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Marc Jolivet et ses mémoires visionnaires d’un appui-tête

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Par Sophie Sendra – bscnews.fr/ L’air de rien, Mémoires d’un appui-tête, publié en septembre 2014 aux Éditions de L’Aube, est une allégorie philosophique qui révèle tous les travers de l’humanité.

Une histoire de fou(s)

Marc Jolivet se définit lui-même comme un « clown de banlieue ». Il est donc normal de s’attendre à ce qu’il raconte une histoire drôle, un peu dingue, se terminant par une pirouette.
Les aventures du personnage, Pierre Blistrac, violoniste de profession, commence effectivement par une situation initiale très banale. Impossible pour lui de dormir dans le TGV Paris- Marseille puisque – élément déclencheur oblige – l’appui-tête de son siège est manquant. Comme à son habitude, Marc Jolivet débute par une situation que n’importe quel lecteur peut avoir vécu et, avec une grande intelligence, nous emmène dans un monde qui semble irrationnel, délirant, un brin méchant, mais tellement drôle. Sauf que, si on regarde de plus près cette histoire, elle révèle que cet inconvénient d’ordre pratique, va bouleverser la vie de Pierre Blistrac, et par voie de conséquence, la face du monde qui l’entoure. En perdant son travail – suite à son manque de sommeil – il va développer une haine de l’administration, du système français, de la politique menée par les gouvernements, de l’autre – qu’il soit cycliste, tatoué, porteur de tong etc. – qui le mènera au despotisme et à la théorie du complot.

La question qui tue

Il est possible d’imaginer que ce « court » roman est une fable drolatique, une bouffonnerie de plus au coeur du monde selon Marc, mais il n’en est rien. La question en deux temps que se pose Pierre Blistrac et qui est essentielle dans cette histoire est à la page 93 : « L’humanité mérite-t-elle d’être sauvée ? Ne ferait-il pas mieux de mettre son énergie et son talent au service de la disparition des koalas ? ». A vouloir réparer un dysfonctionnement si petit et anodin soit-il – l’absence d’un appui-tête latéral de 25 centimètre sur 15 dans les trains en seconde classe – à vouloir bien faire, à vouloir réparer une injustice, est-il possible de basculer dans un extrême idéologique ? Est-il possible de concevoir qu’un homme qui perd son travail, sa dignité, ses espoirs puisse devenir un despote avide de pouvoir ? Pierre Blistrac, « le petit banlieusard timide » devient le chef d’un petit groupe « soit disant populaire » manipulé par la parole d’un homme qui s’égare, qui perd les repères les plus élémentaires qui fondent l’humanité : la raison et le bon sens.
En fait, au-delà de ce récit, c’est une critique des partis politiques et de leurs acteurs que l’auteur tisse au fur et à mesure des pages. Ce sont des portraits au vitriol de certains « bienpensants» qui sont décrits. C’est l’absurdité de la haine de l’autre qui est mise en avant. C’est toute la bestialité du monde qui nous entoure que Marc Jolivet dénonce.
Dans cette petite histoire de fou(s) on retrouve du Raymond Devos dans «Un jour sans moi», ou du Woody Allen dans «L’Erreur est humaine». Il n’est pas question de raconter la fin de cette allégorie, mais il est possible de dire ce qu’il advient du lecteur : il pense qu’effectivement
il est possible de rire de tout, si et seulement si, on apprend de ce qui est drôle et de ce qui semble pathétique.

S’il fallait conclure

Le plus intéressant dans une lecture c’est le moment où il est possible de lire entre les lignes. Des romans visionnaires, il en existe peu. Mémoires d’un appui-tête ou comment une petite injustice va faire disparaître l’humanité! fait réfléchir… au-delà du rire grinçant qu’il peut déclencher. Une belle caricature de notre monde… une de plus et c’est tant mieux !

Mémoires d’un appui-tête ou comment une petite injustice va faire disparaître l’humanité de Marc Jolivet, Editions L’Aube

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