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Gilles Bornais : réflexions sur le couple

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Par Laurence Biava – bscnews.fr/ Le 10ème roman de Gilles Bornais est un formidable polar amoureux qui raconte le parcours d’un homme marié depuis 24 ans, père de deux enfants et à qui tout échappe un vendredi soir, alors qu’il rentre chez lui et qu’il constate que sa femme l’a quitté sans raisons a priori apparentes. Il trouve un mot « je ne rentrerai pas ». Aucune justification.

Naturellement, il nie cette rupture et part à la recherche de sa femme, après avoir étudié quelques potentialités et pistes d’explorations auprès des siens, des collègues et des quartiers du 6ème arrondissement de Paris où le couple avait ses habitudes. Il part même en province tenter de retrouver la trace de la sublime fugueuse. Le roman d’amour assez noir se transforme assez vite en enquête policière et il faut bien dire que le suspense est à son comble. De délaissé, le narrateur devient littéralement perdu. Abandonné Mais même ses enfants n’entendent pas réellement sa souffrance et ne semblent pas en réelle empathie avec lui. Peu à peu, le tableau idyllique du couple idéal, bobo et sans trémolos se fissure et apparaît alors une autre réalité au fur et à mesure que Gilles Bornais distille quelques indices que voulait nier le narrateur. Il y a une cassure de rythme formidable au milieu du livre, ce qui donne à ce livre très bien écrit un dénouement poignant, émouvant et surprenant. .
C’est donc un roman habile sur le couple, ses réflexions et ses contradictions. Le titre est révélateur : l’homme quitté n’a que pour tout argument de défense – J’ai toujours aimé ma femme- et on comprend au travers du livre combien cet aveu éclatant non seulement l’éloigne de la réalité qui le consume, mais l’exonère de toutes erreurs potentielles.
Il lui paraît impossible qu’une femme puisse abandonner un homme qui n’a jamais cessé de proclamer combien il aime sa femme. Il s’est toujours montré d’une irréprochable sollicitude… Il avait le sentiment de faire exactement ce qu’il fallait pour rendre sa femme heureuse. Une thérapeute tente de le mettre face à ses contradictions, et le confronte à son déni. Lui continue à soutenir qu’il a toujours aimé sa femme, et puise dans ce qu’il lui reste peu de force pour progresser dans son enquête, pour entendre un certain nombre de choses qui lui permettent d’avancer vers la vérité. Et d’autres rencontres l’aident à cheminer vers une prise de conscience plus grande. Plus l’intrigue progresse, plus le doute l’envahit. Par rapport à l’éducation de ses enfants, par rapport à la vie en général, son regard sur ce qui l’entoure bascule.
On aime bien ce livre qui aidera plus d’un homme à sortir du déni. On comprend comment une existence peut tout d’un coup sortir de ses rails et connaître un bouleversement profond. Les tares des hommes sont amplement soulignées en ce qu’elles contiennent de réflexes ambigus, leurs faiblesses, leurs failles, leurs préjugés aussi sont passées au scalpel.
En plongeant dans les abysses de la vie conjugale, Gilles Bornais souligne avec malice qu’on ne se méfie jamais assez des conjoints soi-disant exemplaires et par trop démonstratifs de sentiments dont ils se croient sincèrement habités.. De l’exploration à l’introspection, l’exercice stylistique de ce livre savamment mené pénètre des zones interdites qui recèlent la vérité d’une rupture réfléchie et peu anodine.

J’ai toujours aimé ma femme de Gilles Bornais – Editions Fayard – 256 pages – 18 euros

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