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Martine Leroy :  » la langue du cirque est vivante, partagée et populaire »

Par Marie Der Gazerian – bscnews.fr/ Martine Leroy est artiste, formatrice et chercheuse en arts du cirque. Née à Bruxelles, elle se définit comme « metteur en piste ». Créatrice du Cirque Constance puis du Cirque Archaos avec Pierrot Bidon, elle est aujourd’hui responsable de la formation professionnelle du centre des arts du cirque Balthazar de Montpellier.

propos recueillis par

Elle s’intéresse aussi à la psychologie des pratiques corporelles et artistiques. Son travail avec les étudiants sont mis en piste lors du Printemps des comédiens. Pour la semaine de la francophonie, Martine Leroy a accepté de partager avec BSC NEWS son approche de la langue, non uniquement verbale.

Si vous nous parliez des rapports du cirque avec le verbe?

Le cirque est en perpétuelle évolution multiculturelle plus que tout autre art puisque, dès l’origine, il se nourrit d’exploits inédits du monde entier. Le cirque a toujours été un spectacle mosaïque, culturellement hybride. Il en est de même pour la pratique des langues au cirque. En effet, non seulement chaque cirque ou compagnie est constitué d’un groupe parlant différentes langues mais encore, il est itinérant et doit s’adapter aux langues des pays qu’il traverse. Ainsi des mots et des expressions nouvelles se glissent dans le jargon au fur et à mesure des rencontres et des déplacements. Ils seront d’abord d’origine française, allemande, italienne, tzigane ou hindou puis, dans le feu de la mondialisation, venus de tous azimuts. La langue du cirque est plus orale qu’écrite, par conséquent, des pratiques et des mots ont quasi disparu alors que d’autres sont arrivés et arrivent encore. La langue du métier est donc une langue très vivante, adaptée à la dynamique du voyage et aux nécessités de se comprendre. D’une part, pour pouvoir mener une vie en commun mais surtout pour répondre aux situations de prises de risques, de dressage etc… On utilise les mots des autres très souvent, sans pouvoir pour autant en parler la langue, ils vont donc venir s’intégrer dans la langue de chacun.

On suppose qu’il y a donc dans le vocabulaire circassien de nombreux mots français d’origine étrangère…

Oui, au cirque, nous avons de nombreux mots d’origine étrangère. Quelques exemples? Italiens : batoude,gradin,palan. Allemands : gardine. Scandinaves : harnais, haubans . Arabes : fakir, alezan. Anglais : sketche,staff. Manouches : gaille.

Quelle est votre rapport avec la langue française et avec les mots de façon générale?

J’aime parler une langue nomade, itinérante, j’aime sentir que la langue vient d’ailleurs, la mosaïque historique et/ou géographique des mots me ravit, elle véhicule un imaginaire culturel, bariolé, coloré et joyeux; elle se présente vivante et dynamique, mouvement et expression, comme le cirque lui même. C’est la rencontre de mondes improbables à travers les époques et les lieux, de pratiques et de métiers qui ne se croisent qu’à travers elle. Plus elle se laisse enrichir d’étranges syllabes et sonorités, de lettres rares et de racines inconnues, plus je jubile. J’aime son patchwork, le jeu des mots entre eux, les chocs de lettres imprévisibles, les surprises à prononcer en prenant des risques… J’aime que la langue soit nourrie, goûteuse, généreuse, qu’elle s’enrichisse en offrant mille nuances, mille sens d’origines multiples, qu’elle s’ouvre et se perde dans des dialogues de sourds, qu’elle se textote, qu’elle se déshabille, qu’elle se pare, qu’elle danse, qu’elle se dessine, qu’elle se corporalise dans un ballet de gestes et de mimiques associés. Pour moi, c’est alors seulement qu’elle parle le langage du cirque, qu’elle a le droit d’être en piste…car il ne faut pas oublier que si au cirque on parle peu c’est que le texte et la parole furent longtemps interdit, étant l’exclusivité du théâtre.

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