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Festen : une pièce qui ne faiblit pas

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Par Laurence Biava – bscnews.fr / Formidable pièce, que Festen, tirée du film danois de Thomas Vinterberg sorti en 1998 et prix du jury au Festival de Cannes. Festen a marqué les esprits parce que c’est un des films fondateurs du mouvement cinématographique « Dogme 95 ». Une belle réussite, vraiment. Une mise en scène impeccable. Un rythme prenant. Qui ne faiblit jamais.


L’histoire : À l’occasion de l’anniversaire d’Helge, patriarche d’une famille bourgeoise, une cérémonie est donnée. En dépit des convenances consensuelles qui semblent régir les rapports entre les différents individus, les déséquilibres et les failles affectives de chacun apparaissent rapidement. Tout l’intérêt de la pièce consiste dans l’observation de son basculement.
Au début du repas, Christian, en qualité de fils aîné, porte un toast et révèle un lourd secret familial : lui et sa sœur jumelle Linda, suicidée un an auparavant, furent victimes de viols répétés durant leur enfance. Le pédophile n’est autre que leur père : Helge. Atmosphère lourde dans cette famille destructrice, surtout quand l’oncle lourdaud ressasse sa blague idiote, quand la dépressive envenime l’ambiance et que le comportement du fils alcoolique et raciste vire à l’impudence.
La pièce traite avec cynisme de cette famille incrédule et de leur rapport au silence. . Le souvenir de Linda plane au dessus de la tablée du « festin », Linda, symbole du non-dit : non-dit que l’on doit occulter sous le sceau du renoncement, de la honte et de l’infamie pour continuer à vivre « en paix » dans les convenances. Un monde froid s’ouvre à nous. Plus les minutes s’écoulent, plus l’ambiance devient intenable : la famille suffoque devant son incapacité à faire face au passé, à s’impliquer, à interroger les sources du conflit.. L’ambiance pesante est sous-jacente. Les scènes oscillent entre immobilité et grande excitation A mesure du dîner, les tensions s’intensifient et la vérité éclate. S’amorce lentement la violente décomposition de la famille, quand elle sombre dans le déni.

Festen est une tragédie du silence et de la mort, combattue avec un humour graveleux, lamentable et assez inattendu. Face à la vérité et à la véracité des propos de Christian, les personnages s’agitent pour ne pas réagir. Le rythme soutenu du spectacle entraine le spectateur dans une longue chute cauchemardesque ponctué de rires graves et de cris. Le spectacle, en dépit de sa gravité humaine, possède une dimension humoristique brute et cruelle.

Bravo aux jeunes metteurs en scène pleins de promesses et à tous les acteurs et actrices qui captivent le spectateur de bout en bout. Notre rôle et notre place au sein d’une famille est interrogé. Ainsi que notre désir de transparence et de vérité face à des événements dramatiques qui nous relient les uns aux autres. C’est un spectacle virevoltant et enlevé.

Festen de Thomas Vinterberg et Mogens Rukor
Les 17, 18, 24 et 25 avril 2014
Théâtre de Ménilmontant – Paris.

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