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Une séparation…d’une rive à l’autre

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Par Laurence Biava – bscnews.fr/« Une séparation » est la dernière pièce de Véronique Olmi dont le théâtre, de Chaos debout, à Mathilde, est monté en France et à l’étranger par les plus grands metteurs en scène, et couronné par de nombreux prix.

«Cela va vite, une séparation. Il suffit d’un mot pour défaire des mois, des années d’amour, c’est comme dynamiter sa maison, on craque une allumette, et tout s’effondre ». 

Cette courte pièce raconte dans un dialogue ininterrompu la rupture qu’entament un homme et une femme d’une quarantaine d’années après un long bout de chemin passé à vivre ensemble. C’est la femme qui, un matin, raconte pourquoi elle s’est levée avec la ferme intention d’écrire une lettre de rupture. L’homme reçoit la lettre et refuse la séparation. S’enchaînent les évocations multiples et variées de situations vécues à deux, les bribes de dialogue, les colères : les reproches fusent, avec son lot de bons et mauvais souvenirs, et les signes avant-coureurs qui peuvent expliquer et justifier pour la femme, la séparation, et la peur pour l’homme de se voir ainsi quitté sans raison à priori valable, obligé de se retrancher seul, avec un système de défense moribond, sont légion. L’un et l’autre finissent par se dire, par s’écrire, par s’avouer pourquoi ils se sont aimés, pourquoi ils se quittent, comme s’ils se livraient une dernière bataille, perdue d’avance, on s’en doute.
« Nous aurions du mettre autant de soin à vivre ensemble, que nous en mettons à supporter l’absence. Jamais nous ne nous sommes écrit. Jamais nous ne sommes adressés à l’autre avec autant de précautions ».

Le tour de force de Véronique Olmi est d’explorer le sentiment amoureux dans toute sa globalité, sa passion et sa palette de sensations, du moment où l’amour naît jusqu’à celui où il s’éteint. Sans ne jamais tomber dans la caricature facile ou la comédie vaudevillesque de circonstance, l’auteur nous entraîne dans les méandres de la solitude, de la crainte d’être abandonné : les postures de façade des uns et des autres sont passées au scalpel…Jusqu’au jour où tout explose et vole en éclats. La faute à l’inattention que l’on se porte, aux réflexes conditionnés, à l’habitude qui nous habite… Les mots de Marie résonnent comme une fin nécessaire, irréversible.. Chaque lecteur se retrouve en Paul, chaque lectrice en Marie, et si possible, chacun se lit dans les deux protagonistes. Pour ceux qui ont déjà aimés, le contraire est impossible. La beauté de ce texte réside aussi dans l’espoir et l’espérance qu’il convoque au sein de toute conjugalité. Être libre ensemble, est-ce possible ou non ? Ici, les anciens amants sont en quête de devenir. Ils vont se laisser une seconde chance. Envisager la séparation était une manière de se prouver à soi et à l’autre l’essence et le but de son existence. Une lettre, deux lettres, des hôtels à Nice, et Marie est en quête de repères, d’empreintes, de retrouvailles… Comment dire que la séparation est une petite mort qu’il est impossible d’envisager sans éprouver le sentiment de se perdre totalement. D’être anéantis par le chagrin.

Un grand petit livre. Déchirant. Décapant.

Une séparation
Véronique Olmi
Editions Albin Michel
71 pages

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