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Gone Girl : la dissection post-mortem d’un mariage au goût d’inachevé

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Par Mélina Hoffmann – bscnews.fr/ Avec David Fincher aux commandes, on est tenté d’embarquer les yeux fermés et de s’accrocher bien à nos fauteuils. Pas sûr pourtant que ce Gone Girl fasse décoller tout le monde…Si ce film, encensé par la critique, est bon, captivant et habilement construit et qu’on ne s’ennuie pas tout au long de ces 2h29- malgré la longueur de certaines scènes – , il y a quand même de nombreux « mais ».

Amy et Nick forment le couple idéal : beaux, jeunes, brillants, riches et fous amoureux l’un de l’autre. Enfin, en apparence. Au matin de leur cinquième anniversaire de mariage, Amy disparaît sans laisser de traces, ou presque. Dans la maison de cette petite ville du Missouri, tout est en ordre, hormis la table basse du salon renversée et du verre brisé. Les jours passent. L’attitude maladroite et l’absence totale de panique dont témoigne Nick font rapidement de lui le principal suspect. Où est Amy ? Les médias s’emparent avec une passion déraisonnée de l’affaire jusqu’à en faire un véritable phénomène national. Mais tandis que tout l’accuse et que l’étau se resserre sur lui, Nick décide de mener sa propre enquête. Il réalise alors peu à peu que la femme qu’il a épousée est loin d’être celle qu’il croit…
Cette adaptation du polar de Gillian Flynn, Les Apparences, nous plonge dans une atmosphère froide où tout n’est que faux-semblants, ambiguïtés et désillusions. Le film entier est construit de telle sorte que le décor s’effondre, se désagrège, élément par élément, pour révéler la face sombre et pourrissante des choses. La première partie se nourrit de nombreux flashbacks qui nous dévoilent peu à peu les coulisses de ce couple et les états d’âme d’Amy. Instabilité, manipulation, duplicité : le thriller psychologique prend largement le pas sur le film policier que nous promettait la bande-annonce, et c’est finalement très bien comme ça. Néanmoins, David Fincher ne réalise pas ici son meilleur film. En effet, l’ensemble du scénario et certains rebondissements en particulier sont difficilement crédibles, et le tout manque clairement de passion et de profondeur, à l’image des deux personnages principaux. Si Rosamund Pike est excellente dans le rôle de la belle, brillante mais glaciale et secrète Amy, c’est un Ben Affleck plat, ennuyeux et presque agaçant que l’on retrouve dans le personnage de Nick, américain moyen loin d’être un mari modèle. Du coup, on ne s’attache ni à l’un ni à l’autre, ce qui rend l’impact émotionnel du film quasi inexistant. On se retrouve face à la dissection post-mortem d’un mariage, presque comme si nous étions dans un laboratoire. De fait, on peut dire que l’affiche du film est un avant-goût parfait de ce que l’on va – et surtout de ce que l’on ne va pas – ressentir une fois installé dans la salle de cinéma.

A noter également que certains éléments du film n’ont pas du tout été exploités, ce qui questionne sur l’intérêt de les mentionner, et laisse un goût d’inachevé. C’est le cas notamment pour la relation extra-conjugale de Nick dont il est brièvement question, ou encore de la scène dans laquelle nous découvrons un grand centre commercial désaffecté que les sans-abris ont pris pour refuge, et qui témoigne une nouvelle fois de ce que les apparences peuvent dissimuler d’indésirable. Des éléments qui apparaissent… puis s’évaporent aussi vite avec leur potentiel d’intrigue et de rebondissements. Dommage. A contrario, le portrait critique des medias sur-présents dans la société, et de l’impact potentiellement destructeur des chaînes d’info en continu, frôlent à certains moments la caricature. De même pour le portrait sans nuance qui est fait du mariage et auquel le réalisateur ne laisse aucune chance, le décrivant clairement comme le cancer du couple.
Alors au final, est-ce que Gone Girl est un bon film ? Oui. Oui, mais.

Gone Girl
Réalisé par David Fincher
Avec Ben Affleck, Rosamund Pike, Neil Patrick Harris

Sortie en salle le 24 septembre 2014.

> Le site officiel du film

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