La crise de la quarantaine décortiquée à la mode ibérique

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Par Florence Gopikian Yérémian – bscnews.fr/ La plupart des films contemporains espagnols possèdent un côté brut et décomplexé qui amuse et surprend les spectateurs. Le nouveau long métrage de Cesc Gay n’est pas dans la lignée de ce cinéma post-Almodovar qui tourne tout à la dérision et sort trop souvent la carte de la provocation sexuelle. Son approche est beaucoup plus fine mais tout aussi séduisante car elle apporte au scénario une profondeur psychologique et une sensibilité proche de la pudeur.

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L’histoire en est simple: huit hommes doivent affronter la crise de la quarantaine avec les moyens du bord. Dans cette quête identitaire, ces messieurs vont non seulement remettre en cause leur rôle d’époux ou de célibataire endurci mais ils vont aussi avoir à cogiter sur l’évolution de leur masculinité au coeur d’une époque qui revendique haut et fort la toute puissance de la parité.
A travers huit destins parallèles, Cesc Gay s’amuse subtilement à révéler l’égarement et l’anxiété de ces quadragénaires. Dans un mélange d’humour et de compassion, il croque leurs émotions branlantes autant que leurs incertitudes. La plupart de ses protagonistes ont la nostalgie du lycée, des amours faciles et des virées entre copains, mais le réalisateur les remet tous en place en leur montrant que le temps de l’insouciance est bel et bien terminé : ces pauvres quadra du XXIe siècle ont à affronter un travail abrutissant, des épouses émancipées et des enfants égoïstes … La plupart sont d’ailleurs divorcés ou en instance de divorce pour cause d’adultère. D’un côté, il y a les maris trompeurs éjectés hors du foyer et de l’autre, les cocus qui tentent de comprendre ce qui leur arrive en tournant en rond : dans les deux cas, ces amants sont malheureux car, pour eux, il est aussi difficile de porter des cornes que de résister à toutes les belles créatures déambulant sur terre.
Afin de faire face à la déprime qui les guette, certains ont opté pour le psy, d’autres ingurgitent des billes homéopathiques, d’autres encore font du footing trois fois par semaine; et puis, il y a ceux qui s’effondrent et finissent par panser leurs plaies à l’alcool fort…
A travers ce bel échantillon de figures masculines, le réalisateur a l’audace de révéler une facette habituellement cachée et préservée des hommes: en les laissant parler sans honte ni inhibition, il lève le voile non seulement sur leur fragilité mais aussi sur la part de « féminité » qui les constitue. A bien les écouter, on se rend compte que ces messieurs cachent un coeur et beaucoup de sentimentalité derrière le visage viril qu’ils laissent éternellement apparaître. Certains savent même pleurer, comme nous le prouvent les belles larmes du si séduisant Leonardo Sbaraglia!
En nous faisant ainsi partager l’intimité et les discours secrets de ses protagonistes, l’oeuvre de Cesc Gay risque de séduire beaucoup de spectatrices, d’autant plus que les acteurs du film ont été superbement choisis. Loin du traditionnel cliché du « macho latino et exubérant », il nous offre une palette de profils attendrissants, drôles et délicats. Entre Ricardo Darin tristement cocufié et Edouard Fernandez vacillant au bord du gouffre, il dessine une galerie de caractères aussi authentiques les uns que les autres; il y a, bien sur, quelques crapules, des lâches, des lubriques, des jaloux, mais dans l’ensemble ce sont de chics types qui prennent enfin le temps de se confier ou de penser à voix haute.
Afin de mettre en voix leurs doutes et leurs réflexions, Cesc Gay à opté pour un texte feutré et des dialogues se déployant par petites touches. Entre les situations loufoques et les rebondissements successifs, sa mécanique scénaristique est également parfaitement rodée et nous permet de passer d’une histoire à l’autre avec une grande fluidité. En écoutant toutes ces conversations privées prenant place sur des bancs publics, on a l’impression de reconstituer pas à pas un immense puzzle dont l’image définitive serait, en fin de compte, un portrait d’Adam dans toute sa complexité!
Même si l’on aimerait un dénouement plus percutant, nul doute que ce film charmera beaucoup de demoiselles par sa justesse et sa sensibilité. Les hommes, quant à eux, ne demeureront pas en reste face au superbe trio d’actrices impliquées dans ces potins très masculins: impossible de résister à l’arrogance de la piquante Candela Péna !!

Les Hommes, de quoi parlent-ils ?
(titre original: Une pistola en cada mano)
Un film de Cesc Gay
Espagne – 2012- 1h35
Ricardo Darín, Luís Tosar, Javier Cámara, Eduardo Noriega, Eduard Fernández, Leonardo Sbaraglia, Jordi Mollá, Alberto San Juan, Leonor Watling, Candela Peña, Cayetana Guillén Cuervo, Clara Segura
Sortie nationale : le 9 juillet 2014

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