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Verdun : l’édification d’une légende ?

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Par Régis Sully – bscnews.fr/ Photo: C.Hélie Gallimard/Et si Verdun n’était plus Verdun ? C’est un des aspects passionnants du livre de Paul Jankowski paru chez Gallimard dans la célèbre collection «Les journées qui ont fait la France».

L’auteur essaie de rétablir la vérité sur Verdun au-delà de la légende échafaudée au fil du temps. La volonté de saigner à blanc l’armée française fut selon l’auteur une construction à posteriori de Falkenhayn , chef d’état major de l’armée allemande et à ce titre instigateur de l’opération. Paul Jankowski s’accorde par là aux travaux historiques récents notamment à ceux de l’historien allemand Holger Afferbach. En réalité, le généralissime allemand voulait en déclenchant une offensive à Verdun provoquer une réaction des Britanniques et des Français, ailleurs sur le front occidental et contre-attaquer pour ensuite obliger les pays de l’Entente à négocier. «Verdun n’eut d’abord pour Falkenhayn qu’un intérêt secondaire, celui de servir les objectifs ambitieux dont il espérait sincèrement qu’ils mettraient un terme à la guerre ». C’est pour masquer un échec que Falkenhayn, plus tard, assigna à cette offensive l’objectif d’infliger de lourdes pertes à l’ennemi , décision qui ternit son image aux yeux de la postérité. La bataille de Verdun fut moins meurtrière que l’offensive déclenchée le premier juillet 1916 sur la Somme. En effet la bataille de la Somme se solda par la perte de 600 000 Allemands, tués ou blessés. Les Alliés ont perdu également plus de 600 000 hommes dont 432 000 Britanniques et 202 000 Français
De même du côté français, Verdun fut considéré comme la bataille qui sauva la France, comme la bataille la plus terrible que le monde ait jamais connue. En réalité, l’Etat major, devant la violence de l’offensive du 21 février 1916 envisageait de se replier au sud de Verdun qui stratégiquement ne présentait pas un grand intérêt. Ce sont les responsables politiques, notamment Aristide Briand, alors président du conseil, et Raymond Poincaré qui sous la pression de l’opinion publique ( en dépit de l’absence de sondages ) et de la pression des parlementaires qui exigèrent de tenir à tout prix. Verdun n’ avait rien de symbolique qui pût engendrer un tel acharnement de part et d’autre. Reims avec sa cathédrale où furent sacrés les rois de France avait une autre dimension. Dès le début, Verdun fut transfiguré par la presse française qui y voyait un affrontement entre hordes germaniques et défenseur de la civilisation comme Leonidas aux Thermopyles. L’édification de la légende commençait à peine.
Autre idée préconçue, malmenée par la réalité donc par l’Histoire, la nature du combat et le caractère des combattants. Verdun fut une bataille de matériel: artillerie lourde notamment, avec des bombardements intensifs, alors que la légende privilégia du côté français la bravoure du soldat paysan et du côté allemand les vertus guerrières du soldat germanique. Le livre de Paul Jankoswski aborde bien d’autres thèmes comme le comportement des poilus dans un tel enfer,Il y eut très peu de désertion à Verdun, peu également de reddition «mais l’absence d’insubordination collective ne permet pas d’entériner le mythe du sacrifice volontaire» l Quelle était la perception de l’ennemi que chacun des protagonistes se faisait? Autant de questions abordées qui donnent le sentiment que l’auteur veut démythifier la légende qui prit naissance lors de cette terrible bataille et qui perdure en s’adaptant en fonction des circonstances lors de chaque commémoration. Ainsi à l’heure de la construction européenne à la fin du XX siècle «Verdun loin d’incarner la défense obstinée de la nation en vint à représenter tout ce qu’une vieille civilisation se devait de condamner». À lire.

Verdun
Paul Jankowski
Editions Gallimard
Collection « Les journées qui ont fait la France »
25 €

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