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Scènes de la vie conjugale : chroniques avisées d’un amour ordinaire par la Cie tg STAN

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Par Julie Cadilhac – bscnews.fr/ Yohan, Marianne : un couple marié depuis 13 ans, tellement heureux en apparence qu’il provoque l’irritation de leurs amis proches, moins chanceux en amour.  » On a tiré le gros lot à la grande foire aux illusions » badine Yohan face à un public, confident malgré lui…mais pour son plus grand plaisir. C’est en effet de lui-même dont il va s’émouvoir, se moquer, s’indigner au travers de ces deux formidables comédiens de Scènes de la vie conjugale.

Tirée du film suédois d’Ingmar Bergman, sorti en 1973 à la télévision, puis en 1974 au cinéma, cette création théâtrale, en effet, se nourrit de problématiques universelles et a la qualité de ne pas prendre parti. Elle laisse le spectateur observer à la lumière crue des projecteurs le délitement progressif d’une utopie, celle d’une union parfaite et sans nuage.

Comment représenter la désintégration d’un mariage en vingt ans sur un plateau et en six actes ( correspondant aux six épisodes de la série télévisuelle d’origine) ? La compagnie tg STAN en fait une démonstration pertinente avec la matière-texte exquise d’Ingmar Bergman qui observe ,avec autant de tendresse que d’ironie, les travers de la vie à deux. Qu’est-ce qui fait que, pernicieusement, jour après jour, ces parents comblés par leur métier et leurs deux filles, rendent possible l’intrusion d’une tierce personne -ici la jeune Paula- qui fait éclater les illusions que l’on avait jusqu’alors chèrement protégées? Ah! l’amour et ses mystères…ne devrait-on pas en apprendre les règles à l’école? car n’est-ce pas LE sujet qui préoccupe toute notre existence? Nous explique-t-on, par exemple, quand on s’engage à vie, la lassitude possible du sexe sur la longueur qui fait naître des phrases du genre  » Yohan, tu veux qu’on fasse l’amour? »? Eviter de s’engluer dans les habitudes et résister aux attitudes répondant de façon satisfaisante aux normes sociales, familales etc…nous l’a-t-on enseigné? Sait-on ce que peut provoquer un avortement décidé entre deux bières ou un enfant conçu par culpabilité? Nous a-t-on dit qu’il faut pouvoir envisager l’hypothèse que son conjoint éloigne des années de mariage et ses enfants d’un revers de la main pour les beaux yeux d’une jupe qui passe? Comment s’apercevoir peut-être qu’on exploite son sexe au lieu de l’offrir lorsque le piment des premiers temps a disparu? Quand aime-t-on et n’aime-t-on plus? Lorsque Yohan confie à Marianne : « Depuis que j’ai rencontré Paula, d’une certaine façon, je t’aime encore plus », ment-il? Irresponsabilité, égoïsme, étouffement, pression familiale, orgueil…qu’est-ce qui, en sous-main, dirigent nos rapports amoureux?

C’est face au public, avec un naturel et une sincérité désarmante, que nous abordent frontalement Ruth Vega Fernandez ( Marianne) et Frank Vercruyssen (Yohan). Ils incarnent deux êtres ordinaires qui se livrent avec confiance et nous invitent à partager leur intimité. On les voit ainsi s’habiller, se déshabiller, se sustenter, boire un verre, converser, se disputer, se frapper même, et le temps s’écoule en leur compagnie avec une fluidité étonnante. Car ils ne sont que deux et pendant plus de 2h…mais ils sont des miroirs aussi gênants que jubilatoires de nos petites médiocrités et grandeurs quotidiennes.

Jouant sur la polysémie du mot  » scène », la vie quotidienne devient une pièce, les comédiens des personnages, la réalité une illusion et, avec une dérision délicieuse, les acteurs ne cessent de nous rappeler par des apartés, des apostrophes directes au public, des déplacements de décors visibles, que l’on est au théâtre. On « joue » ainsi un dîner en accéléré en citant les didascalies pendant qu’on crée artificiellement une table aux stigmates de fin de repas ou encore on se maquille pendant qu’on narre une dispute qui tourne au pugilat…Avec tout le sérieux et la rigueur du personnage et toute la distanciation du comédien. Sur scène, se construisent ainsi six scènes de scènes de la vie conjugale.

Le public sort ravi, encore étourdi de cet assassinat en bonne et due forme de nos illusions de couple…mais encore décidé, sans doute, à être l’exception qui confirme la règle!

Scènes de la vie conjugale / SPECTACLE EN FRANÇAIS

Texte: ‘Scènes de la vie conjugale’ d’Ingmar Bergman
de et avec Ruth Vega Fernandez et Frank Vercruyssen
avec la collaboration de Alma Palacios et Georgia Scalliet
et aussi de Robby Cleiren, Bob Cornet, Jan Deca, Jolente De Keersmaeker, Mariet Eyckmans, Karin Vaerenberg, Renild Van Bavel, Jan Vancaillie et Thomas Walgrave
Costumes: Ann D’Huys

Technique et production : tg STAN
Coproduction: Théâtre Garonne, Toulouse

Première: 11 avril 2013, Théâtre Garonne, Toulouse

© Dylan Piaser

Dates des représentations:

– Du 15 au 18 jan 2015 – 20.00 à Montpellier – Humain Trop Humain – CDN Montpellier +33 4 67992500

– Du 22 au 24 jan 2015 – 20.30 à Vire – Le Préau +33 2 31 66 16 00 –

– Les 3 et 4 fév 2015 – 20.30 à Brussel – Théâtre Les Tanneurs/ KVS – 02 512 17 84

– Du 11 au 14 fév 2015 – 20.00 – Bordeaux – Théâtre national de Bordeaux en Aquitaine – +33 5 56333680

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