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Faust et usages de Faust : Quand le diable tire les ficelles

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Par Elodie Cabrera – Bscnews.fr/ La Compagnie Émilie Valantin aime revisiter les classiques et sa récente adaptation du mythe de Faust ne fait pas exception à la règle. Créé en novembre 2013, ce spectacle, qui se joue actuellement au Théâtre des arts de la marionnette à Paris, ausculte les maux de notre siècle.

Qui est le vrai Faust ? Le savant oublié de Christopher Marlowe, le repenti à l’origine de la nouvelle Balzac ou le lyrique docteur dans l’opéra de Gounod?Un peu des trois si l’on en croit Emilie Valantin. Son « Faust et usages de Faust » s’inspire de ces grands auteurs tout en réactualisant le mythe à l’ère numérique. Exit les sciences occultes, ce Faust-là entre en contact avec le diable sur la toile, où le bonheur est à portée de clic. Via une application secrète, il invoque Lucifer qui lui envoie Méphistophélès, un démon prompt à exaucer ses vœux les plus obscurs en échange de quelque chose qui ne pèse pas bien lourd : son âme.
Réjouissante, spirituelle et turbulente, cette version contemporaine brille avant tout pour l’excellente performance de Jean Sclavis. Tour à tour mauvais ange, maître de jeu et manipulateur en série, il porte à lui seul la teneur de la pièce. Le talentueux comédien donne vie à la marionnette de Faust et on assiste impuissant à la déchéance du pauvre pantin qui court de vils plaisirs en vulgaires divertissements. Un cabaret du néant dans lequel Jean Sclavis reprend avec brio les airs de l’opéra de Gounod, joués par Élie Granger au clavier.
Cet encombrant piano à queue, omniprésent sur la scène, révèle une scénographie à la fois ingénieuse et innovante. Une fois relevé, le couvercle de l’instrument se transforme en balcon d’où la chaste Marguerite tente de résister aux avances de Faust. Chez Emilie Valantin, la diversité des figurines permet de jouer avec le décor et crée l’illusion d’un vaste théâtre. Certaines sont même résolument contemporaines comme ces mini-miss, mi-poupées mi-putains, censées représenter les sept péchés capitaux. Au total, plus d’une trentaine de marionnettes, de petite taille ou grandeur nature, à gaines ou à fil, servent l’intrigue.

« Faute de foi »
Hologrammes, boutons clignotants et connexion directe avec les enfers, la satyre de la société 2.0 est habilement mise en scène. Ici, le bonheur n’est qu’apparence ou simple vue de l’esprit. La damnation aussi. Faust parvient à se défaire de son pacte avec Lucifer grâce à la bourse, là où tout se monnaye « même les croyances ». Au bout du conte, le contrat virtuel passe d’acquéreur en revendeur et se dévalue en quelques minutes « faute de foi », clin d’oeil à la version de Balzac.
Si la force de cette pièce réside dans l’étude minutieuse des textes fondateurs, c’est aussi là qu’elle pêche. La succession de références sur une si courte durée (1 h 20) colle à la forme sans servir le propos et le spectateur le moins aguerri aurait parfois besoin de didascalies. Ainsi, la scène du banquet chez Charles Quint, censée illustrer le voyeurisme du souverain, se résume à une brève saynète dont on ne retient que le comique des ébats entre les squelettes d’Alexandre et de sa concubine, ramenés à la vie par la magie noire. Vouloir rendre hommage au mythe et à ses multiples sources littéraires, musicales et dramaturgiques et à la fois caricaturer la société contemporaine mène à un récit dont la morale nous échappe. La critique d’un bonheur qui croît au fur et à mesure qu’on le possède peine à s’incarner dans l’écriture. On sort de cette pièce un peu insatisfait sans véritablement la condamner tant Émilie Valantin et sa troupe font preuve de créativité et d’audace.

Faust et usages de Faust
Avec : Jean Scavis, Gilles Richard et Élie Granger

Au Théâtre des arts de la marionnette à Paris (75, rue Mouffetard- Paris 5e) jusqu’au 30 mars 2014 à 20h (Dimanche à 17h).
Location : 01 84 79 44 44

©A.ZERROUDI-CondorVisionProduction

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