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Lizzie Doron : la possibilité d’un père

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Par Félix Brun – bscnews.fr/ Un pays en construction, un quartier de Tel-Aviv dans les années cinquante essentiellement habité par des juifs originaires de Pologne, le décor est planté.

La Shoah a décimé et disloqué de nombreuses familles ; Aliza ne sait pas qui est son père : est-il en vie? quelle est son histoire? a-t-il vraiment existé ? « Papa finira bien par apparaître un jour,[…],- malgré le silence de ma mère, malgré le silence de Dorit et de tous les autres, et en dépit du fait que je n’avais aucune preuve de son existence, que j’ignorais à quoi il ressemblait et que je ne savais pas comment le reconnaître. […] Tout ce que je savais, c’est que nous nous rencontrerions un jour. ». Son enfance et sa vie vont reposer sur cette question sans réponse, sur cette quête qui conduit Aliza à imaginer son père sous des aspects différents, « Papa est parti en Amérique, une fois de plus, me consolai-je » et se rappelle « la diversité des pères» qu’elle s’est inventés durant son enfance. Sa curiosité obstinée, obsessionnelle même, se heurte au silence de sa mère, de ses amies Dorit, Brakha, Khayale et de leur entourage. Récit d’une «enfance avec des fils barbelés autour de l’âme» qui sépare du monde et des parents. Adulte, Aliza est devenue écrivaine ; à l’occasion de cérémonies funèbres, ses retrouvailles avec ses camarades de jeunesse et les gens de son ancien quartier vont lui permettre de rassembler les morceaux de ses souvenirs et de découvrir enfin qui était son géniteur.
Dans ce roman autobiographique, Lizzie Doron nous transporte dans la recherche de ses origines, dans l’absence du père, mêlant tour à tour l’émotion de l’enfance idéaliste et naïve, la solidarité de ces rescapés de la barbarie, le trouble des retrouvailles et des souvenirs. L’écriture est fluide, simple, agrémentée de quelques mots et expressions en yiddish, ce qui pimente un peu les dialogues graves et cocasses à la fois. « Crois- moi, avec une vie comme la nôtre, avec l’enfance que nous avons eue, le mieux est encore de rêver, de jouer du piano ou de danser, danser, danser. » Un livre agréable dans la ligne des grands auteurs juifs.

Un jour on se rencontrera
Auteur : Lizzie Doron
Editions : Héloïse d’Ormesson

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