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« La Grande Guerre des manuels scolaires » : le colloque international de Pierresvives

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Par Felicia Sideris – bscnews.fr/ A l’occasion du centenaire de la Première guerre mondiale, les Archives départementales de l’Hérault organise un colloque international autour de la thématique « La Guerre des manuels scolaires ». Avec l’intervention de plusieurs universitaires, il sera le lieu de discussions autour de la question de l’influence des manuels scolaires, et donc de l’éducation, dans notre vision de l’Histoire et d’explications sur les différentes visions qui peuvent en exister, en fonction des gouvernements. Les animations artistiques que proposera le festival, tels que des projections de film, des lectures, des rencontres et diverses démonstrations, permettront également de croiser le regard des spécialistes à ceux des artistes et leur vision sensible de la guerre de 14-18. C’est pour en savoir un peu plus que nous avons interrogé Carole Renard, une des organisatrices de l’évènement, archiviste au conseil général de l’Hérault.

L’événement est organisé au sein des archives départementales de l’Hérault. Malgré l’absence de combats sur le territoire, quelles ressources en rapport avec la Première guerre mondiale le public pourra-t-il découvrir?
Le département de l’Hérault, certes territoire de l’arrière, garde néanmoins des traces de ce conflit mondial : visibles, tels les monuments commémoratifs, mais également à découvrir au travers des archives administratives ou privées, et de toutes les mémoires relatives à la vie quotidienne. La tenue de ce colloque sera l’occasion pour les Archives de présenter quelques uns des nombreux et riches documents concernant la guerre 1914-1918. Le public aura ainsi le plaisir de découvrir (ou redécouvrir) les trésors conservés, tels que : les registres matricules militaires pour percevoir le profil sociologique et le parcours militaire des poilus ; des télégrammes de la Préfecture ; des affiches appelant la population à soutenir les soldats sur le Front ; des cartes postales et des photographies (plaques de verre et cartes photo), ainsi qu’un aperçu des émouvantes correspondances entre l’arrière et le Front ….

Plusieurs enseignants universitaires seront présents pour s’interroger sur la question de la place des manuels scolaires dans l’apprentissage historique. Parmi eux sont invités des professeurs d’Angleterre, d’Allemagne et de Russie, mais aussi du Canada et du Congo. Comment justifiez-vous le choix de ces invités?
La guerre ayant été mondiale, il n’était pas souhaitable de limiter l’étude aux manuels français et allemands, même si l’Allemagne tient une place primordiale dans la confrontation. Rappeler aux adultes et aux enfants français que des pays comme la Grande-Bretagne, la Russie, le Canada ont eu un rôle important dans le conflit était nécessaire. Cela permet aussi de croiser les différentes manières dont les pays parlent de la guerre à leur population scolaire, et de rappeler la participation des soldats venus de pays africains.

Trois courts métrages, dont deux films d’animation, seront projetés au cours de la journée de découverte des archives par une centaine de collégiens. Pourquoi avoir fait le choix de l’animation? Pensez-vous que celle-ci puisse être une solution pour expliquer les terreurs de la guerre sans choquer les adolescents?
Nous avons fait le choix de l’animation à partir d’une sélection d’oeuvres établie et proposée par Les Films du Nord, le festival du cinéma d’animation de Bruxelles, Anima Bruxelles, le Festival international du film d’animation d’Annecy et Internationales Trickfilm-Festival Stuttgart. Nous sommes convaincus que l’éducation à l’image commence dès le plus jeune âge et doit s’appuyer sur des films différents de ceux qui sont donnés à voir habituellement. De plus, nous pensons effectivement que le film d’animation est une bonne manière de parler simplement et efficacement de la Grande Guerre auprès d’un public scolaire. Ce n’est pas pour éviter de choquer les adolescents, car même dans le domaine de l’animation les images animées peuvent être tout à fait surprenantes. Cependant, avec notre sélection, nous avons fait le choix de l’émotion et de la sensibilité artistique.

Le public pourra participer à la projection du film Les fragments d’Antonin, de Gabriel le Bomin, dans lequel on découvre un homme dévasté psychologiquement par les terreurs de la guerre. Comment avez-vous sélectionné ce film parmi ceux qui traitent de cette période?
Plusieurs raisons nous ont guidé à sélectionner ce film : le souhait de faire découvrir une fiction moins connue que d’autres, l’expérience du réalisateur Gabriel Le Bomin dans le domaine des archives de la Grande Guerre (il a travaillé à l’ECPAD, le service cinématographique et photographique des Armées) et l’universalité du sujet traité. De plus nous avons la chance d’avoir un collègue qui a travaillé sur ce film comme stagiaire-décoration.

Lors de la table ronde dédiée aux dessinateurs de bande dessinée, quels seront les thèmes abordés?
Seront évoqués le renouveau de la BD, le rôle précurseur de Tardi, le succès de la thématique 14-18 (40 albums aujourd’hui sur ce thème), ainsi que la thématique du corps médical durant la guerre très présent dans le travail de Patrice Ordas.

Les voix de la Grande guerre est un spectacle de lectures des archives. Ce choix est-il une façon de donner la parole, sans aucune altération, à des personnes oubliées ?
Oui et aussi le plaisir de l’exercice (apprendre à lire des archives à voix haute) pour des usagers qui se sont inscrits dans ce projet sur d’autres thèmes aussi.

Les images, mouvantes ou non, dominent la programmation. Diriez-vous que la recherche de la « juste mémoire » ne peut se faire sans la « juste image » ?
Le colloque porte sur les manuels scolaires, qui allient texte et image, selon des proportions variables suivant les époques et les pays. Le message éducatif passe par les deux voies, l’image seule pouvant être sujette à des interprétations erronées.

Entre films, spectacles, bande dessinée, littérature et jeux vidéo, pensez-vous que les arts puissent apporter un autre regard, moins « officiel », sur notre histoire?
La vision des artistes est beaucoup plus sensible, humaine, que celle des archivistes et historiens, qui s’appuient essentiellement (dans ce colloque en tout cas) sur des textes et des faits officiels. La part de fiction, ou de dérision, l’écriture, aident à faire passer la lourdeur et l’absurdité de cette Première Guerre mondiale. L’émotion, réveillée par les images, la musique, le jeu aussi, viennent ici en contribution au rappel historique, pour que chacun appréhende la période avec ses propres sensibilités et connaissances.

La Grande Guerre des manuels scolaires
Du 4 au 6 décembre 2014
Pierresvives – Montpellier

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