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Beauvoir in love

Irène Frain et l’aventure numérique « Beauvoir, l’enquête »

Propos recueillis par Emmanuelle de Boysson – bscnews.fr/ crédit photo ®/ Irène Frain a choisi le numérique pour faire paraître sur IPAD «Beauvoir, l’enquête», les coulisses de son livre, «Beauvoir in love » paru chez Michel Lafon, récit de la folle passion de Simone de Beauvoir et de l’écrivain américain, Nelson Algren. Elle nous explique pourquoi ce choix. Et pourquoi elle y croit.

propos recueillis par

Pourquoi avez-vous décidé de vous aventurer vers le numérique pour « Beauvoir Enquête » ? Qu’apportez-vous de nouveau par rapport à votre livre ?
Parce que les écrivains sont toujours allés là où les bonnes âmes leur ont dit qu’ils n’avaient rien à faire : là-bas, ils ont tout à faire! J’ai donc décidé de m’aventurer dans le « là-bas » du numérique. Et en quelques semaines, il est devenu mon « ici ». L’idée était de raconter les coulisses d’un des mes livres, « Beauvoir in love », récit de la folle passion qui, à l’aube des années 50 et dans un décor de roman noir, attacha Beauvoir à l’immense écrivain américain Nelson Algren. Pour écrire mon livre, j’avais enquêté entre Paris, Chicago et les archives d’une université de l’Ohio. J’avais vite accumulé un trésor de pépites documentaires inconnues filmé, photographié, enregistré, noirci sur le vif des pages d’esquisses et de notes. Et vécu un véritable petit polar littéraire, car la vraie histoire des amants ne coïncidait jamais avec la version officielle, celle qui faisait de Sartre le seul vrai grand amour de Beauvoir. Mais non ! Même après leur rupture, et jusqu’à sa mort, l’ardente Simone n’a cessé d’aimer Nelson. Bien entendu, elle le niait farouchement, n’empêche, elle ne se séparait jamais de l’anneau qu’il lui avait donné le 10 mai 1947, au matin de leur première nuit d’amour… En me rendant aux USA, j’ai découvert, intacts, les lieux de cette passion longtemps cachée, et même débusqué le photographe qui avait réalisé en 1950 les célèbres clichés de Beauvoir nue. Mes lecteurs, qui m’écrivent beaucoup, n’ont pas cessé de me demander de leur relater cette palpitante enquête. Seul le numérique permettait ce partage. Ainsi est né « Beauvoir, l’enquête ». Dans les marges de mon récit, photos, les bouts de films, les illustrations sonores sont mises à disposition du lecteur à moindre coût — à peine 8 euros — et il se crée ainsi un aller-retour entre le livre imprimé — « Beauvoir in love », le roman vrai de cette passion qui paraîtra d’ici quelques semaines en poche — et son contexte concret, l’écrivain en prise à ses interrogations et à la réalité du terrain. Mais le lecteur peut aussi faire le chemin inverse, partir du livre imprimé, et, après sa lecture, aller chercher sur sa tablette le récit du « making-of » du livre… « Beauvoir l’enquête », texte numérique en format court, est en quelque sorte le « bonus » de « Beauvoir in love ».

Que vous apporte de plus le numérique ?
Un partage différent avec mes lecteurs. Une sorte de « réalité augmentée » du livre papier. Sans le numérique, tous les trésors que j’avais découverts sur cette histoire seraient restés dormir dans ma cave. Avec les images, les sons, les photos, les films, le passé devient extrêmement vivant. Pour inventer ce texte — car pour l’instant, il n’y a pas de modèle — je me suis emparée des fabuleuses échappées offertes par l’outil multimédia, moi l’écrivain né du papier et dans le papier. Avec trois exigences : plaisir, clarté et respect du lecteur. On peut être vivant sans démagogie! Et de façon assez surprenante, après cette aventure, je me sens infiniment mieux inscrite dans le sillon multimillénaire de la littérature. Je m’explique : à chaque fois que les outils et les supports de l’écriture ont changé — aux tablettes de cire de l’Antiquité a succédé la plume d’oie, quel bond technologique ! Puis ce fut le stylo à plume lui-même remplacé par la machine à écrire et le traitement de texte, les écrivains se sont appropriés de ces outils chaque fois innovants et les ont mis au service de leur créativité. Inventer, quel bonheur ! Le même que celui du surfeur au sommet de la vague. Ma vague à moi, ce sont les temps qui changent. Ils changent, bon, et alors? Au lieu de me lamenter et me laisser aspirer par le siphon négatif de la nostalgie, ma politique, c’est : on au sommet de la vague, on utilise à fond son énergie et ses ressources et on y va!

A-t-il plus d’impact ?
Pour l’instant, je n’en sais rien, c’est trop tôt. On reste de toute façon tributaire de l’équipement des lecteurs en tablettes. En France, il reste encore assez faible. Mais justement, ce qui m’intéresse aussi dans cette expérience, c’est qu’elle s’inscrit dans la durée. Une fois que le texte est en ligne, il est pérenne, contrairement au livre papier qui, lui, est tributaire des problèmes de distribution, stockage, pilon, etc…

Est-ce un média qui risque de remplacer peu à peu le livre papier ?
Je crois à la complémentarité. Pour moi, le numérique et le papier ne s’opposent pas, ils s’accompagnent. Souvenez-vous de ce qu’on disait de la télévision dans les années 60:  » Elle va tuer la radio! » Cinquante ans plus tard, la radio est toujours là, bien vivante, car elle fait appel à l’imaginaire de chacun et les gens, dans la brutalité pragmatique du monde contemporain, ont de plus en plus besoin de média qui sollicitent cette fonction essentielle de notre cerveau. Le livre imprimé, à cet égard, est un support inestimable.

Êtes-vous une adepte ? Lisez-vous sur Ipad ?
J’y lis des documents, jamais des romans. C’est d’ailleurs à partir de cette constatation que j’ai conçu « Beauvoir, l’enquête ». Je me suis tout simplement dit: « Toi, qu’est-ce que tu aurais envie de découvrir sur ta tablette au sujet de Beauvoir et de son amant américain ? Quelles photos, quels films, quelles musiques, quels décors réels restés secrets jusqu’ici? » Le support numérique, pour moi, obéit à une curiosité qui demande une satisfaction de curiosité avide et parfois immédiate. Le support papier, à mon sens, relève d’un plaisir différent. Dans le roman, l’imaginaire du lecteur est primordial. Je trouve que le côté  » machine » de la tablette est bien moins propice à l’essor de l’imaginaire romanesque. Pourtant je pense être très décomplexée devant les outils technologiques puisque j’ai été la première romancière française, en 1984, à utiliser un traitement de texte.

Allez vous publier directement sur ipad certains de vos livres ?
Non, je ne suis pas une femme de système. Encore une fois, l’essentiel est de choisir le support adapté au message et à son contenu: « Beauvoir l’enquête » est un document, une œuvre de passeur sous format court et vivant. J’en reste pour mes romans à la même politique : publier sur support papier et support numérique simultanément.

Beauvoir in Love
Irène Frain
Editions Michel Lafon
Pagination: 372 pages
Prix: 22 €
Disponible en eBook

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