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Jonathan Crary : un éloge du repos contre la léthargie de masse

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Par Nicolas Vidal – bscnews.fr / Le titre de l’essai de Jonathan, Crary  » Le capitalisme à l’assaut du sommeil » est à lui seul une source d’interrogation et pose les bases d’une réflexion intense sur l’objet et les perspectives de cet ouvrage. Tout d’abord, qui est Jonathan Crary ? Question cruciale pour mieux comprendre de telles prospectives de démonstration sur un sujet qui ne vient pas spontanément à l’idée, mais qui va se révéler au fil de la lecture comme une question essentielle que la plupart d’entre nous pourrait ou/et devrait se poser.

Jonathan Crary, lit-on, enseigne l’histoire de l’art et d’esthétique dans la prestigieuse université de Columbia à New York. Déjà le propos se raffermit et l’argumentation pourrait nous titiller un peu plus en profondeur.

Pour s’attaquer frontalement au sujet de cet essai, Jonathan Crary part du constat que le temps laissé au repos et plus particulièrement au sommeil est de plus en plus mis en danger par une suractivité imposée par la société qui s’apparente à une anormalité et à un asservissement  » Un environnement 24/7 présente l’apparence d’un monde social alors qu’il se réduit à un modèle asocial de performance machinique – une suspension de la vie qui masque le coût humain de son efficacité ».
Jonathan Crary ne met pas longtemps à pourfendre le capitalisme, coupable désigné de ce qu’il appelle le 24/24 qui présente la caractéristique suivante : « Dans le paradigme néolibéral mondialisé, le sommeil est fondamentalement un truc de losers ». C’est dit. Voilà l’ennemi est clairement identifié. Jonathan Crary explique que le fait que l’individu soit sans cesse poussé à être connecté, en permanente communication tend à effacer les frontières naturellement créées entre la sphère privée et professionnelle, entre le temps de l’activité et le temps du repos allant même jusqu’à remettre en cause le phénomène de balancier naturel entre le jour et la nuit.
Jonathan Crary s’empresse de s’appuyer sur l’idée de Marx qui dit en substance que« le sommeil est une barrière naturelle dressée face au capitalisme». L’auteur poursuit son propos en insistant sur le fait que «La planète se trouve réimaginée comme un lieu de travail continu ou un centre commercial ouvert en permanence, avec ses choix infinis, ses tâches, ses sélections et ses digressions».

Après Karl Marx, Jonathan Crary en appelle à Hannah Arendt pour aborder un des points les plus passionnants de cet ouvrage, la nécessité de la sphère privée pour la réalisation de l’individu que la philosophe appelait  » les ténèbres de la vie privée  » sans lesquelles « il n’y aurait plus la moindre possibilité de nourrir la singularité du moi, un moi capable d’apporter une contribution significative aux échanges qui ont trait au bien commun » poursuit l’auteur.

L’essai de John Crary est un ouvrage bien documenté et fort intéressant en tant qu’éloge du repos contre « la léthargie de masse ». De nombreuses références jalonnent l’argumentation et l’on prend plaisir à le suivre dans la structure de son plaidoyer pour le sommeil. Passionnant.

24/7 – Le capitalisme à l’assaut du sommeil
de Jonathan Crary
 – Zones
Editions La découverte
15,00 € – 144 pages
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Grégoire Chamayou

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