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Radhika Jha : « Le désir peut-il être la cause de toutes nos souffrances ? »

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Par Félix Brun – bscnews.fr/ Crédit-photo ©samuel kirszenbaum/  » Je n’existe que si je porte au moins un vêtement neuf » : Kayo donne ainsi sa seule raison de vivre, d’exister dans ce Japon aux multiples facettes où « aucune femme convenable n’épousera un homme sans avenir », où la sécurité qui y règne, « c’est à cause des voisins. Ils sont vos policiers, vos juges et vos geôliers. Mais par-dessus tout ils sont vos maîtres. Ce qui nous oblige, nous autres japonais, à respecter les règles, c’est la honte que nous éprouvons quand nous nous faisons surprendre à désobéir à nos maîtres. « 

Ce Japon de la compétition dès le plus jeune âge qui force les enfants à être les meilleurs dans tous les domaines, et où les femmes sont mères au foyer ou condamnées à des seconds rôles dans l’attente d’épouser le mari qui va l’entretenir ; ce Japon qui convoite l’occident, et qui tombe dans la nouvelle épidémie contemporaine de la confusion entre le bonheur et l’achat compulsif ; ce Japon perdu dans ses contrastes des temples, des jardins zen, des salles de jeux, des yakuzas et des geishas. Dans cet environnement, Kayo va intégrer la spirale infernale de l’achat compulsif obsessionnel :  » Le problème avec les belles choses, c’est que quand on en possède une, on en veut deux, et quand on en a deux, on cherche à en avoir une troisième. Car la faim des yeux ne connait pas de limites. A la différence de la bouche à laquelle est attaché un estomac, les yeux ne sont qu’une ouverture. Derrière, il y a le placard sans fond de l’esprit. » Kayo est entourée de drôles de voisin, d’une drôle de mère, engoncée dans des principes désopilants comme le culte du pied et de la chaussette blanche : « Les pieds sont le miroir de l’âme. C’est pour cette raison que l’on ne doit jamais montrer ses pieds nus. » Cette frénésie de la beauté, du luxe, des vêtements griffés, des accessoires des grandes marques, entraine Kayo dans le tourbillon de l’endettement, auprès de prêteurs sans scrupules et sans humanité : « L’endroit sentait la nourriture avariée et les rêves brisés «  Cette pernicieuse avidité d’argent pour rembourser les sommes empruntées conduit Kayo à la prostitution de luxe : « Quand on se rend compte qu’on est prêt à tout pour de l’argent, alors on est en passe de devenir pareil au lotus-pur et d’une beauté exquise dans sa partie visible, mais les pieds fermement enfoncés dans la fange. »
Jusqu’où ira Kayo, pourra-t-elle se guérir de ce mal, de cette nouvelle épidémie contemporaine, elle pour qui « cette envie nous pousse à acheter et acheter encore, et les liens qu’elle crée sont plus puissants que l’amour  » ? Avec une écriture sensible, émouvante, ciselée, aux métaphores très choisies, Radhika JHA nous fait découvrir le monde du culte du luxe, de l’illusion des paillettes, de la paranoïa de l’apparence ; elle a choisi le Japon pour toile de fond, mais cela aurait pu être New-York, Paris, Londres ou ailleurs…

La beauté du diable
Editions Philippe Piquier
de Radhika Jha
Pages: 276
Prix: 19, 50 euros

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