force tranquille, parfois mauvais exemple du talent galvaudé, JB est un anar qui, dans la postface, affiche en gloussant « Je déteste Léo Ferré » et observe avec une tendresse de papier émeri l’avènement des « petits loups qui apprennent à lire et à écrire dans un seul but : remplacer tous les vieux cons qui s’étalent sur les étals devant leurs yeux jaloux et impuissants ». Impuissants ? « Tout doit disparaître » est davantage qu’un baroud d’honneur. Plutôt une injonction du genre : on se calme, jeunes débiles ; et on salue les vieux cons…
Soucieux de laisser souffler les calibres et d’instaurer une paix des braves, Aurélien Masson, actuel directeur de la collection, y va d’un pieux « J’espère que la Série Noire restera toujours ce clou rouillé qui sort de la chaise, ce gros sel que l’on appose sur les plaies. La Série Noire a un grand avenir devant elle dans la mesure où tous les jours un peu plus, le monde qui se dessine devant nos yeux ressemble à une vaste Série Noire ».

– « Pukhutu primo », DOA, série noire Gallimard, 21 euros
– «Tout doit disparaître », Jean-Bernard Pouy, série noire Gallimard, 24,50 euros.
Ce volume regroupe des romans parus entre 1984 et 1998 : Nous avons brûlé une sainte. La pêche aux anges. L’homme à l’oreille croquée. Le cinéma de papa. RN 86.

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