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Etat de siège : une fable camusienne qui décrypte la mécanique des régimes totalitaires

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Par Florence Gopikian Yérémian-bscnews.fr/ L’action se passe dans un pays civilisé. Un gouverneur s’est accaparé le pouvoir jusqu’à ce qu’une entité plus opportuniste que lui le renverse et prenne sa place.

Cette entité despotique est pire que toutes les autres car elle n’autorise aucune résistance. Sans raison, elle tue, contamine, coupe une ville du monde et la décime. Son titre est commun et pourtant des plus terribles, elle se nomme « la Peste ». Caché dans le corps d’un homme démoniaque, ce fléau sur pattes instaure en un rien de temps son sinistre ministère et se répand insidieusement au sein de toute la population. A coup de recensements, les morts se succèdent, les fossoyeurs prospèrent, les dénonciations se multiplient et l’angoisse se déploie dans tous les esprits! Au cœur de ce chaos épidémique, seul Diego semble pouvoir résister. Du haut de sa jeunesse révoltée et insouciante, il ose s’opposer à cet état de siège pour une simple raison : il n’a pas peur de la mort ! Narguant les certificats d’existence, les réquisitions, les « concentrations », il s’élève contre cette calamité funèbre, quitte à périr un jour , mais pour la liberté!

La mise en scène de cette œuvre théâtrale d’Albert Camus est construite sur une succession de tableaux aussi survoltés les uns que les autres. Charlotte Rondelez a opté pour un parti pris formel assez intéressant : ses acteurs passent alternativement du statut d’hommes à celui de petites marionnettes afin de symboliser la manipulation des êtres humains par le fléau de la Peste. Cette dernière est diaboliquement interprétée par le comédien Simon-Pierre Boireau : le sourire narquois et le crâne rasé de près, il personnifie l’épidémie avec autant de cynisme que d’insolence. On aimerait d’ailleurs le découvrir encore plus machiavélique et surtout éviter de le voir danser le Charleston : c’est un divertissement qui ne sied nullement à un tel bourreau ! A ses côtés, Céline Espérin piétine la scène et les cadavres sous les traits d’une secrétaire aussi inflexible que séduisante. Tirée à quatre épingles dans son tailleur noir, elle a l’œil mauvais, le geste hyperactif et elle submerge le public de sa distinction macabre. Dans un tout autre registre, le jeune Adrien Jolivet tient avec aisance le rôle de Diego. Se coulant dans ce profil héroïque de « résistant en tongues », il possède une authenticité et une assurance scénique qui nous laissent déjà entrevoir un grande figure théâtrale de demain.
D’un point de vue thématique, le propos anti-totalitariste de la pièce est devenu un peu trop commun pour notre époque. La portée d’une œuvre comme Etat de Siège est toujours universelle mais elle a bien moins d’impact aujourd’hui qu’après la seconde guerre mondiale. Lorsque Camus a écrit cette pièce en 1948, il y critiquait à mots-couverts le franquisme et la dictature d’Hitler. Un tel discours se fond à présent dans une dénonciation généralisée de tous les régimes totalitaires. Même si l’écriture camusienne est très belle, la gravité de son sujet perd aussi en puissance à cause de la mise en scène excessivement burlesque de Charlotte Rondelez. Il faut cependant admettre que l’interprétation totalement déjantée des six acteurs marionnettistes permet de remettre au gout du jour une œuvre trop peu connue du grand public.
Etat de Siège? Une farce dénonciatrice à l’humour nerveux et épidemique.

Etat de siège
D’Albert Camus
Mise en scène de Charlotte Rondelez
Avec Simon-Pierre Boireau, Claire Boyé, Benjamin Broux, Céline Espérin, Adrien Jolivet et en alternance Antoine Seguin ou Paul Canel

Théâtre de Poche Montparnasse
75, boulevard du Montparnasse – Paris 6e

Du mardi au samedi 19h
Le dimanche 17h30
Réservations: 0145445021

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