fbpx

Cavanna, même par mort : un documentaire à la qualité discutable

par

Par Julie Cadilhac – bscnews.fr/ C’est au cours d’une de ses interventions auprès d’élèves en école de journalisme que Denis Robert a eu envie de faire ce documentaire :  » Sur 30 élèves, 5 seulement connaissaient François Cavanna…dont un qui le confondait avec l’humoriste canadien, Anthony Kavanagh ». Si l’écrivain, journaliste et dessinateur humoristique, n’est pas trop emballé par l’idée au départ, le projet se concrétise tout de même malgré le refus de la plupart des chaines télévisées de le financer, à l’exception de France 3.

Denis Robert alterne dans ce documentaire des séquences d’interview non-formelles de lui-même avec Cavanna, deux extraits de ses ouvrages, des passages filmés le jour des obsèques, en janvier 2014, de cet auteur d’une soixantaine d’ouvrages et de milliers d’articles qui disait  » jusqu’à l’ultime seconde j’écrirai ». Cavanna, qui fut d’abord l’âme d’Hara-Kiri et qui affirmait que  » Tous, nous nous trompons » et que c’est pour cela que les journaux satiriques sont nécessaires, pour qu’il n’existe jamais de pensée supérieure, unique…Figure grande gueule qui a ouvert une porte à la critique et qui se battait avec courage du temps de De Gaulle où les journaux trop virulents étaient malmenés:  » le journal satirique est un garde-fou », l’entend-on dire du haut de ses 90 ans. Cavanna,  » ce fils de rital sans diplôme », comme le désigne J.M Laclavetine, si fier de figurer dans la collection blanche de Gallimard. On nous y rappelle sa manière d’écrire dans une  » forme d’oralité » (dixit Pacôme Thiellement) et qui avait le don de synthétiser les choses de façon à les rendre simples.  » Une grande figure paternelle » qui avait beaucoup d’affection pour le  » petit peuple », un gaillard doué pour le cyclisme, à la force physique impressionnante et que le parkinson malmène, les dernières années de sa vie, auquel son dernier ouvrage,  » Lune de miel », adresse un pied de nez.
Dans les scènes filmées de ses obsèques, on entend les discours de ses proches, celui de Charb aussi. On est ému par les quelques mots du dessinateur Bob Siné qui conclut par une boutade qui lui ressemble :  » Mon souhait, ç’aurait été qu’on soit immortel tous les deux…pour qu’on continue à faire chier les gens qu’on déteste ensemble… ».
Ce documentaire a été annoncé comme polémique, notamment parce qu’il évoque les raisons du froid qui s’est installé progressivement entre Cavanna et l’équipe de Charlie Hebdo. Y est révélé que Cavanna, propriétaire intellectuel du titre  » Charlie Hebdo » ne touchait que 0,4% des bénéfices de l’hebdomadaire, ce qui explique qu’à la retraite, n’ayant pas de complémentaire, il continuait à y faire des piges pour vivre assez modestement. Cavanna répond simplement qu’il était en conflit avec eux depuis plusieurs années; il se décrit juste comme « quelqu’un de naïf et qui a fait confiance« . C’est davantage d’autres témoins, comme Delfeil de Ton, qui s’expriment là-dessus. Et au passage, l’ancien directeur avant Charb, Philippe Val et l’avocat Richard Malka sont cités. Dans ce contexte endeuillé,écorcher l’image de certains membres de l’hebdomadaire heurtera sans doute…mais surtout ceux qui aiment construire une vision très manichéenne du monde.

D’un point de vue technique, ce documentaire un peu décousu est décevant : des documents d’époque se succèdent sans trop de liens ni d’organisation thématique, les intervenants choisis ne semblent pas toujours judicieux, les diaporamas de photos sont trop récurrents…bref, peu de fil conducteur…des conversations centrés sur l’écriture, la maladie mais peu sur son rôle à Hara-Kiri, par exemple… l’impression, peut-être erronée, d’un documentaire construit à la va-vite ou dans la précipitation d’une volonté de coller à l’actualité…Si l’on partage l’émotion pour Charlie Hebdo et la volonté de dédier ce documentaire au terrible drame du 7 janvier 2015, il semble que la fin s’éparpille inutilement. Au travers de la figure de Cavanna, au delà des embrouilles financières, on rend déjà hommage à l’âme libertaire et vindicative de l’hebdomadaire…

Cavanna, même pas mort! Une démarche louable sur un personnage aussi singulier que passionnant à voir tout de même pour passer un moment en compagnie d’une grande figure libertaire française.

Cavanna, même pas mort
Un documentaire de Denis Robert

Coproduction : France 3 Poitou-Charentes / Citizen Films / Toute l’Histoire
52 minutes

Crédit-photo: © Arnaud Baumann

-En avant-première au Festival d’Angoulême 2015 le vendredi 30 janvier 2015 à 19h ( Espace Franquin).

– Le samedi 31 janvier 2015 sur l’antenne de France 3 Poitou-Charentes à 15h25.

Le documentaire sera bientôt visible sur Internet.

A noter: une version plus longue ( 100 minutes) sortira au Printemps, lors du Festival de Cannes.

A lire aussi:

Quand Ettore Scola raconte Federico Fellini: un hommage nostalgique d’un maître à l’autre

Enfants des nuages : un désert de conscience, un appel à la reconnaissance

La Maison de la radio : Un documentaire passionnant au coeur de Radio France

Beat Generation : Jack Kerouac, Allen Ginsberg et les autres dans un documentaire

Documentaire : La Vème République et ses monarques

Agnès Varda vue par Julia Fabry

Laissez votre commentaire

Il vous reste

0 article à lire

M'abonner à