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Rentrée littéraire : la roulette russe

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Par Emmanuelle De Boysson – bscnews.fr / Oh ! On ne saura jamais les « vrais » chiffres des ventes, on bidouillera, on fanfaronnera, on a sa fierté. La plupart des critiques littéraires se tortilleront pour dire tout le bien qu’ils ne pensent pas des journalistes-écrivains : on ne dégomme pas un confrère, surtout s’il peut vous renvoyer l’ascenseur.

Seuls quelques rares francs tireurs se lanceront dans « une descente » vite noyée dans le flot de compliments. Ainsi va le petit monde de l’édition. Dans « Le Postillon » du Point, Eric Naulleau a dégainé le premier. «Nothomb, une peluche mangée aux mites», «Les pétards mouillés de Beigbeder». Dans « Le Monde », Eric Chevillard a été plus direct : « Frédéric Beigbeder ne se mouche pas du pied – sans doute parce qu’il est chaussé de gros sabots et qu’il risquerait donc de se faire mal ». Tout ça pour nous raconter sa rencontre avec sa future femme sur une chanson de Céline Dion ! Sans risques, « L’Obs » a fait un grand dossier sur « une rentrée historique » « Le genre biopic est-il en train de d’envahir la littérature française ?». « Frédéric Beigbeder ne se moque pas du lecteur. La liste des romans qu’il a consultés montre qu’il a âprement travaillé son sujet. Le tout lui servant à faire monter le crème chantilly… » À lire entre les lignes. Excellent, le papier de Grégoire Leménager sur les « Mémoires de Carla B », de Patrick Besson, refusées par Plon, atterri au Rocher. « Du Besson pur sucre, avec gags cyniques, des dialogues qui crépitent comme des feux de Bengale ». Il s’amuse, Besson, ce hussard sur le toit, il s’en fiche, il a tellement de facilité, il surfe, carambole, dézingue, fait partager ses passions (ici pour Frédéric Berthet). Il a sa petite musique, on l’entend se marrer derrière chaque phrase, il ne prend pas la littérature au sérieux et ça fait un bien fou. Il est notre Bernard Frank. Jérôme Garcin a eu raison de choisir comme coup de cœur « Une éducation catholique » de Catherine Cusset (Gallimard). Enfin, une autobiographie où la romancière se dévoile, sans paravent. J’avais beaucoup aimé ses « Confessions d’une radine ». Cela dit, je n’ai pas lâché « Une vie à soi » de Laurence Tardieu (Flammarion). Me suis plus attachée à ses souvenirs pleins de larmes et de soupirs qu’à l’évocation de sa « jumelle » miroir. Quant au pavé d’Emmanuel Carrère, s’il a suscité des dossiers sur l’éternelle question du bien-fondé des religions, il a le mérite d’une certaine franchise : pas évident d’avouer sa fascination pour la foi aujourd’hui. Par chance, Carrère ne tombe pas dans le radicalisme et les verdicts à l’emporte-pièce d’Onfray. S’il s’interroge, il reste indulgent, en quête de sens, de retour aux sources, mais de là à comparer les premiers chrétiens à des zombies, à une histoire de science-fiction, c’est de la pure provoc. Reste que son « Royaume » (P.O.L) a des chances de décrocher la timbale du Goncourt. En plus, Carrère est russe et il se pourrait bien que la roulette s’arrête sur lui.

Parmi mes favoris de la rentrée : « L’amour et les forêts » d’Eric Reinhardt (Gallimard). Le merveilleux portrait d’une Bovary, un amour à l’image d’une forêt, le temps d’une saison flamboyante. Après « Les lisières » le Malouin, Olivier Adam met cap vers le Sud, non pas celui des vacanciers ou des retraités friqués, mais celui de l’envers du décor, des femmes de ménage, plombiers, serveurs, chômeurs, pères absents ou violents, mères célibataires, couples en crise, tous avec leur « Peine perdue » (Flammarion). Olivier Adam peint une humanité désemparée que traversent des lueurs de courage, de solidarité. Rien n’est perdu en ce bas monde. Autre chouchou, « Le triangle d’hivers » (Minuit) de Julia Deck. Après « Vivianne Élisabeth Fauville » qui avait tué son psy, cette romancière amoureuse des ports, plante une femme endettée qui, pour trouver un job, emprunte l’identité de la romancière Bérénice Beaurivage. Un inspecteur, une journaliste en prime : voilà les épices du triangle de la passion cher à Stendhal, objet de tous les fantasmes. Un zeste de folie, une écriture blanche, Julia Deck s’inscrit dans la veine de Marguerite Duras, elle ose, elle dérive, elle suggère, elle dit l’indicible. Elle dit.
Pas sûr qu’ « On ne voyait que le bonheur » (Lattès), de Grégoire Delacourt ait le succès de « La liste de mes envies ». Le bonheur a fait l’objet de trop d’essais, de trop de romans : il s’épuise ! On dit même qu’« Une autre idée du bonheur », de Marc Levy a moins bien marché que les précédents. Dieu sait si la mise en place a été ambitieuse.
Ah ! La hantise des retours, du pilon, cette machine à broyer si bien vue dans « Le liseur de 6H27» de Jean-Paul Didierlaurent (Au Diable Vauvert). Le cimetière des livres recyclés en papier mâché, boules de gommes, carton-pâte et serpentins. Là où finira une grande partie des ouvrages de l’automne, feuilles mortes balayées par la brise. Autant en emporte li vent, comme disait l’immense poète canaille, François Villon.

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