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Les photographes de Circulation(s) s’invitent à l’exposition WAVE : regards sur un monde meilleur

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Par Elodie Cabrera – bscnews.fr/ Jusqu’au 5 octobre 2014 au Parc de La Villette, l’exposition WAVE célèbre « l’ingéniosité collective ». Imaginé et financé par la banque BNP Parisbas, cet événement présente vingt projets innovants, développés aux quatre coins du monde et adaptés aux problématiques locales. Douze photographes ont illustré ces révolutions en marche.

« Inventer, c’est penser à côté ». La citation, signée Albert Einstein, trône dans le hall d’exposition, épinglée juste au-dessus du projet de Jack Andraka, collégien américain et génie précoce. À seulement 15 ans, il a inventé le premier test de dépistage pour le cancer du pancréas, aussi fiable que bon marché. Depuis la bouille du jeune ado à la mèche rebelle a fait la Une des revues scientifiques et de la presse internationale. De cette soudaine notoriété, la photographe Suzanna Pozzoli n’a que faire. Fidèle au dicton d’Einstein, elle a choisi de montrer les « à-côtés », l’écosystème qui a vu germer cette révolution médicale. Pendant trois jours, cette trentenaire a vécu au sein de la fratrie Andraka dans leur maison californienne. « Ils ont une vie très simple mais ils ont su inculquer à leurs enfants les valeurs d’effort et de travail, leur donner confiance en eux.» Son reportage est une série sur la vie ordinaire d’un garçon hors norme. On y croise une chambre un peu bordélique, des scènes de vie touchantes, quelques origamis, des photos jaunies et d’autres plus récentes comme celle où Jack, tout sourire, serre la main de Barack Obama. « Il n’a pas le culte de la personnalité. Tous les magazines qui parlent de lui sont entassés dans des cartons », assure Suzanna dans un délicieux accent italien.

Le désintéressement personnel au profit d’une communauté, l’action conjointe dans un monde secoué par les mutations économiques et sociales afin de trouver des solutions d’avenir, voilà le moteur de l’ingéniosité collective. Faire mieux avec moins. Que ce soit en Amérique du Sud ou en Afrique, qu’il s’agisse d’une grande entreprise qui loue son matériel agricole aux petits producteurs ou du célèbre site de covoiturage Blablacar.com, ici on préfère l’accès à la propriété, la satisfaction du plus grand nombre à celle d’une poignée d’individus. Pour patiner l’ingéniosité d’une touche artistique, l’événement WAVE a donc sollicité une structure partageant ses convictions : l’association Fetart et son festival Circulation(s), dédiés à la jeune photographie européenne.

Un casting léché

Marion Hislen, directrice du festival, a pioché dans son carnet d’adresses pour désigner douze photographes prêts à relever le défi : le duo Hahn et Hartung, Thomas Vanden Driessche, Patrick Willocq, Carlos Ayesta, Per Johansen, Julien Taylor, Thomas Jorion, Valentine Fournier, Sandra Birke, Suzanna Pozzoli et Lionel Pralus. « Chacun a été sélectionné pour sa connaissance du territoire géographique ou son affinité avec les sujets proposés.»

Pour ce casting, Marion Hislen a eu du flair. Dans son approche de La Paillasse, un lieu d’échange et d’expérimentions parisien entre chercheurs et amateurs, Lionel Pralus joue avec la lumière en étirant les temps de pose. Les faisceaux lumineux dessinent des traînées et enveloppent d’une aura mystique cet espace de co-réflexion. En Suède, l’artiste Per Johansen a réalisé une série de portraits où des personnes atteintes d’autisme posent en athlètes, altères à bout de bras. Ce regard décalé, drôle, à l’opposé du misérabilisme, colle parfaitement au combat de Specialisterne : l’handicap est aussi une force.

«On leur a demandé de conserver leur état d’esprit et leur touche artistique, explique Marion Hislen. Patrick Willocq, par exemple, a réalisé un très beau travail de mise en scène propre à son univers». Le photographe français, récompensé par le prix AFD 2012 (Agence Française de Développement) et salué cette année aux Rencontres d’Arles, est un conteur de la photographie. Avec son oeil bienveillant, sa maîtrise de la composition et des couleurs, il a imaginé des saynètes illustrant l’histoire de La Laiterie du Berger. Cette usine sénégalaise valorise la production du lait et améliore les conditions de vie des éleveurs peuls, alors que le pays importe 90% du lait qu’il consomme sous forme de poudre. Un cliché reprend notamment toute la chaîne de production, de la famille d’éleveurs posant aux côté de sa vache jusqu’au consommateur, verre blanc à la main, en passant par les ouvriers de l’usine et le vendeur et ses bidons, le tout avec la savane en arrière plan.

Une vague de liberté artistique

Il est pourtant des initiatives difficiles à mettre en image puisque entièrement tournées vers les réseaux sociaux. En une décennie, ils sont devenus l’un des plus importants leviers en matière d’ingéniosité collective. Adepte de la photographie d’auteur, Thomas Vanden Driessche s’est confronté à l’exercice avec brio. Ce belge a réalisé trois sujets, tous en Inde. Pour le site Ipaidabride.com (traduction : j’ai payé un pot de vin), une plateforme où les internautes victimes de corruption partagent leurs expériences, ce dandy débonnaire a sélectionné quatre témoignages. Chacun s’articule autour d’un quatuor d’images : un individu de dos, une somme d’argent coincée dans un journal ou déposée sur une étagère, un ordinateur et un lieu à la fois représentatif de la fraude et anonyme afin de «protéger ceux qui osent parler. » Sur l’ensemble de son travail, on retrouve une sensibilité pour les tons pastels et un penchant pour le séquençage d’une histoire. Il s’est également rendu dans une école indienne qui met à disposition des élèves un micro-ordinateur, le moins cher au monde (35 dollars), contenant l’intégralité des cours en ligne proposés par la Khan Academy sans qu’ils aient besoin d’un accès internet. « J’ai demandé aux enfants de poser avec leur ordinateurs et d’écrire une lettre pour se présenter et raconter leurs rêves d’avenir. La photo et le texte fonctionnent en diptyque afin de créer un lien entre l’objet et le champ des possibles qu’il offre à ces écoliers. »

Mais une fois le sujet bouclé, les représentants de BNP Paribas ne semblent pas vraiment convaincus du résultat. « Marion Hislen et l’association Fetart se sont véritablement battus pour défendre nos choix artistiques et mon sujet a été accepté tel quel, assure-t-il, reconnaissant. À aucun moment nous n’avons été en contact avec la banque. Cela nous a permis de nous consacrer entièrement au terrain. C’est très rare d’obtenir une commande avec une telle liberté. » Seul bémol selon lui, la quasi-exclusivité du géant financier sur la diffusion des photoreportages. Cependant, grâce à WAVE, les photojournalistes ont obtenu un cachet leur permettant d’envisager de nouveaux projets personnels et l’édition 2015 du festival Circulation(s) est entièrement financée. Au-delà, c’est une vingtaine d’innovations qui ont bénéficié du regard d’artistes-photographes. « Inventer, c’est penser à côté », disait Einstein. Décentrer son sujet pour mieux le mettre en valeur, un des fondements de la photographie.

Wave : Exposition gratuite et ouverte à tous


Du 10 septembre au 5 octobre 2014 au Parc de La Villette, devant La Géode ( 
211, avenue Jean Jaurès 75019 Paris)
Du lundi au dimanche (fermé le mardi) de 11h30 à 19h, et en nocturne le vendredi jusque 22h

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